Auto-écoles cherchent enseignants désespérément

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pénurie moniteur auto-école

« Recherche enseignant de la conduite H/F… ». Depuis le dé-confinement les annonces se multiplient sur les réseaux sociaux, les sites d’offres d’emploi spécialisés, les groupes Whatsapp, etc… En région parisienne comme en province, le phénomène prend une telle ampleur que l’on peut parler d’une véritable pénurie d’enseignants de la conduite. Cette pénurie a des causes à la fois structurelles et conjoncturelles. Nous vous proposons quelques pistes de réflexion sur son origine et les moyens d’y faire face.

C’est un fait, en ce moment, énormément d’auto-écoles recrutent ou y songent sérieusement. Les annonces se multiplient mais les candidats ne se pressent pas pour pourvoir les postes disponible. Comment en est-on arrivés là?

Des causes anciennes bien connues

La pénurie actuelle d’enseignants trouve son origine dans la crise que connaissent les centres de formation de moniteurs depuis 3-4 ans, suite à la réforme du mode de financement de ces formations. Tous les quatre ans, les régions procèdent à des appels d’offre auprès des centres de formation pour former les demandeurs d’emploi. La façon dont ces appels d’offres sont rédigés favorise implicitement les acteurs les plus importants, au détriment des structures plus petites, à tel point que plusieurs centres de formation de moniteurs ont fermé ces dernières années.

Dans le même temps, le BEPECASER (Brevet pour l’exercice de la profession d’enseignant de la conduite automobile et de la sécurité routière) a été remplacé par le Titre professionnel ECSR. De nombreuses écoles de conduite ont eu des réticences à embaucher des « titres pro » (à tord ou à raison, nous n’entrerons pas dans ce débat ici). Considérés comme étant moins bien formés, plus chers pour l’entreprise (en termes de rémunération)… certains ont eu du mal à trouver un emploi, voire ont été contrains de changer de secteur. Ce phénomène n’a en rien été arrangé par les cas de « vente » de titre pro par des centres de formation malhonnête.

Interrogé, le responsable d’un centre de formation nous a confié que la pénurie venait également d’un changement dans la composition des apprentis formateurs. « Il y’a quatre ans, on avait 75% de demandeurs d’emploi envoyés par Pôle emploi. Ces personnes étaient motivées pour trouver un poste à l’issue de la formation. Aujourd’hui, ils ne représentent pas plus que 10% et on a 85% de personnes en reconversion professionnelles ou qui font une formation complémentaire [des chauffeurs de bus, par exemple], dont “une grosse moitié” souhaite devenir indépendants et travailler en complément de leur emploi salarié ».

On a donc moins de centres de formation, formant des candidats dont l’activité d’enseignant de la conduite ne sera pas forcément l’activité principale, et qui sortent avec un « diplôme » moins valorisé.


Si l’on ajoute à cela les plateformes internet qui, depuis des mois, tentent par tous les moyens de convaincre des enseignants de les rejoindre en tant qu’indépendants… en dépit de toute rationalité (voir notre article Moniteurs d’auto-écoles en ligne : la précarité comme seul horizon) et les départs non remplacés (retraite, fermetures d’auto-écoles avec des gérants et salariés qui quittent le métier). Tous les ingrédients sont réunis!

Un effet de rattrapage depuis le dé-confinement

Il ne manquait plus qu’une étincelle pour que la situation devienne explosive et cette étincelle est apparue au printemps avec la pandémie de Covid-19.

En effet, avec la fin du confinement, les auto-écoles ont vu le retour de leurs élèves en cours de formation mais aussi l’inscription de nouveaux élèves qui auraient normalement dû s’inscrire pendant les mois de confinement.

Cette situation – positive pour les trésoreries – n’est pas sans poser d’autres problèmes et les auto-écoles sont aujourd’hui confrontées à un effet de rattrapage. Les élèves qui se sont inscrits fin-mai / début juin ont fini, après quelques semaines, par obtenir leur code de la route et ils souhaitent désormais effectuer leurs leçons de conduite. Ils sont en concurrence avec les élèves qui étaient déjà en formation au moment de la mise en place du confinement et qui doivent continuer à conduire en attendant de passer (ou repasser) l’examen. La pénurie de places d’examens, qui va mettre du temps à se résorber, n’arrangeant rien…

Le résultat de tout ça? Des plannings surchargés et des élèves s’impatientent de plus en plus…

Embaucher ou ne pas embaucher?

Telle est la question! Et la réponse n’est pas évidente… À court terme, il est nécessaire de répondre à un besoin ponctuel de main d’oeuvre afin de dispenser les leçons de conduite aux élèves. Ce besoin ponctuel risque de durer plusieurs mois, le temps que la situation se normalise.

À moyen-long terme, il n’est pas évident que ce besoin de main d’œuvre soit toujours là. Il est donc nécessaire, pour tout chef d’entreprise, de se poser la question au vu du développement de leur entreprise – non pas sur les 3 derniers mois – mais sur les 12 à 18 derniers mois.

Si la hausse envisagée est temporaire, mieux vaudra avoir recours aux heures supplémentaires pendant quelques mois, quitte à réduire les horaires d’ouverture des bureaux et les permanences de code. En revanche, si l’auto-école connait une hausse de son activité depuis la période pré-confinement, un recrutement s’impose.

De nombreux sites sont à votre disposition pour laisser des annonces : AGX Annonces, Pôle Emploi et… PermisMag! Nous avons ajouté une nouvelle rubrique Offres d’emploi il y a quelques mois déjà. Par ailleurs, il est important de poster des offres sur Pôle Emploi, car même si vous ne recrutez pas vos enseignants par ce biais là, Pôle Emploi doit absolument être au courant des besoins de recrutement pour pouvoir allouer des budgets à la formation des futurs enseignants.

Bon courage à tous et bonne reprise!

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16 Commentaires

  1. Vous pouvez rajouter le salaire pitoyable du moniteur auto-école mais aussi des horaires de travail à rallonge et des élèves de moins en moins motivés et vous avez les véritables explications de la pénurie.
    Pour rappel un moniteur auto école dans l Isère gagne en moyenne 1350 euros net pour 39h de travail voir plus d heures à effectuer encore. Aucune augmentation de salaire en vue non plus car les auto école sont énormément taxées et le fait de se mettre en indépendant est un véritable piège à con…
    Bref boulot à éviter à tout prix

  2. Je suis monitrice bepecaser avec plusieurs casquettes
    Vendre des heures pour les patrons
    Pas de place en permis cause je ne sais même plus
    Risquer ma vie à côté des jeunes ou moins jeunes
    et surtout une non revalorisation de mon salaire et une obligation de résultat au permis
    Ras le bol

    • Il n’y a aucune obligation de résultat, uniquement une obligation de moyens, qui incombe en premier lieu au responsable pédagogique. La jurisprudence prud’homale est claire sur ce point. Relevons la tête!

  3. Trop contente d’être partie à la retraite! Je souhaite bon courage à ceux qui restent . C’est un boulot où l’on s’investit beaucoup, avec beaucoup de responsabilités et des horaires élastiques mais aucune reconnaissance ni de la part de l’état, ni de la part des élèves ou du public et pourtant! Si nous n’étions pas là ? On a même vu l’éducation nationale vouloir s’implanter dans le métier pour nous faire concurrence !!! Et vous vous étonnez que les enseignants aient pris la fuite?? Pour nous avoir méprisés, emmerdés tout le long de nos carrières à nous pondre des lois et des contre lois, aujourd’hui, vous pleurez la pénurie…. Mais je crois que vous l’avez bien cherchée et provoquée Messieurs les journaleux et les politiques : A coups de charges verbales et écrites sur notre métier, tout pour nous démotiver, à démolir sans arrêt et chercher à nous écraser en mettant en avant tous ces lowcost qui sont la perte de notre travail et de notre endurance. J’ai profondément aimé mon métier, mais je n’ai jamais été aussi mal payée que dans cette carrière et par dessus le marché, quel mépris n’avons nous pas essuyé de la part des ces incompétents inspecteurs !!!! Des fonctionnaires bien trempés imbus de leurs pouvoirs sur les gens et profitant largement du pouvoir qui leur est donné du haut de leurs incompétences. C’est peut-être par ceux là qu’il faudrait repenser votre réforme. Comment peut-on être juge quand on n’a JAMAIS été enseignant? Ils ne connaissent pas le métier, ils ne connaissent pas les élèves et ils évaluent souvent à la tête du client! La voilà votre réalité. Mais comme d’habitude, ce ne sera jamais de votre faute, toujours les autres! Par cette attitude, Messieurs les bureaucrates, vous avez tué notre métier. Ne venez pas vous plaindre! Vous l’avez cherché …..vous avez réussi !

    • Je fais partie de ces fonctionnaires incompétent, et qui soit disant abusent de leur pouvoir. Sachez qu’une majorité des ces incompétents ont exercé la profession d’enseignant de la conduite.
      En retraite aujourd’hui, vous avez peut être côtoyé des inspecteurs non formés, ancien militaire ou ancien gendarme.
      Sachez que dans le département ou je travaille, les relations entre les IPCSR et les enseignants sont bonnes, que j’ai beaucoup de respect pour leur travail et qu’ils en ont autant pour mes évaluations, ne vous en déplaise.

  4. Après une reconversion et une formation bepecaser j ai été embauché en 2013.
    Aujourd’hui je gagne 11,80€ de l heure.
    Nous sommes très mal payés au vu du travail fourni et des risques encourus.
    La concurrence des low cost fait du mal .
    Leur mensonges détruisent l image des auto école.
    La fermeture de nombreuses agences aurait dû mettre sur le marché de nombreux enseignants pour la plupart ils préfèrent changer de métier.
    La pénurie de moniteurs n est qu a son début.

  5. Enfin un article réaliste et objectif sur le métier d’enseignant de la conduite. Je les côtoie tous les jours, (je fais partie du côté obscur… du permis). Et j’ai l’occasion de voir tous les jours des enseignants investis, motivés souvent plus que leurs élèves qu’ils portent à bout de bras, pour un salaire dérisoire eu égard à leur investissement et conditions de travail.
    Statut d’enseignant effectivement dévalorisé par le niveau du nouveau diplôme et par les petits arrangements entre amis de certains centres de formation.
    Bon courage à vous tous.

  6. Le problème des salaires et des conditions de travail est decrit avec pertinence par les commentaires précédents. Ce qui m’interpelle c’est l’ahurissante protection dont bénéficient les plateformes internet. De l’interprétation par la justice du code de la route concernant la portée nationale d’un agrément préfectoral jusqu’au fait que toutes ces plateformes vendent leur prestations quasiment au même prix et offre la même rémunération à leurs indépendants en détournant le statut de loueur de véhicule à double commande. On dirait d’une entente existe et que le législateur ce serait fait acheté. Je precise c’est du conditionnel, c’est pas de la diffamation, je n’ai pas de preuves, que de très fortes suspicions. Un cartel se constitue sous les yeux volontairement fermés des pouvoirs publics. Ceci en contrevenant à la réglementation routière, sociale et commerciale et lorsque la profession manifeste pour ne demander que le simple respect de la loi, on lui répond que la formation au permis doit baisser de 30%. C’est un casus belli, personnellement je fait comme la moitié de ma promo du BPK 2015, je cherche l’opportunité pour sortir de la profession et j’ai trouvé le moyen de glisser doucement vers les métiers de l’insertion socio-professionnelle. Force et honneur aux plus déterminés qui restent dans le métier et qui participeront à cette guerre.

  7. Je partage la plupart des avis…un métier qui quand il est fait avec passion est très prenant,beaucoup de responsabilités, pas suffisamment reconnu etc…
    Mais pour ce qui est des salaires, faute a l’employeur et à l’employé! Il ne fallait pas accepter!
    Les offres actuellement se multiplie et bizarrement certains réhaussent déjà les salaires pour attirer.
    Donc moi tout en haut du podium ( ce nest que mon avis) je décide de mettre les enseignants! Ceux qui ont accepté des salaires minables, les mêmes qui aujourd’hui crient haut et fort que les salaires dans la profession sont une honte.
    En acceptant, vous avez ruiné la profession, qui sait peut être qu’il va y avoir un réel changement là avec l’offre et la demande.

  8. Les auto-écoles qui ont du mal à embaucher doivent peut-être se remettre en question… Parceque sur Paris personnellement certaines auto-écoles se permettent tout et n’importe quoi… Horaires façon Macdo… Moitié de salaire déclarée… Et après ça vient se plaindre… Du grand délire

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