Le secteur de l’enseignement de la conduite retrouve des couleurs sur le front de l’emploi. Il compte désormais près de 28 800 salariés, soit 13 % de plus qu’en 2020. Mais derrière cette progression se dessine une transformation profonde du paysage : les entreprises sans salarié et les microentreprises se multiplient, tandis que le nombre d’établissements employeurs et d’écoles de conduite agréées diminue. Le dernier rapport de l’ANFA révèle ainsi un secteur plus dynamique, mais aussi plus fragmenté.
Un secteur de 12 000 entreprises et 28 800 salariés
Avec environ 12 000 entreprises recensées en 2023, le secteur de l’enseignement de la conduite conserve un poids économique important. Ces entreprises regroupent aussi bien les auto-écoles traditionnelles que les structures spécialisées dans les permis moto ou poids lourd, la formation professionnelle, la sensibilisation à la sécurité routière ou encore la formation des futurs enseignants de la conduite.
Sur le plan de l’emploi, la tendance est de nouveau favorable. Après une période de baisse observée jusqu’en 2019, les effectifs salariés ont recommencé à progresser. Selon les données de l’Urssaf reprises par l’ANFA, le secteur comptait précisément 28 807 salariés en 2025.
L’emploi salarié a ainsi augmenté de 13 % depuis 2020 et retrouvé son plus haut niveau. Cette progression s’explique notamment par le dynamisme de la demande de formation au permis de conduire. L’abaissement de l’âge du permis B à 17 ans, l’ouverture temporairement très large du CPF au permis moto et la croissance démographique des classes d’âge concernées ont contribué à alimenter l’activité des écoles de conduite.
Entre 2020 et 2024, le nombre de nouveaux candidats inscrits aux différentes catégories du permis a augmenté de 28 %. Pour le seul groupe moto, l’année 2024 a été marquée par une hausse de 41 % des inscriptions, soit 66 680 candidats supplémentaires par rapport à l’année précédente.
Cette reprise de l’emploi ne doit toutefois pas masquer une évolution plus structurelle. Le secteur compte davantage d’entreprises, mais celles-ci sont de plus en plus nombreuses à fonctionner sans aucun salarié.
Davantage d’entreprises, mais moins d’écoles employeuses
Entre 2020 et 2023, le nombre d’entreprises du secteur de l’enseignement de la conduite a progressé de 12 %. À première vue, ce chiffre pourrait être interprété comme le signe d’une multiplication des auto-écoles et d’un développement du maillage territorial.
La réalité est plus nuancée. Dans le même temps, la part des entreprises ne comptant aucun salarié est passée de 45 % à 52 %. Autrement dit, plus d’une entreprise du secteur sur deux fonctionne aujourd’hui sans personnel salarié.
Parallèlement, le nombre d’établissements employeurs recule. D’après l’ANFA, il a diminué de 9 % par rapport à 2018. La progression du nombre total d’entreprises ne correspond donc pas à une augmentation équivalente du nombre de structures recrutant des enseignants, des secrétaires ou des responsables pédagogiques.
Cette évolution traduit une fragmentation progressive du secteur. D’un côté, des écoles de conduite continuent de se développer, de recruter et parfois d’exploiter plusieurs agences. De l’autre, un nombre croissant de professionnels exerce seul, sous la forme d’une entreprise individuelle ou d’une microentreprise.
Le paysage économique ne se résume donc plus au modèle historique de l’auto-école indépendante disposant d’un local, de plusieurs véhicules et d’une petite équipe salariée. Il comprend désormais une grande diversité de structures : réseaux multi-agences, établissements de proximité, plateformes, associations, organismes de formation et enseignants indépendants travaillant pour un ou plusieurs donneurs d’ordre.
Près de 3 600 microentreprises dans le secteur
La progression de la microentreprise constitue l’une des transformations les plus marquantes relevées par l’ANFA. Entre 2021 et 2023, le nombre de microentreprises a augmenté de 33 % pour atteindre près de 3 600 structures.
En 2023, elles représentaient ainsi 30 % des entreprises du secteur de l’enseignement de la conduite. Cette proportion est particulièrement élevée en Île-de-France, où 41 % des entreprises sont des microentreprises, soit onze points de plus que la moyenne nationale.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce développement. Certains enseignants recherchent davantage d’autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps ou dans le choix de leurs collaborations. Le statut de microentrepreneur constitue également une voie d’accès relativement simple à l’activité indépendante, avec des formalités administratives et comptables allégées.
Du côté des écoles de conduite et des plateformes, le recours à des professionnels indépendants peut offrir davantage de souplesse pour adapter les capacités de formation aux variations de la demande. Il permet notamment de répondre à des besoins ponctuels sans supporter immédiatement les contraintes liées à la création d’un poste salarié permanent.
Cette organisation soulève cependant plusieurs questions. La progression de l’indépendance reflète-t-elle principalement une aspiration des enseignants à davantage de liberté ou une difficulté des auto-écoles à recruter et à conserver des salariés ? Les conditions économiques permettent-elles aux indépendants de financer leurs périodes d’inactivité, leur protection sociale, leurs congés et leurs frais professionnels ? Quelle autonomie conservent-ils lorsqu’ils travaillent presque exclusivement pour une seule école ou une seule plateforme ?
Le rapport de l’ANFA constate la progression du phénomène sans répondre entièrement à ces interrogations. Il montre néanmoins que le développement de la microentreprise contribue directement au décalage entre la hausse du nombre d’entreprises et la diminution du nombre d’établissements employeurs.
Moins de 11 300 écoles de conduite agréées
Un autre indicateur confirme la recomposition du secteur : le nombre d’agréments préfectoraux diminue. Chaque établissement d’enseignement de la conduite doit disposer d’un agrément pour pouvoir exercer son activité. Or, entre décembre 2020 et décembre 2025, le nombre d’écoles de conduite agréées a reculé de 9 %.
À la fin de l’année 2025, la France comptait ainsi un peu moins de 11 300 établissements agréés, parmi lesquels 303 écoles de conduite associatives.
Cette baisse ne signifie pas nécessairement que l’offre de formation diminue dans les mêmes proportions. Une entreprise peut exploiter plusieurs établissements, tandis qu’un enseignant indépendant peut exercer son activité sans diriger lui-même une école de conduite. Les réseaux et les structures multi-agences peuvent également concentrer une part croissante de l’activité.
Ces données suggèrent néanmoins une érosion du modèle de l’auto-école physique indépendante. Certaines structures disparaissent, sont reprises par des concurrents ou intégrées à des groupes plus importants. D’autres entreprises se créent sans ouvrir de nouvel établissement accueillant directement du public.
Cette contraction intervient alors même que la demande reste soutenue. Le nombre de candidats au permis progresse, tandis que les délais d’attente pour obtenir une place d’examen restent très élevés dans de nombreux départements. Les auto-écoles doivent donc absorber davantage de demandes dans un environnement marqué par la baisse du nombre d’établissements, les difficultés de recrutement et les restrictions apportées au financement du permis par le CPF.
Un nouveau modèle d’organisation du travail
Les chiffres publiés par l’ANFA révèlent finalement une double évolution. Le secteur crée de nouveau des emplois salariés, mais son tissu économique devient simultanément plus éclaté. Les grandes structures et les réseaux peuvent développer leurs effectifs, tandis qu’une part croissante des professionnels choisit ou accepte d’exercer seule.
Pour les gérants, cette évolution modifie profondément la manière d’organiser l’activité. Le recrutement d’un enseignant en CDI n’est plus l’unique solution pour augmenter le nombre d’heures de conduite disponibles. Certaines écoles combinent désormais une équipe salariée permanente et des enseignants indépendants sollicités en fonction des besoins.
Cette flexibilité peut faciliter l’adaptation aux fluctuations de l’activité, mais elle pose la question de la stabilité des équipes et de la continuité pédagogique. La fidélisation des élèves, l’harmonisation des méthodes d’enseignement, la transmission des informations et le suivi de la progression peuvent devenir plus complexes lorsque plusieurs professionnels interviennent ponctuellement.
Le développement de l’indépendance peut également renforcer la concurrence entre les écoles de conduite pour accéder à une ressource devenue rare : les enseignants disponibles. En 2024, 3 420 enseignants de la conduite ont été recrutés, hors alternance. Pourtant, 1 950 postes n’ont pas trouvé preneur, soit 36 % des intentions d’embauche recensées par l’ANFA.
Dans ce contexte, le statut proposé ne constitue qu’un élément de l’attractivité. La rémunération, l’amplitude des journées, la régularité du planning, le travail en soirée ou le samedi, la qualité du management et les possibilités d’évolution jouent également un rôle déterminant.
Un secteur dynamique, mais plus fragmenté
Le secteur de l’enseignement de la conduite ne traverse donc pas une crise uniforme. L’emploi salarié progresse, le nombre d’entreprises augmente et la demande de formation reste importante. Mais ces indicateurs favorables coexistent avec la diminution du nombre d’écoles agréées, la baisse des établissements employeurs et une pénurie persistante d’enseignants.
Le développement de la microentreprise apparaît à la fois comme une conséquence et comme un accélérateur de ces transformations. Il permet à de nouveaux professionnels d’entrer sur le marché et aux auto-écoles d’ajuster leurs capacités. Mais il témoigne aussi d’un éloignement progressif du modèle traditionnel reposant sur une équipe salariée stable et un établissement de proximité.
Les prochaines années permettront de déterminer si cette recomposition aboutit à un nouvel équilibre ou si elle fragilise davantage les petites écoles employeuses. Une certitude ressort déjà du rapport de l’ANFA : derrière les 12 000 entreprises et les 28 800 salariés, le monde de l’auto-école est devenu beaucoup plus diversifié qu’il ne l’était encore il y a quelques années.
Source : ANFA, Autofocus n°124, « Enseignement de la conduite », juillet 2026. Les données mobilisées dans le rapport proviennent notamment de l’INSEE, de l’Urssaf, d’IRP Auto et du ministère de l’Intérieur.




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