[Portrait] À Pantin, Manaf transporte gratuitement les plus démunis

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Manaf Acimi CER Milani Pantin
Cette semaine, nous sommes allés voir Manaf Acimi, le gérant du CER Milani à Pantin depuis plus de 15 ans. Il y a un mois, il a lancé un concept de transport gratuit à destination des personnes âgées dans le besoin. Ces dernières s’installent à l’arrière de la voiture et les élèves les conduisent chez le médecin ou au centre commercial.

Bonjour Manaf, comment vous est venue l’idée ?

Cela fait des années que cette idée me trotte dans la tête. Je me suis toujours dit que c’était dommage d’avoir des places vides alors qu’il y a tellement de gens qui galèrent dans les transports en commun.

Je me suis rendu compte que la mobilité devenait de plus en plus compliquée à cause des problèmes de sécurité dans les transports ou encore l’augmentation du Pass Navigo.



L'initiative reprise dans le JT de France 3 Île-de-France...

Avoir l’idée est une chose, la mettre en place est parfois plus compliqué ! Comment est-ce que vous avez fait ?

Oui, c’est vrai. Ici les choses se sont faites assez naturellement. Je me suis rapproché de l’association « Les Petits Frères des Pauvres » qui vient en aide aux personnes âgées en situation de précarité. Je leur ai proposé nos services et ils ont tout de suite accepté.

Cela fait un mois que nous sommes en phase de test. Nous avons transporté une vingtaine de personnes et pour l’instant c’est plutôt concluant. Je suis de plus en plus contacté sur les réseaux sociaux, certains anciens élèves me demandent si je peux accompagner leurs grands-parents, etc.

Télévision, radio, presse, votre initiative a été très médiatisée, j’imagine que vous devez être fier.

Je n’ai pas fait ça pour les caméras, mais oui, ça me fait plaisir. C’est avant tout une action solidaire, faite pour rendre service. Qu’on en parle est une bonne chose. La société est de plus en plus individualiste. Alors forcément, voir une action comme celle-ci, complètement désintéressée, cela suscite de l’intérêt.

Par ailleurs, je suis persuadé qu’elle est bénéfique pour tous. Pour les personnes transportées à qui on rend leur mobilité, pour la planète et pour les élèves… on pourra en reparler!

... et dans le 19:45 (M6)

La médiatisation attire aussi parfois la jalousie… et les critiques. Sur certains groupes Facebook, des personnes ont critiqué l’initiative en se posant la question de sa légalité et de sa pertinence en matière de pédagogie. Qu’est ce que vous leur répondez ?

J’ai lu ces critiques évidemment et je ne les ai pas trouvées pertinentes. La pédagogie du moniteur n’est absolument pas impactée par le fait de transporter une personne à l’arrière du véhicule. La conduite de l’élève non plus. D’ailleurs, le jour de l’examen, il y aura quelqu’un d’assis sur la banquette arrière. La personne transportée est silencieuse et n’intervient pas pendant la durée du trajet.

Par ailleurs, lorsque l’on doit transporter une personne, je m’assure toujours qu’il s’agisse d’un élève en milieu ou en fin de formation, pas d’un élève qui travaille la compétence 1. La course dure en moyenne 15 minutes, sur une leçon de 2 heures, et un élève transporte souvent qu’une seule personne pendant toute sa formation. Son impact est très faible et aucun élève ne s’est plaint. Au contraire, ils sont plutôt demandeurs. L’auto-école est située à proximité du centre d’examen, je fais en sorte que ces courses soient mises à profit pour travailler des éléments en particulier, comme le stationnement par exemple.

J’ai pu lire que je faisais du RMP (Roule Ma Poule) et que ce n’était pas pertinent en matière de pédagogie. J’invite ceux qui le pensent sincèrement à venir assister à l’une de mes leçons pour les faire changer d’avis.

Et du point de vue des assurances, vous avez pensé à tout ?

Là encore, j’ai lu tout et n’importe quoi ! Mon initiative est bénévole et solidaire, le transport est gratuit. Il ne s’agit absolument pas d’une activité de transport de personnes (comme c’est le cas pour les taxis ou les VTC). Cela s’apparente davantage à de l’auto-stop organisé. Pour le reste, c’est la loi Badinter de 1985 qui s’applique.

Vous disiez toute à l’heure que l’initiative était bénéfique pour tous, vous voulez préciser votre pensée ?

Oui, je pense qu’elle est bénéfique dans la mesure où elle permet d’agir en faveur de l’environnement. Nous avons dans nos véhicules des places inoccupées, pourquoi pas en faire bénéficier des personnes dans le besoin ? On me dit que c’est modeste, que c’est une goutte d’eau… et alors ? Il y a une légende amérindienne que j’aime particulièrement. C’est la légende du colibri. Les jeunes d’aujourd’hui sont très engagés pour l’environnement, ils valorisent ce genre d’actions.

D’autre part, j’espère que cette initiative permettra de changer l’image de la profession et de montrer que les auto-écoles ne sont pas là que « pour l’argent ». Nous sommes dans le 93, dans un département avec énormément de précarité. Cette initiative est destinée à recréer du lien social, entre les générations. Les gens ne se parlent plus, certaines personnes âgées ont peur des jeunes car les seuls contacts qu’ils ont avec eux c’est à travers BFMTV. Il y a quelques années, on parlait de « délit de sale gueule ». Pour les jeunes, c’est également bénéfique. Ils se rendent compte qu’ils aident, ils identifient les personnes transportées à leurs grands-parents. Ce sont les premiers à me demander de participer.

Vous avez lancé le mouvement dans le 93, vous avez un mot pour vos collègues qui voudraient vous imiter ?

Qu’ils n’hésitent surtout pas. Je serai ravi si je réussi à créer des vocations. Ce que l’on a fait c’est écrire le mode d’emploi. Maintenant, il ne reste plus qu’à le répliquer. J’invite toutes les auto-écoles qui souhaitent le faire de se lancer…

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