Le gouvernement vient d’annoncer 450 millions d’euros de nouvelles mesures pour soutenir les Français et les professionnels confrontés à la hausse des prix des carburants. Le dispositif destiné aux « grands rouleurs » est notamment renforcé et plusieurs professions bénéficient d’aides spécifiques. Pourtant, les auto-écoles restent une nouvelle fois à l’écart. Elles risquent de devoir augmenter leurs tarifs… avec tous les risques que cela comporte.
Une aide de 100€ pour 5,5 millions de « grands rouleurs »
Face au maintien de prix élevés à la pompe, le gouvernement a annoncé, mardi 22 septembre, un nouveau paquet d’aides représentant environ 450 millions d’euros.
Parmi les principales mesures figure la prolongation du dispositif « Grands rouleurs » pour les mois d’octobre, novembre et décembre 2026. L’indemnité est portée à 100 euros pour trois mois, contre 50 euros précédemment sur une période équivalente. Le gouvernement présente ce montant comme correspondant à environ 40 centimes par litre sur la consommation de référence. Le nombre de bénéficiaires potentiels doit parallèlement passer de trois à 5,5 millions de personnes.
Pour en bénéficier, il faut notamment utiliser sa voiture pour se rendre au travail sur une distance d’au moins 15 kilomètres ou parcourir plus de 8 000 kilomètres par an. Les plafonds de revenus ont également été relevés.
Mais derrière l’expression « grands rouleurs » se cache une différence essentielle : le dispositif concerne avant tout les travailleurs utilisant leur véhicule personnel. Les véhicules de fonction ou de service sont notamment exclus du dispositif. Une définition qui laisse donc de côté les voitures utilisées quotidiennement par les écoles de conduite.
« Rouler, c’est notre outil de travail »
Pour les exploitants d’auto-écoles, la situation peut sembler paradoxale. Une voiture-école peut parcourir plusieurs dizaines de milliers de kilomètres par an exclusivement dans le cadre de l’activité professionnelle, mais l’entreprise ne bénéficie pas pour autant de l’aide destinée aux « grands rouleurs ».
Patrick Mirouse, président du réseau ECF, résumait mercredi la situation sur RMC ↗ :
« On ne roule pas pour aller travailler. Rouler, c’est notre outil de travail. »
Selon lui, la question d’une aide spécifique aux auto-écoles aurait été directement posée au gouvernement, sans déboucher sur l’annonce d’un nouveau dispositif pour la profession.
L’exclusion est d’autant plus remarquée que l’État maintient parallèlement des aides sectorielles destinées aux professions particulièrement exposées au coût du carburant. Les dispositifs concernant les agriculteurs, les pêcheurs et le BTP sont ainsi prolongés jusqu’au 31 décembre. Des mesures spécifiques sont également prévues pour les aides à domicile et les infirmiers libéraux.
Les auto-écoles ne figurent pas parmi ces secteurs.
Une situation dénoncée depuis le printemps
Ce n’est pourtant pas la première fois que les organisations professionnelles alertent le gouvernement.
Dès le mois d’avril, Mobilians avait dénoncé l’exclusion des écoles de conduite du Prêt Flash Carburant proposé par Bpifrance. L’organisation réclamait également l’accès au remboursement partiel de l’accise sur les énergies, l’ancienne TICPE, mécanisme dont bénéficient déjà certaines professions fortement dépendantes du carburant. Mobilians résumait alors sa position en ces termes :
« Les écoles de conduite ne demandent pas un traitement de faveur. Elles demandent simplement à être traitées avec équité. »
Quelques jours plus tard, l’organisation professionnelle ↗ chiffrait également l’impact de la hausse des carburants. Selon ses calculs, une augmentation de 60 à 70 centimes du litre représenterait un surcoût de 1,20 à 1,40 euro par leçon de conduite.
Mobilians estimait alors la marge nette moyenne d’une leçon entre 3 et 4 euros et évaluait la baisse de rentabilité potentielle entre 30 et 45 %. Pour une structure employant dix enseignants, l’organisation évoquait jusqu’à 3 400 euros de charges supplémentaires en un mois.
Vers une hausse de 3 à 4 euros de l’heure de conduite ?
Après plusieurs mois de hausse des coûts sans dispositif dédié, certains représentants de la profession évoquent désormais ouvertement une augmentation des tarifs.
Boris Grabowski, vice-président de Mobilians ECSR, estimait hier sur Franceinfo ↗ qu’une augmentation de 3 à 4 euros par heure de conduite pourrait devenir nécessaire pour compenser une partie de la hausse du carburant. Elle concernerait les nouveaux contrats, les prix prévus dans les contrats déjà signés ne pouvant pas être modifiés de la même manière.
À l’échelle d’un forfait comprenant 20 ou 25 heures de formation, la hausse pourrait donc rapidement représenter plusieurs dizaines d’euros supplémentaires pour les candidats au permis.
Attention à l’effet ciseau !
Lorsque les charges progressent rapidement, il est légitime pour chaque entreprise de chercher à protéger ses marges en augmentant les tarifs de ses prestations. Il s’agit d’une pratique saine, qui relève de la bonne gestion.
Ceci étant dit, les auto-écoles doivent prendre en compte l’ensemble des paramètres. Elles ne peuvent pas ignorer la conjoncture économique française et la dégradation du pouvoir d’achat des ménages. Elles ne peuvent pas non plus ignorer la présence d’acteurs low cost aux politiques tarifaires agressives.
Face à l’avalanche de mauvaises nouvelles à l’international et aux incertitudes liées à la campagne présidentielle qui débute, les Français épargnent et sont prudents. Partout en France, les auto-écoles constatent déjà un ralentissement de l’activité et une baisse des inscriptions.
Une hausse importante des tarifs (de l’ordre de 3 à 4€ par leçon) risquerait de freiner davantage les inscriptions et de pousser les élèves vers des plateformes low cost. Augmenter ses tarifs oui, mais avec discernement !




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