Depuis 2022, au moins 28 enseignants de la conduite ont été condamnés pour des faits de harcèlement, d’agressions sexuelles ou de viols. Avec le documentaire « Permis d’opprimer », France Télévision s’empare d’un sujet sensible mais devenu incontournable : les violences sexistes et sexuelles dans les auto-écoles. Nourri de témoignages et d’enquêtes de terrain, ce documentaire entend remettre au cœur du débat public la question de la sécurité des élèves, et plus particulièrement des femmes, dans l’habitacle de formation.
Une réalité encore peu abordée
Dans son documentaire « Permis d’opprimer », visionnable ici , la journaliste et réalisatrice indépendante Clara Losi s’intéresse à la face sombre de l’apprentissage de la conduite.
L’enquête revient sur plusieurs affaires ayant conduit à des condamnations pénales d’enseignants de la conduite ces dernières années. Selon les éléments avancés par la production, au moins 28 moniteurs ont été condamnés depuis 2022 pour des faits de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles ou de viol.
Le documentaire donne également la parole à des victimes, des avocats, des représentants syndicaux ainsi qu’à des enseignants de la conduite. Il s’inscrit dans un contexte où les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux, contribuant à libérer progressivement la parole autour de situations longtemps tues.
Une relation pédagogique qui peut créer une situation de vulnérabilité
Le documentaire souligne une spécificité propre à l’enseignement de la conduite : la formation se déroule le plus souvent dans un espace clos, sans témoin direct, avec une forte relation d’autorité entre l’enseignant et l’élève.
Pour certaines candidates, notamment les plus jeunes, cette configuration peut créer une situation de vulnérabilité, voire d’emprise. Les violences dénoncées ne se limitent pas aux faits les plus graves : remarques sexistes, comportements déplacés, propos humiliants ou attitudes racistes sont également évoqués.
Le film met aussi en avant les conséquences parfois lourdes pour les victimes. Au-delà du traumatisme, certaines élèves finissent par abandonner leur formation ou repousser le passage du permis de conduire.
Or, dans de nombreux territoires, le permis reste un outil indispensable d’accès à l’emploi, à l’autonomie ou aux études. « Rater son permis, voire renoncer à le passer, c’est bien plus qu’un échec administratif », rappelle le documentaire.
Les réseaux sociaux également pointés du doigt
L’enquête s’intéresse aussi à certains contenus publiés sur les réseaux sociaux par des influenceurs liés au monde de l’enseignement de la conduite.
Selon la réalisatrice, certains formats humoristiques ou viraux reposent encore sur des clichés sexistes visant les femmes au volant. Des représentations qui peuvent sembler anodines mais qui participeraient à banaliser certains comportements ou à fragiliser davantage certaines candidates.
Le documentaire établit ainsi un parallèle entre ces stéréotypes largement diffusés en ligne et les situations de malaise ou de discrimination vécues pendant la formation.
Une absence de cadre spécifique dans le secteur
L’un des principaux constats soulevés par « Permis d’opprimer » concerne l’absence de dispositif structuré dédié à la prévention des violences sexistes et sexuelles dans le secteur des auto-écoles.
À ce jour, aucune formation obligatoire spécifique sur les VSS (violences sexistes et sexuelles) n’est imposée aux enseignants de la conduite dans le cadre de leur formation initiale ou continue.
Le documentaire interroge également les mécanismes de signalement, la prévention au sein des établissements ainsi que les procédures internes susceptibles d’être mises en place par les réseaux ou les exploitants indépendants.
Pour les professionnels du secteur, ce sujet sensible pose aussi la question de l’image de la profession. La très grande majorité des enseignants exercent leur métier avec sérieux et bienveillance, mais chaque affaire médiatisée contribue à fragiliser la confiance des élèves et des familles.
Un sujet qui pourrait progressivement s’imposer dans les débats professionnels
Avec ce documentaire, France Télévision entend replacer la sécurité des élèves au cœur du débat public.
Dans un contexte où les questions de prévention, de déontologie et d’encadrement des pratiques professionnelles prennent une place croissante dans de nombreux secteurs accueillant du public, le monde de l’enseignement de la conduite pourrait lui aussi être amené à faire évoluer ses pratiques.
Formation des enseignants, sensibilisation aux comportements inappropriés, procédures de signalement ou accompagnement des élèves : autant de sujets qui pourraient désormais s’inviter plus régulièrement dans les discussions de la profession.






















