Après avoir fortement restreint l’utilisation du CPF pour financer le permis de conduire, le gouvernement envisage une nouvelle réforme du dispositif. Chaque formation pourrait bientôt devoir être validée par l’employeur, l’Apec ou France Travail. Une mesure susceptible d’affecter les centres de formation poids lourd et ceux préparant au titre professionnel ECSR.
Le financement CPF du permis déjà fortement réduit
Le gouvernement a considérablement durci les conditions d’utilisation du CPF depuis le début de l’année. La loi de finances pour 2026 a notamment limité son accès pour les formations au permis de conduire du groupe léger. Les salariés ne peuvent plus mobiliser librement leurs droits pour financer leur permis B, moto ou remorque. Ils doivent désormais être demandeurs d’emploi ou bénéficier d’un cofinancement.
Le décret du 24 février 2026 a également plafonné à 900 euros le montant mobilisable pour ces formations, tout en instaurant un cofinancement minimal de 100 euros.
Ces restrictions ont produit des effets immédiats. Anticipant la réforme, les auto-écoles avaient enregistré une vague exceptionnelle d’inscriptions : près de 6 800 dossiers avaient été validés en janvier et 7 500 en février, contre environ 4 000 par mois auparavant.
Mais une fois les nouvelles règles appliquées, les volumes se sont effondrés, comme nous le constations dans notre article du 9 juillet. En 2025, le CPF représentait près de 30 millions d’euros par mois pour le permis de conduire. Après les pics de janvier et février 2026, les financements sont retombés autour de 7,5 millions d’euros mensuels, soit une baisse de 75 %. En année pleine, la réforme pourrait permettre d’économiser entre 200 et 250 millions d’euros.
Une validation préalable par l’employeur ou France Travail
Malgré ces économies, le gouvernement envisage un nouveau durcissement. Selon les informations publiées le 21 juillet par BFMTV, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, souhaiterait conditionner chaque achat de formation à une validation préalable.
Pour un salarié en poste, l’accord de l’employeur pourrait devenir nécessaire. Pour les autres bénéficiaires, le projet devrait être examiné par l’Apec, France Travail ou un organisme chargé du conseil en évolution professionnelle.
L’objectif serait de vérifier que la formation correspond réellement au projet du bénéficiaire et aux besoins du marché du travail. Le ministre résume cette évolution par une formule : « Le « P » de CPF, nous voulons le changer de personnel en professionnel. »
La proposition provoque une vive opposition syndicale. La CFDT estime qu’elle remettrait en cause la philosophie de la loi du 5 septembre 2018, qui avait fait du CPF un droit individuel permettant à chaque actif de choisir sa formation. La CGT souligne qu’un salarié doit pouvoir préparer une reconversion, y compris lorsque celle-ci ne correspond pas aux intérêts immédiats de son employeur.
À ce stade, il ne s’agit toutefois que d’une orientation gouvernementale. Aucun texte définitif n’a encore été présenté ni voté.
Le poids lourd et le TP ECSR désormais visés ?
En ce qui concerne les auto-écoles, le potentiel d’économies supplémentaires semble désormais limité. Les financements du permis du groupe léger ont déjà été divisés par quatre par rapport à la moyenne de 2025. Le permis B ne représente donc plus le gisement d’économies qu’il constituait auparavant.
La nouvelle mesure pourrait, en revanche, toucher davantage les centres de formation poids lourd et les organismes préparant à des certifications professionnelles, notamment au titre professionnel ECSR. Ces formations restent davantage financées par le CPF et représentent des montants bien supérieurs à ceux d’un permis B plafonné à 900 euros.
Leur caractère professionnel pourrait certes faciliter leur validation. Les permis C, CE ou D répondent à des besoins de recrutement identifiés. Le TP ECSR donne également accès à un métier confronté à d’importantes difficultés de recrutement.
Mais l’accord préalable de l’employeur pourrait devenir un obstacle majeur. Une entreprise aura-t-elle intérêt à valider la formation d’un salarié souhaitant la quitter pour devenir conducteur routier ou enseignant de la conduite ?
Après les auto-écoles, les centres poids lourd et les organismes préparant au TP ECSR pourraient ainsi devenir les principales victimes du prochain tour de vis budgétaire… à moins que le gouvernement ne change d’avis.

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