Bonjour Lorenzo, vous avez été élu Président de Mobilians Éducation et Sécurité Routière ce week-end à l’occasion du Congrès de Toulon. Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots ?
Je suis gérant d’écoles de conduite depuis de nombreuses années. Quelques années après être devenu enseignant de la conduite, j’ai repris puis développé l’entreprise familiale créée par mes parents à Rouen et dans ses alentours. Aujourd’hui, je dirige au quotidien cette entreprise avec enthousiasme, conviction et passion. J’ai également la chance d’être entouré d’une équipe extraordinaire et extrêmement compétente.
Je suis engagé depuis longtemps au sein de Mobilians parce que je crois profondément au collectif.
Une profession qui ne se défend pas elle-même finit toujours par subir les décisions des autres. Aujourd’hui, je prends cette présidence avec beaucoup de fierté, mais surtout avec un immense sens des responsabilités dans une période charnière pour notre métier.
Vous prenez la succession de Patrice Bessone, dont vous étiez le vice-président. Est-ce que le « style Lorenzo Lefebvre » sera différent ou allez-vous prolonger l’action de votre prédécesseur ?
Patrice Bessone a énormément apporté à la profession. C’est quelqu’un qui a consacré une partie de sa vie à défendre les écoles de conduite avec beaucoup d’engagement, de sérieux et d’intelligence collective. J’ai énormément de respect pour lui.
Il n’y a pas de « style Lorenzo ». Heureusement, ce n’est pas une histoire de style personnel.
Une organisation professionnelle n’est pas une aventure individuelle. Je suis là pour défendre un collectif et obtenir des résultats concrets : porter la voix des adhérents, valoriser notre métier, impulser une dynamique positive et conserver une vision terrain, à court comme à long terme.
Je souhaite une organisation capable d’être offensive quand il le faut, mais également force de proposition. C’est un véritable travail d’équipe, un collectif au service du collectif.
Notre profession est à un tournant majeur : transition énergétique, évolution des mobilités, difficultés économiques, gestion administrative de plus en plus complexe, manque de places d’examen, évolution des attentes des jeunes générations, baisse démographique à venir…
Nous devons évoluer sans subir.
Et surtout, je veux remettre encore davantage en avant le rôle fondamental des écoles de conduite et des enseignants de la conduite dans la sécurité routière. Nous ne sommes pas simplement des préparateurs d’examen. Nous sommes des formateurs à la mobilité et à la responsabilité.
Quelles sont les priorités de votre action et de Mobilians ESR dans les prochains mois ?
La priorité, c’est clairement la qualité de la formation, l’accès à l’examen et la simplification des procédures administratives.
Aujourd’hui, notre système est arrivé à saturation. Nous faisons face à un manque structurel de places d’examen depuis des années, et cela pénalise à la fois les élèves, les familles et les entreprises. Nous ne pouvons plus continuer avec un modèle où certains candidats attendent des mois pour passer ou repasser un examen.
Je vais défendre trois mesures fortes.
La première, c’est l’augmentation du nombre d’inspecteurs du permis de conduire. Nous ne réglerons jamais durablement le problème sans moyens humains supplémentaires. Dans une société où tout va toujours plus vite, il est impensable qu’un jeune puisse être empêché d’accéder à la mobilité faute de place d’examen.
La mobilité a fortement contribué à l’évolution de notre société et à l’émancipation des individus. Elle ne doit jamais être sacrifiée pour quelques économies budgétaires. La mobilité est un droit fondamental, et l’accès à l’examen du permis de conduire doit l’être tout autant.
La deuxième mesure concerne la montée en qualité de la formation, avec un socle plus solide avant le premier passage à l’examen. Il faut renforcer la formation ; cela aura un impact direct sur les résultats en matière de sécurité routière.
Quand on regarde les chiffres, les candidats issus de la conduite accompagnée, qui bénéficient de davantage d’expérience et d’un volume de formation plus important, obtiennent des taux de réussite largement supérieurs. Il faut arrêter de penser qu’on résoudra les problèmes avec toujours moins de formation, il faut stopper immédiatement le bricolage qui consiste à considérer que les heures de formations pratiques sont substituables à des vidéos.
Une formation plus qualitative, c’est plus de réussite, moins d’échecs, moins d’engorgement du système et surtout une amélioration concrète de la sécurité routière.
Le minimum d’heures actuel est devenu incohérent et met souvent les écoles de conduite dans une position difficile vis-à-vis des élèves et des familles.
La théorie doit redevenir un élément central de la formation. Il est impensable de se présenter à l’examen du permis de conduire sans avoir participé à de véritables cours théoriques.
Les attitudes, les comportements et l’acquisition des fondamentaux du Code de la route se construisent dans une salle, avec un formateur.
Lorsqu’il devient possible de réussir l’ETG sans véritable formation, cela favorise inévitablement certaines dérives et la fraude. Une formation théorique solide permet d’atteindre le niveau requis, d’augmenter les compétences et de limiter naturellement la fraude.
Je suis capable d’entendre que l’ETG doit répondre aux exigences de la directive européenne et qu’une partie des questions réglementaires répond à un cadre précis imposé à la France.
Mais la directive européenne n’interdit absolument pas les cours théoriques. Si nous considérons que l’examen seul ne répond plus totalement à nos exigences pédagogiques, alors soyons plus exigeants avec la formation.
Cette réflexion sur une formation plus efficace doit également concerner la formation à la catégorie AM du permis de conduire.
Nous devons également réformer la formation et l’examen du titre professionnel d’enseignant de la conduite. Depuis 2016, nous avons suffisamment de recul pour constater certaines dérives et corriger des dispositifs qui ne correspondent plus toujours aux réalités du terrain.
Je souhaite également engager un véritable chantier de simplification administrative pour les élèves, mais aussi pour l’ensemble des équipes administratives des écoles de conduite qui les accompagnent au quotidien.
Sous l’impulsion de Mobilians, plusieurs avancées importantes ont déjà été obtenues : simplification des agréments, allongement de leur durée, allègement de certains documents demandés, portabilité des agréments lors des cessions d’entreprise ou encore développement des démarches numériques au niveau national.
Ce sont des progrès concrets, mais il reste encore énormément à faire.
Aujourd’hui, le principal problème réside dans le manque d’harmonisation. Selon les départements, les demandes peuvent varier, les pièces exigées ne sont pas toujours identiques et les délais deviennent parfois incompréhensibles pour les professionnels comme pour les usagers.
Je souhaite donc lancer un grand chantier avec la Délégation à la Sécurité Routière afin de travailler conjointement avec les CERT, l’ANTS et les organisations professionnelles.
L’objectif est clair : créer un guide national commun, validé par l’ensemble des parties prenantes, afin d’harmoniser les pratiques et les documents demandés sur l’ensemble du territoire.
Je suis convaincu que cette simplification est essentielle. Aujourd’hui, beaucoup d’écoles de conduite passent un temps considérable sur des démarches administratives complexes, parfois incohérentes, au détriment de leur cœur de métier : la formation.
Des procédures claires, identiques pour tous et des documents harmonisés permettraient non seulement de simplifier le quotidien des entreprises, mais aussi de réduire les délais d’inscription et de délivrance des titres pour les élèves. Tout le monde y gagnerait : les professionnels, l’administration et surtout les usagers.
Nous devons également accompagner la transition vers les nouvelles mobilités et l’électrification du parc automobile. Les écoles de conduite vont devenir de véritables acteurs de l’électromobilité : gestion de l’énergie, compréhension des recharges, nouvelles technologies embarquées… Ce sont de nouvelles compétences à transmettre.
Enfin, il y a évidemment les enjeux économiques. Beaucoup d’entreprises souffrent : hausse des coûts, carburant, investissements, contraintes administratives… Notre rôle sera aussi de défendre la viabilité économique des écoles de conduite.
Des actions judiciaires ont été entamées par les organisations professionnelles, notamment sur les places d’examen et le plafonnement CPF. Est-ce que vous avez des nouvelles à nous donner à ce sujet ?
Oui, deux actions judiciaires sont actuellement en cours et nous restons extrêmement mobilisés.
La première concerne les places d’examen. Cela fait des années que nous alertons les pouvoirs publics sur cette situation. Aujourd’hui, les professionnels ne demandent pas des privilèges ; ils demandent simplement un système capable de fonctionner normalement. Lorsqu’un élève est prêt, il doit pouvoir passer son examen dans des délais raisonnables.
La seconde concerne le CPF. Nous considérons que les dernières décisions constituent une restriction extrêmement brutale de l’accès au permis de conduire pour de nombreux Français, notamment les jeunes et les publics les plus fragiles.
On parle souvent d’égalité des chances, mais dans beaucoup de territoires, sans permis, il n’y a ni emploi ni formation possible.
Le paradoxe, c’est que le permis de conduire est probablement l’un des outils les plus efficaces d’insertion professionnelle, et pourtant on complique aujourd’hui son financement.
Nous continuerons donc à défendre un accès plus juste et plus cohérent au CPF pour les formations au permis de conduire.
Est-ce que vous avez un message à faire passer aux écoles de conduite, qu’elles soient adhérentes Mobilians ESR ou non syndiquées ?
Oui. Le premier message, c’est que nous avons besoin d’unité. Les défis qui arrivent sont énormes : transformation des mobilités, évolution technologique, pression économique, réformes réglementaires… Aucun professionnel ne pourra affronter cela seul.
La deuxième chose, c’est que les écoles de conduite doivent être fières de leur rôle. Nous sommes souvent les premiers éducateurs à la sécurité routière des jeunes générations.
Chaque jour, des enseignants transmettent bien plus que de la technique : ils transmettent de la responsabilité, du civisme et des comportements qui sauvent des vies.
Nous avons organisé lors du congrès le concours des Étoiles de la Sécurité Routière afin de mettre à l’honneur des enseignants de la conduite venus de toute la France.
Les quatorze enseignant(e)s sélectionné(e)s ont montré tout ce qu’il y a de plus admirable dans notre profession. Ce sont de véritables ambassadeurs et ambassadrices de l’éducation routière. Le moment a été extrêmement émouvant, solidaire et intense.
Et au fond, chaque enseignant(e) est, à sa manière, une étoile de la sécurité routière.
Valoriser notre profession n’est pas un objectif pour moi. C’est un devoir. Et cet événement en est la preuve.
Enfin, je veux dire à tous les professionnels que Mobilians sera une organisation de combat, mais aussi de construction.
Nous continuerons à défendre fermement les intérêts de la profession tout en préparant son avenir. Parce que notre métier a de l’avenir, à condition qu’on lui donne les moyens d’évoluer intelligemment.






















