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Pourquoi les auto-écoles ne parviennent-elles toujours pas à recruter ?

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difficulté recrutement moniteur auto-école 2026

Les écoles de conduite ont recruté 3 420 enseignants en 2024. Pourtant, près de 1 950 postes sont restés vacants, soit 36 % des intentions d’embauche. Derrière ce paradoxe se cachent le vieillissement des salariés, le faible nombre de nouveaux entrants, une forte circulation des enseignants entre établissements et la progression du travail indépendant. Le dernier rapport de l’ANFA montre que la pénurie ne pourra pas être résolue en formant davantage de professionnels sans agir également sur leurs conditions d’exercice et leur fidélisation.

Plus de 4 000 recrutements en une seule année

Le secteur de l’enseignement de la conduite continue de recruter massivement. Selon l’enquête de l’ANFA, 4 140 recrutements ont été réalisés en 2024, hors alternance. Parmi eux, 3 420 concernaient directement des enseignants de la conduite.

Ces chiffres confirment le dynamisme d’un secteur qui compte désormais près de 28 800 salariés. Après avoir reculé jusqu’en 2019, l’emploi salarié est reparti à la hausse. Entre 2020 et 2025, les effectifs ont progressé de 13 % pour retrouver leur plus haut niveau.

Cette reprise a notamment été portée par l’augmentation de la demande de formation. L’abaissement de l’âge minimal pour passer le permis B, l’afflux de candidats au permis moto après son ouverture au CPF et le rattrapage de l’activité après la crise sanitaire ont accru les besoins des établissements.


Pour absorber cette demande, les auto-écoles ont dû augmenter leur capacité de formation. Dans un secteur où la production repose principalement sur la disponibilité des enseignants et des véhicules, cette progression passe nécessairement par de nouveaux recrutements ou par le recours à des professionnels indépendants.

Avec 3 420 enseignants embauchés en une année, la profession pourrait donner l’impression d’avoir réussi à répondre à ses besoins. Les données de l’ANFA montrent pourtant une réalité très différente.

Près de 1 950 postes d’enseignants non pourvus

En 2024, environ 1 950 postes d’enseignants de la conduite n’ont pas trouvé preneur. Ces postes non pourvus représentent 36 % des intentions d’embauche recensées par l’ANFA.

Autrement dit, plus d’un projet de recrutement sur trois n’a pas abouti. Le nombre de postes vacants a même légèrement augmenté par rapport aux précédentes observations, alors que les établissements déclarent rencontrer moins de difficultés lorsqu’ils parviennent effectivement à embaucher.


La part des recrutements considérés comme difficiles ou assez difficiles est ainsi passée de 43 % en 2022 à 30 % en 2024. Cette amélioration apparente ne signifie donc pas que la pénurie est résolue.

Les deux indicateurs ne mesurent pas exactement la même chose. Le taux de difficulté porte sur les recrutements finalement réalisés, tandis que les 1 950 postes non pourvus correspondent à des projets n’ayant pas abouti. Une école peut donc estimer qu’une embauche réalisée s’est déroulée sans difficulté majeure tout en conservant un ou plusieurs postes vacants.

La baisse des difficultés déclarées peut également traduire une adaptation progressive des employeurs. Certains ont pu réduire leurs exigences, élargir leur zone de recherche, revoir l’organisation des plannings ou accepter de recruter des professionnels nécessitant davantage d’accompagnement. D’autres ont pu renoncer au salariat et faire appel à un enseignant indépendant.

Le constat central demeure néanmoins inchangé : les auto-écoles cherchent davantage d’enseignants qu’elles ne parviennent à en recruter.

Peu de nouveaux entrants dans le secteur

L’une des explications se trouve dans le profil des personnes embauchées. Parmi les recrues de 2024, seulement 8 % n’avaient jamais travaillé avant leur recrutement. Le métier est rarement exercé dès le début de la vie professionnelle. Il est fréquemment rejoint après une première carrière, dans le cadre d’une reconversion.

Plus significatif encore, 76 % des personnes recrutées avaient déjà travaillé dans le secteur de l’enseignement de la conduite. La majorité des embauches ne correspond donc pas nécessairement à l’arrivée de nouveaux enseignants sur le marché du travail.

Une partie importante des recrutements résulte vraisemblablement de mouvements entre établissements. Un enseignant quitte une auto-école pour rejoindre un concurrent, changer de région, bénéficier d’un meilleur planning ou se rapprocher de son domicile. Le nouvel employeur a bien réalisé un recrutement, mais le départ peut créer simultanément un poste vacant dans l’établissement précédent.

Ce phénomène explique pourquoi un nombre élevé d’embauches peut coexister avec une pénurie persistante. Le secteur recrute beaucoup, mais une partie de ces recrutements consiste à déplacer des professionnels déjà en activité plutôt qu’à augmenter le nombre total d’enseignants disponibles.

La concurrence entre auto-écoles ne porte donc pas seulement sur les élèves et les places d’examen. Elle concerne aussi les enseignants. Dans les territoires où les professionnels sont particulièrement rares, la capacité à proposer un poste attractif devient un enjeu économique majeur.

Les départs en fin de carrière vont accroître les besoins

La pyramide des âges constitue un autre facteur de tension. Les salariés du secteur ont en moyenne 42,1 ans, contre 36,7 ans dans l’ensemble des services de l’automobile. Surtout, 17,9 % d’entre eux ont 55 ans ou plus, contre 13,1 % dans le reste de la branche.

Cette différence s’explique en partie par les conditions d’accès à la profession et par le poids des reconversions. Le métier d’enseignant de la conduite ne peut pas être exercé avant l’âge de 20 ans. De nombreux professionnels le rejoignent également après plusieurs années passées dans un autre secteur.

Une population plus âgée implique mécaniquement davantage de départs en fin de carrière au cours des prochaines années. Les auto-écoles devront ainsi recruter pour accompagner la croissance de leur activité, mais aussi pour remplacer les enseignants qui partiront à la retraite.

La situation risque donc de rester tendue même si le nombre de candidats formés se maintient. Pour stabiliser les effectifs, les nouveaux entrants devront être suffisamment nombreux pour compenser les départs définitifs, les changements de métier et les passages du salariat à l’indépendance.

Cette question concerne particulièrement les petites structures. Le départ d’un enseignant peut représenter une part importante de leur capacité de formation et provoquer immédiatement une baisse du nombre d’heures disponibles. Tant que le poste n’est pas remplacé, l’établissement peut être contraint de refuser de nouvelles inscriptions ou d’allonger les délais proposés à ses élèves.

La progression de l’indépendance transforme le marché du travail

La pénurie de salariés ne signifie pas nécessairement que tous les enseignants ont quitté la profession. Une partie d’entre eux peut avoir choisi de poursuivre son activité sous un statut indépendant.

Le nombre de microentreprises dans le secteur a progressé de 33 % entre 2021 et 2023 pour atteindre près de 3 600 structures. Elles représentent désormais 30 % des entreprises de l’enseignement de la conduite, et jusqu’à 41 % en Île-de-France.

Le rapport de l’ANFA ne permet pas de déterminer quelle proportion de ces microentreprises correspond précisément à des enseignants indépendants. Cette forte progression montre toutefois que le travail non salarié occupe une place croissante dans l’organisation du secteur.

Pour certains enseignants, l’indépendance peut offrir davantage de liberté dans le choix des horaires, des établissements partenaires et du volume d’activité. Elle peut aussi permettre de négocier différemment la valeur de chaque heure de travail.

Pour les auto-écoles, le recours à des indépendants apporte de la souplesse. Il permet d’augmenter temporairement la capacité de formation sans créer immédiatement un poste permanent. Cette solution peut être utile pour répondre à un pic d’activité, remplacer un salarié absent ou assurer certaines formations spécialisées.

Mais elle réduit également le vivier de candidats susceptibles d’accepter un contrat salarié. Les auto-écoles doivent alors convaincre des professionnels qui peuvent arbitrer entre plusieurs établissements, cumuler les collaborations ou préférer organiser eux-mêmes leur activité.

La progression de l’indépendance ne fait donc pas disparaître les enseignants. Elle modifie la nature de la relation de travail et rend le recrutement salarié plus concurrentiel.

Des conditions d’exercice particulièrement contraignantes

Le rapport de l’ANFA identifie le manque de candidats et les besoins de renouvellement comme des causes majeures des tensions. Il apporte en revanche peu d’informations sur les raisons qui conduisent certains enseignants à refuser une offre, à changer d’établissement ou à quitter le salariat.

Les conditions concrètes d’exercice méritent pourtant d’être examinées. Le métier est organisé autour des disponibilités des élèves, souvent lycéens, étudiants ou salariés. Les leçons se concentrent fréquemment en fin de journée, le mercredi et le samedi.

Cette demande peut entraîner des amplitudes de travail importantes et des journées entrecoupées de périodes sans leçon. Une annulation tardive, un déplacement ou un intervalle mal optimisé entre deux élèves peut affecter à la fois l’organisation de l’établissement et le quotidien de l’enseignant.

Le secteur compte ainsi 17,3 % de salariés à temps partiel, contre 8,7 % dans l’ensemble des services de l’automobile. Cette proportion atteint 23 % chez les femmes et 12,1 % chez les hommes.

La dimension relationnelle peut également peser sur les conditions de travail. Les enseignants accompagnent des candidats stressés, parfois en difficulté ou confrontés à plusieurs échecs. Ils doivent assurer la sécurité du véhicule tout en observant, expliquant, corrigeant et encourageant l’élève.

La pénurie de places d’examen ajoute une pression supplémentaire. L’allongement des délais oblige les écoles à organiser des leçons de maintien de niveau et à répondre au mécontentement des candidats. Les enseignants peuvent se retrouver en première ligne face à des élèves qui ne comprennent pas pourquoi aucune date d’examen ne leur est proposée.

Dans les petites structures, ils peuvent aussi participer à l’accueil, à la gestion des plannings ou au suivi administratif. Ces missions réduisent le temps consacré à la pédagogie et peuvent accentuer la charge mentale.

Le salaire ne suffit pas à expliquer la pénurie

La rémunération constitue naturellement un élément central dans la décision d’accepter ou de conserver un poste. Elle doit être appréciée au regard du niveau de responsabilité, des horaires, de l’amplitude des journées et du coût de la vie dans le territoire concerné.

Le rapport de l’ANFA ne fournit toutefois pas de données détaillées sur les salaires effectivement proposés aux enseignants. Il ne permet donc pas de mesurer directement l’impact de la rémunération sur les difficultés de recrutement.

L’attractivité d’un poste ne se résume pas au montant figurant sur la fiche de paie. La régularité du planning, le nombre de coupures, la distance entre les différents points de rendez-vous, la qualité des véhicules, l’ambiance de l’équipe et la relation avec le gérant peuvent être tout aussi déterminants.

Les perspectives professionnelles jouent également un rôle. Un enseignant peut souhaiter se spécialiser dans la formation moto ou poids lourd, participer à des actions de prévention, évoluer vers la coordination pédagogique ou préparer la création de sa propre école de conduite.

Un établissement qui propose un parcours d’évolution clairement identifié peut donc se différencier d’un concurrent offrant uniquement une succession d’heures de conduite.

Recruter ne suffit plus : il faut fidéliser

Les chiffres de l’ANFA montrent que les auto-écoles réalisent déjà un nombre important d’embauches. Le problème tient autant à la disponibilité de nouveaux candidats qu’à la capacité du secteur à conserver durablement ses professionnels.

La fidélisation commence par l’organisation du travail. Un planning communiqué suffisamment tôt, des temps de pause cohérents, une limitation des coupures et une répartition équitable des leçons difficiles peuvent améliorer sensiblement le quotidien des enseignants.

La reconnaissance professionnelle est un autre levier. Des échanges réguliers sur les pratiques pédagogiques, la possibilité de suivre des formations et la participation aux décisions de l’établissement permettent de valoriser l’expertise des salariés.

La diversification des missions peut aussi réduire la monotonie. Un enseignant peut intervenir sur le code, la prévention du risque routier, l’éco-conduite, le suivi pédagogique ou l’accompagnement de nouveaux collègues. Lorsque l’établissement le permet, ces activités ouvrent des perspectives au-delà de l’enchaînement des leçons individuelles.

Enfin, la qualité de la relation managériale reste déterminante. Dans un secteur composé majoritairement de petites entreprises, les relations entre le gérant et ses enseignants ont un impact direct sur l’ambiance de travail et sur la volonté de rester dans l’établissement.

Former davantage, mais surtout rendre le métier plus attractif

Augmenter le nombre de personnes formées au TP ECSR apparaît comme une réponse nécessaire à la pénurie. En 2024, 2 615 candidats ont obtenu ce titre professionnel. Ce volume reste important, mais il doit être mis en perspective avec les 3 420 recrutements réalisés, les 1 950 postes non pourvus et les futurs départs en fin de carrière.

Former davantage ne résoudra cependant pas tout. Encore faut-il que les titulaires du TP ECSR entrent effectivement dans le métier, trouvent un poste dans leur territoire et choisissent d’y rester suffisamment longtemps.

La pénurie d’enseignants ne peut donc pas être analysée comme un simple manque de diplômés. Elle résulte de plusieurs phénomènes simultanés : croissance de la demande, vieillissement des effectifs, circulation importante des salariés entre établissements, progression de l’indépendance et attractivité inégale des conditions proposées.

Pour les auto-écoles, l’enjeu n’est plus seulement de publier une offre d’emploi et d’attendre des candidatures. Elles doivent désormais travailler leur attractivité comme elles travaillent leur relation avec les élèves : expliquer ce qu’elles proposent, se différencier, offrir de la visibilité et construire une relation durable.

Avec près de 2 000 postes d’enseignants toujours vacants, le secteur dispose d’un potentiel d’emploi considérable. Mais il ne pourra répondre durablement à ses besoins qu’en faisant du recrutement et de la fidélisation des enseignants une priorité stratégique.

Source : ANFA, Autofocus n°124, « Enseignement de la conduite », juillet 2026. Les données relatives aux embauches et aux postes non pourvus sont issues de l’enquête ANFA sur les recrutements réalisés en 2024. Elles portent sur les recrutements hors alternance.


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