Accueil cpf Ruée vers les auto-écoles avant la restriction du CPF

Ruée vers les auto-écoles avant la restriction du CPF

0
7
Ruée inscriptions CPF auto-écoles

Après le rejet des motions de censure déposées par le RN et par LFI, le projet de loi de finances a été définitivement adopté hier, lundi 2 février, par l’Assemblée nationale. Sauf surprise lors du passage devant le Conseil constitutionnel, sa promulgation interviendra dans les prochains jours. Et avec elle, une mesure très redoutée : la limitation du recours au CPF pour le financement du permis de conduire, désormais réservé aux seuls demandeurs d’emploi.

L’annonce de cette mesure, il y a 8 jours, n’a pas tardé à produire ses effets. Dans les heures qui ont suivi, les auto-écoles proposant le CPF ont constaté une vague d’inscriptions d’une ampleur inédite. Un phénomène, largement relayée par les médias grand public. TF1 évoque des « ventes de panique », Le Figaro parle d’une « ruée vers les auto-écoles », tandis que France Info écrit que « les auto-écoles font le plein ».

Plusieurs mois d’inscriptions… en quelques jours

Sur le terrain, les chiffres donnent le tournis. À Paris, Sabrina Abizid (ECF Faidherbe, 12ème arrondissement) résume la situation sans détour : « Ce que l’on fait sur deux mois environ, là on l’a fait sur une semaine ». Même constat dans le 15ème arrondissement, où Alexandra Maréchal annonce être passée de « deux ou trois dossiers CPF par mois » à « presque vingt en quatre jours ».

En province, le phénomène est tout aussi marqué. À Vernon (Eure), Matthieu Jouveau, gérant de l’auto-école Montlhéry, confirme avoir « reçu beaucoup d’appels » et observe un doublement de ses inscriptions hebdomadaires : « Au lieu de 10 à 12 inscriptions par semaine, on est à une vingtaine ».


Dernière ligne droite avant la fermeture du robinet

Pour de nombreux candidats, l’objectif est clair : s’inscrire avant qu’il ne soit trop tard. Il resterait encore une petite dizaine de jours pour bénéficier du CPF, la mesure n’entrant vraisemblablement pas en vigueur avant la mi-février.

Pour capter ces inscriptions de dernière minute, certaines auto-écoles sont même restées ouvertes le dimanche pour absorber l’afflux. D’autres structures adaptent leur discours commercial et proposent des contrats de formation valables jusqu’à 24 mois, une durée inhabituelle en auto-école — mais parfaitement conforme au contrat-type.

Gérer la hausse d’inscriptions et anticiper la baisse

Si cet afflux massif d’élèves a de quoi rassurer à court terme, il soulève aussi de sérieuses interrogations pour la suite. Difficile, pour les gérants, de ne pas y voir un air de déjà-vu. La situation rappelle en effet la fin 2020 et la période post-déconfinement : avec une explosion des inscriptions pendant 2 ans, puis pénurie d’enseignants et une forte tension sur les places d’examen… jusqu’à aujourd’hui.

Le défi sera donc double : absorber une hausse brutale mais temporaire, tout en anticipant une probable baisse des inscriptions dans les mois à venir. Un exercice délicat, en particulier pour les petites structures, souvent moins flexibles en termes de ressources humaines et de trésorerie.


Car après la ruée, l’inquiétude pointe déjà. « Nous nous attendons à une baisse d’activité », confie Mathieu Jouveau, rappelant que « 15 à 20 % » de ses inscriptions étaient jusqu’ici financées via le CPF. Il anticipe une contraction d’au moins 10 % de son chiffre d’affaires. Une crainte partagée par de nombreux professionnels. Selon la Dares, le permis de conduire représente près d’un quart des formations financées par le CPF. De quoi expliquer les alertes lancées par la profession : « Les fermetures constituent un risque réel », prévient le président national de l’Unic, Benjamin Panis.

Et pour l’État, l’opération est-elle vraiment rentable ?

Officiellement, la restriction du CPF vise à réaliser des économies. Mais cet objectif sera-t-il atteint ? On peut légitimement en douter… Avec cette ruée, certaines auto-écoles auront encaissé en deux semaines l’équivalent de trois à huit mois de « chiffre d’affaires CPF ». Autant dire que les économies attendues en 2026 pourraient être… relativement modestes.
Autre effet collatéral possible : la fin du CPF pourrait encourager un retour aux paiements en espèces — et, parfois, à des pratiques moins déclarées. Ce que l’État économisera d’un côté pourrait ainsi se perdre de l’autre, notamment en recettes de TVA.

Enfin, et sans trop de surprises, les structures ayant développé des pratiques abusives autour du CPF ont déjà commencé à s’organiser pour contourner les futures restrictions. Par esprit de responsabilité (et pour éviter de donner de mauvaises idées), nous n’entrerons pas ici dans les détails.

Préparer l’avenir

Si, à court terme, il semble improbable que le gouvernement revienne sur une loi qui vient d’être votée, les auto-écoles et leurs représentants gardent un rôle à jouer. À elles de convaincre le gouvernement et le Ministère du Travail de la pertinence d’un outil tel que le CPF pour financer le permis de conduire. Est-ce que de nouvelles règles doivent être mises en place pour empêcher les dérives ? Peut-être. Est-ce qu’il faut imaginer un autre type de financement pour le permis de conduire ?  C’est ce qu’avait proposé l’Unidec en 2023 et son président d’alors, Bruno Garancher, avec le Compte personnel de Mobilité (CPM). Toutes les idées sont les bienvenues…


LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici