Le métier d’enseignant de la conduite est parfois risqué et requiert de réagir vite à des situations imprévues sur la route. Mais rien ne pouvait préparer Enrique, enseignant à l’École de conduite du Chesnay (78), près de Versailles, à ce qu’il allait vivre ce vendredi 23 octobre 2026. Alors qu’il accompagnait un élève à proximité du centre d’examen de Trappes, il s’est retrouvé sous les tirs de Kevin T., l’auteur présumé de l’attaque qui a frappé les communes de Trappes et de La Verrière.
Grâce à un réflexe, Enrique est parvenu à mettre son élève et lui-même à l’abri, évitant probablement un drame.
Une leçon de conduite qui bascule en quelques secondes
Ce vendredi matin, Enrique accompagne un élève qui doit passer son examen pratique du permis de conduire le lendemain. Tous deux circulent sur le boulevard Martin Luther King, à Trappes, et s’apprêtent à faire le plein à la station-service Esso située à proximité.
Selon le témoignage recueilli par PermisMag auprès de l’École de conduite du Chesnay, leur véhicule se retrouve à un feu rouge, à une centaine de mètres de la station, à hauteur d’une voiture conduite par Kevin T. La voiture d’auto-école est positionnée sur la voie de droite, tandis que le véhicule de Kevin T. se trouve sur la voie de gauche.
Lorsque le feu passe au vert, les deux véhicules redémarrent. Mais le comportement du conducteur de la voiture située sur la gauche intrigue. Celui-ci reste sur sa voie et semble hésiter sur la direction à prendre. Enrique et son élève restent légèrement en retrait, pour éviter de dépasser le véhicule par la droite.
Quelques instants plus tard, à l’approche de la station-service, le véhicule de Kevin T. se rabat brusquement sur la voie de droite et s’engage dans la station Esso. Il s’immobilise au milieu de la chaussée, bloquant le passage.
C’est alors que la situation bascule.
« Baisse-toi, baisse-toi ! » : le réflexe qui leur sauve la vie
Kevin T. sort de sa voiture, une arme à la main, et commence à tirer en direction du véhicule d’auto-école, situé à une dizaine de mètres.
Enrique comprend immédiatement le danger. Sans perdre une seconde, il crie à son élève : « Baisse-toi, baisse-toi ! »
L’enseignant se baisse lui aussi, demande à son élève de lâcher les pédales et enclenche la marche arrière. Il recule à toute vitesse sur une cinquantaine de mètres, jusqu’à heurter le terre-plein central.
Une fois à distance du tireur, Enrique tente de repartir pour s’éloigner davantage de la zone de danger. La voiture parvient à parcourir encore une centaine de mètres avant de s’immobiliser définitivement. Un pneu a été crevé par les tirs et le moteur a également été touché.
Pendant ce temps, Kevin T. poursuit son attaque à l’intérieur de la station-service. Cette fusillade s’inscrit dans une série d’actes violents commis ce 23 octobre à Trappes et à La Verrière. Les tirs visant la voiture d’auto-école interviennent au début de l’attaque de la station Esso, mais Kevin T. avait déjà ouvert le feu ailleurs à Trappes.
En quelques secondes, Enrique a eu les deux réflexes qui ont probablement sauvé sa vie et celle de son élève : se baisser pour éviter les tirs et enclencher immédiatement la marche arrière pour échapper au tireur.
Une dizaine de balles dans la voiture d’auto-école
Les photos du véhicule donnent froid dans le dos. D’après les éléments communiqués à PermisMag par l’auto-école, la voiture a été touchée par une dizaine de balles : cinq ou six au niveau du capot et de la carrosserie, une dans un pneu et au moins trois au niveau du pare-brise.
Parmi les trois balles ayant touché le pare-brise, l’une d’elles a heurté le rétroviseur intérieur avant de ressortir par la fenêtre arrière droite. Elle serait passée à quelques centimètres seulement de la tête de l’élève.
Une autre balle aurait été retrouvée par la police scientifique dans l’appuie-tête.
Ces éléments, rapportés par l’École de conduite du Chesnay, illustrent la violence de l’attaque et la gravité du danger auquel ont été confrontés les deux occupants du véhicule.
Au regard de la trajectoire des projectiles, les conséquences auraient pu être dramatiques. Si Enrique et son élève étaient restés assis normalement dans le véhicule, ils auraient pu être mortellement touchés.
La rapidité de réaction de l’enseignant, qui a immédiatement identifié le danger et pris les commandes de la voiture, a très probablement permis d’éviter le pire.
« Je remercie Enrique d’avoir eu ce réflexe »
Pour Kader, le gérant de l’École de conduite du Chesnay, cet heureux dénouement est un immense soulagement.
« On ne sait jamais comment on aurait réagi face à cette situation. Je remercie Enrique d’avoir eu ce réflexe et d’avoir su se mettre en sécurité, ainsi que notre élève. »
Et d’ajouter : « Je n’ose même pas imaginer ce que ça aurait été que d’annoncer à des familles que leurs proches sont morts pendant une leçon de conduite. »
L’attitude d’Enrique mérite d’être saluée. Confronté à une situation de danger extrême, l’enseignant a su conserver suffisamment de sang-froid pour prendre une décision immédiate et protéger son élève.
Au lendemain de l’attentat, une belle nouvelle pour l’élève
Malgré la violence de l’attaque et la frayeur de la veille, l’histoire se termine sur une note positive.
L’élève, dont l’examen du permis de conduire était prévu dès le lendemain, a pu se présenter à l’épreuve. Et il a obtenu son permis !
L’inspecteur, prévenu en amont des événements, a pris soin de ne pas lui faire emprunter les lieux de la fusillade pendant son parcours d’examen, afin d’éviter de raviver les souvenirs traumatisants de la veille.
Une belle nouvelle pour l’élève, son enseignant et toute l’équipe de l’École de conduite du Chesnay, après une journée qu’ils ne sont pas près d’oublier.




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