Le 29 septembre, près de 500 véhicules d’auto-écoles ont convergé à Paris pour dénoncer la pénurie persistante de places d’examen. Une mobilisation réelle, mais en demi-teinte : bien loin des milliers de voitures espérées. Ce chiffre, à lui seul, illustre une forme de lassitude dans la profession. Beaucoup de dirigeants et d’enseignants de la conduite ne croient plus vraiment aux effets de ce type d’action, ou se disent résignés.
En attendant la mission flash…
À l’issue de la manifestation, les représentants des organisations professionnelles ont été à nouveau reçus au ministère de l’Intérieur. Le directeur de cabinet de François-Noël Buffet a répété qu’aucune décision ne serait prise avant la nomination d’un gouvernement (qui doit intervenir cette semaine, NDLR). En attendant, il a esquissé des lignes directrices et confirmé la mise en place prochaine d’une mission parlementaire dite « mission flash ». Celle-ci aura pour objectif de recueillir les propositions de tous les acteurs et de proposer des pistes concrètes pour résorber le manque de places.
Du côté des parties prenantes — organisations professionnelles, réseaux d’auto-écoles, plateformes numériques et syndicats d’inspecteurs — les idées ne manquent pas : certaines ont déjà été rendues publiques, d’autres sont encore en cours de finalisation.
L’intersyndicale demande des inspecteurs et la hausse du volume de formation
L’intersyndicale, qui réunit Mobilians ESR, l’Unidec, l’UNIC et le syndicat des inspecteurs SNICA-FO, avance deux revendications :
- Le recrutement de 150 inspecteurs du permis de conduire et 20 délégués au permis de conduire et à la sécurité routière (DPSR).
- Le passage à 28 heures de formation minimum, au lieu de 20 actuellement.
Cette dernière mesure divise profondément les écoles de conduite traditionnelles (52% sont pour, 48% sont contre ou neutres), et les plateformes y sont fermement opposées. Côté inspecteurs, elle est défendue très mollement : le SNICA-FO n’a même plus intégré cette revendication dans son dernier communiqué.
Les trois propositions de l’ECF
De son côté, l’ECF propose trois mesures structurantes :
- Généraliser la conduite accompagnée. Filière plus performante (75 % de réussite contre 57 % en filière traditionnelle), moins coûteuse et plus sécuritaire, elle permettrait mécaniquement de réduire le nombre de présentations à l’examen.
- Abaisser l’âge d’accès à la conduite accompagnée à 14 ans. Selon l’ECF, commencer plus tôt renforcerait l’expérience des jeunes conducteurs, améliorerait leur autonomie et contribuerait à désengorger durablement le système.
- Instaurer un test de fin de formation obligatoire. Ce contrôle permettrait de réserver les places d’examen aux candidats réellement prêts et d’éviter de « gâcher » des créneaux.
Généraliser l’examen en boîte automatique
Pour Karl Raoult, vice-président du réseau CER, la revendication portée par l’intersyndicale (recrutement de 150 IPCSR) est une condition indispensable pour résorber durablement les délais et redonner de la visibilité aux auto-écoles. Mais il défend surtout le fait de généraliser le passage du premier examen sur boîte automatique, avec la possibilité pour ceux qui le souhaitent d’effectuer la passerelle vers le permis B classique par la suite. Selon lui, cette orientation permettrait aux écoles de conduite d’anticiper la transition de leur flotte vers l’automatique, de ramener les délais d’attente de six mois à deux mois, et d’optimiser l’organisation interne.
La formation en boîte auto — autour de 20 heures en moyenne — serait moins coûteuse pour les élèves, plus agréable pour les enseignants et n’exigerait pas le même niveau de disponibilité en formateurs.
Pour Karl Raoult, il est indispensable que l’État anticipe l’évolution du parc roulant. Une directive de l’Union européenne prévoit que les entreprises ne pourront louer que des véhicules électriques d’ici 2030 (et les particuliers en 2035). La tendance du marché confirme ce virage : un article d’Auto Plus de janvier 2024 estime que 80 % des véhicules vendus seront en boîte automatique à l’horizon 2030.
Les plateformes misent sur un « rattrapage » à la manière du bac
La Fenaa, qui représente les plateformes Ornikar, En Voiture Simone et lePermislibre, avance une idée totalement différente : un dispositif de « rattrapage », réservé aux candidats ayant échoué à l’examen par manque de points. La Fenaa propose que ces candidats puissent obtenir leur permis après cinq heures de conduite supplémentaires , sans repasser devant un inspecteur. Objectif : libérer des créneaux et réduire le nombre de présentations.
Et maintenant ?
Les propositions sont nombreuses. Chaque organisation va venir défendre ses positions devant la mission flash qui doit prochainement être lancée. La tâche de cette dernière s’annonce délicate tant les visions divergent.
Pourtant, si la profession veut éviter que les arbitrages lui échappent une fois encore, elle aurait tout intérêt à se réunir en amont et à parler d’une seule voix.









































