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Ornikar + En Voiture Simone : les enseignants sont-ils toujours indépendants ?

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Moniteur indépendant Ornikar En Voiture Simone

Avec le rachat d’En Voiture Simone par Ornikar, annoncé la semaine dernière, le leader français de l’auto-école en ligne franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de consolidation. Le nouvel ensemble revendique désormais 145 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, plus de 100 000 nouveaux élèves formés chaque année et près de 10 % du marché français de l’apprentissage de la conduite. Mais derrière les chiffres et les synergies annoncées, cette opération pourrait également soulever une question juridique majeure : les milliers d’enseignants indépendants qui travaillent pour les deux plateformes peuvent-ils encore être considérés comme véritablement indépendants ?

Un nouveau géant de l’enseignement de la conduite

L’acquisition d’En Voiture Simone par Ornikar marque sans doute l’un des mouvements les plus importants de l’histoire récente du secteur de la formation à la conduite.

En réunissant les deux principales plateformes d’auto-école en ligne du marché français, le nouveau groupe affiche désormais des dimensions impressionnantes : 145 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2025, plus de 100 000 nouveaux élèves au permis de conduire chaque année et environ 10 % du marché national.

Au-delà de la croissance externe, cette opération permet à Ornikar de renforcer sa position sur le segment des auto-écoles en ligne, dans un contexte où les investissements publicitaires et technologiques deviennent de plus en plus importants pour attirer de nouveaux candidats.


Pour les élèves, peu de changements devraient être visibles à court terme. Pour les enseignants partenaires, en revanche, cette fusion pourrait modifier profondément l’équilibre juridique qui prévalait jusqu’à présent.

3 000 enseignants indépendants au cœur du modèle économique

Le modèle économique d’Ornikar et d’En Voiture Simone repose largement sur un réseau d’enseignants de la conduite exerçant sous statut indépendant.

Ces plateformes revendiquent ensemble environ 3 000 enseignants partenaires qui réalisent les leçons de conduite auprès des élèves recrutés par les deux marques. Elles assurent la commercialisation, la mise en relation, les outils numériques et une partie de l’organisation, tandis que les enseignants effectuent les prestations de formation.

Jusqu’à présent, la coexistence de plusieurs acteurs importants du marché permettait à de nombreux enseignants de travailler simultanément avec plusieurs plateformes ou donneurs d’ordre, renforçant ainsi leur argumentaire en faveur d’une véritable indépendance économique.


La création d’un groupe unique regroupant désormais Ornikar et En Voiture Simone pourrait toutefois changer la donne.

Un risque de requalification majeur

La question n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les plateformes numériques de différents secteurs sont régulièrement confrontées au risque de requalification de leurs travailleurs indépendants en salariés.

Dans le cas de l’enseignement de la conduite, la fusion entre Ornikar et En Voiture Simone pourrait faire émerger un risque juridique particulièrement important.

Jusqu’à présent, un enseignant indépendant pouvait soutenir qu’il travaillait pour plusieurs plateformes concurrentes et qu’il ne dépendait donc pas économiquement d’un seul donneur d’ordre. Cet argument pourrait devenir plus difficile à défendre lorsque les deux principaux acteurs du marché appartiennent désormais au même groupe.

Le sujet est d’autant plus sensible qu’Ornikar et En Voiture Simone représenteraient ensemble plus de 90 % des leçons dispensées par des enseignants indépendants.

Si l’on regarde les autres acteurs du secteur : Stych repose majoritairement sur des enseignants salariés, les indépendants ne représentant qu’une part minoritaire de son réseau (environ 10%). Quant à Lepermislibre, qui continue à s’appuyer principalement sur des indépendants, son chiffre d’affaires 2025 de 8,5 millions d’euros ne représente que 5% du poids économique du nouveau groupe constitué par Ornikar et En Voiture Simone.

Autrement dit, pour un grand nombre d’enseignants, l’essentiel de l’activité pourrait désormais provenir directement ou indirectement d’un même actionnaire.

Un risque d’amende élevé ?

Si l’URSSAF venait à s’intéresser de près à cette nouvelle configuration, plusieurs questions pourraient être soulevées.

Le fait de travailler pour deux marques commerciales distinctes serait-il suffisant pour démontrer l’absence de dépendance économique ? Rien n’est moins certain. L’administration pourrait considérer que les deux plateformes obéissent désormais à une même stratégie, à une même direction et à un même actionnaire.

Dans cette hypothèse, elle pourrait examiner la réalité de l’autonomie des enseignants : liberté de fixer leurs tarifs, possibilité de refuser certaines prestations, capacité à développer une clientèle propre ou encore dépendance économique vis-à-vis du groupe.

Le risque théorique est considérable. Une requalification massive entraînerait non seulement le paiement de cotisations sociales supplémentaires, mais également des rappels de charges sur plusieurs années, assortis de pénalités et majorations éventuelles.

Rapporté à un réseau de près de 3 000 enseignants, même exerçant à temps partiel, le montant pourrait rapidement atteindre plusieurs millions d’euros.

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que l’URSSAF retiendrait une telle analyse. Mais la concentration du marché provoquée par cette acquisition pourrait inévitablement attirer l’attention des autorités sur un modèle économique déjà observé avec prudence dans d’autres secteurs de l’économie des plateformes.

Une question qui dépasse le seul cas Ornikar

Au-delà du cas particulier d’Ornikar et d’En Voiture Simone, cette opération pose un certain nombre de questions.

Le modèle de l’enseignant indépendant est-il encore compatible avec l’émergence d’acteurs concentrant une part croissante du marché ? À partir de quel seuil de dépendance économique l’indépendance devient-elle purement théorique ?

L’administration choisira-t-elle de maintenir sa lecture actuelle du dossier ? Considérera-t-elle que les spécificités du secteur justifient une approche particulière ? Ou estimera-t-elle que la taille atteinte par le nouvel ensemble justifie un réexamen complet du statut de ses partenaires ?

Une autre interrogation demeure : quelles seraient les conséquences économiques d’une sanction majeure visant un groupe qui forme aujourd’hui plus de 100 000 élèves par an ?

Autant de questions qui, pour l’instant, restent sans réponse. Mais une chose est certaine : avec cette acquisition, le débat sur le statut des enseignants indépendants dans les auto-écoles en ligne vient probablement d’entrer dans une nouvelle phase.


5 Commentaires

  1. Bonjour, vu le nombre de personnes qui se retrouvent à avoir payé sans pouvoir conduire ni être remboursées — ce qui est au passage contraire au contrat unique —, je pense que cette enseigne ne craint pas grand-chose concernant la requalification des indépendants. Quand on voit des centres de « formation » promouvoir ce modèle, avec des « enseignants » tout juste sortis de l’école qui « forment » de futurs conducteurs, on se dit que la profession, qui avait déjà une réputation très moyenne, n’est pas prête de redorer son image…

    PS : je mets des guillemets parce que cela ne mérite pas forcément cette appellation.
    PS2: Ils sont « labellisés », avec des formateurs qui dispensent en théorie l’enseignement qui leur convient… si ce n’est pas une blague.

  2. ornikar oblige les candidats à prendre minimum 28 heures de conduite avant la 1ere présentation et à reprendre au moins 8 heures en cas d’echec et malgré ça, la DGCCRF ne dit rien.
    Ornikar par l’intermédiaire de la banque publique d’investissement reçoit de l’argent public de la part de l’état qui organise les examens code et conduite alors que les auto-école normales ne peuvent pas avoir de centre d’examen de code ( ce qui est normal).
    Le permis de conduire en France est désormais de plus en plus entre les mains de mafias.

  3. Est-ce bien raisonnable de se poser ce genre de question plus de 10 ans après la disruption organisée par l’ex-dirigeant d’ornikar… lié à Xavier Niel… lui-même lié à Macron ?
    Comme si cette situation n’avait pas été dénoncée entre 2016 et 2018, auprès des médias, des directeurs centraux, des députés, sénateurs …
    Maintenant que le ver a bien croqué la pomme il faudrait s’insurger ?
    Et ces mêmes indépendant (lol)… devront-ils passer à la facturation électronique ?
    Deux poids deux mesures depuis le début, il n’y a aucune raison que ça change.

    Et quand une députée interpelée répond « vous n’avez pas choisi le bon modèle social » (je cite mot pour mot)… ire missa est.

  4. Formidable humour de permismag !
    Cela fait maintenant 12 ans que nous sommes les témoins d’une énorme farce. Il n’y a pas plus d’indépendance que de beurre en branche. Les plateformes sont nées d’un hold-up réglementaire qui a été possible grâce à l’élection d’Emmanuel Macron, fervent supporter de la « startup nation » et surtout bien introduit dans les milieux financiers et rompu aux combines du milieu des affaires (voir son intervention dans le rachat par Nestlé de la branche nutrition pour bébé de Pfizer pour une dizaine de milliards sans qu’il ait bénéficié de la moindre commission alors qu’en tant qu’associé-gérant de Rothschild il aurait dû toucher 3-4 millions…). Quand on gratte, on retrouve en coulisse par exemple un Xavier Niels qu’on sait friand de l’argent public (le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel à mis en évidence une organisation qui permet de bénéficier des subsides publics par le biais de différentes sociétés de production et de sur facturations).
    Bref ça se résume par une politique d’influence (le copinage entre les politiques et les milieux d’affaires), de contournement des réglementations et de la législation sociale.
    Notre profession était strictement réglementée pour garantir la qualité de formation, aujourd’hui c’est le far-west. Des entreprises soumises à tva cohabitent avec des donneurs de leçons qui facturent en hors taxe. Des entreprises soumises à l’obligation d’avoir un local coûteux qui cohabitent avec des « professionnels » libres de toutes contraintes. Une réglementation qui permettait, par cette sédentarité forcée et la subordination imposée, le contrôle des pratiques d’enseignements et commerciales. Aujourd’hui comment qu’ un « indépendant » est dans les clous ? Impossible ! Rien que les résultats des plateformes en disent long… ils peinent à accrocher les 50% malgré des volumes de formation importants malgré un examen toujours plus complaisant. Qui est le grand gagnant de cette magouille ? Sûrement pas le client qui après s’être fait alpaguer par le mirage tarifaire va se faire plumer comme un pigeon. La sécurité routière ? Il y à longtemps qu’on s’en fout royalement ! Les financiers ? Assurément ! Les fondateurs de ces disrupteurs ont empoché quelques millions en revendant leurs parts aux financiers et ces derniers sauront sans nul doute faire fructifier leurs investissements. L’époque où l’enseignement et la sécurité de l’élève était au cœur du métier est révolue, l’artisanat, le soucis du travail bien fait laisse la place à système qui considère l’élève comme un consommateur qu’il faut plumer tout en cherchant à s’affranchir de toutes les contraintes de production classique avec une indépendance de façade (gare à celui qui ne jouerait pas le jeu)

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