Ralentissement de l’activité en auto-école : comment l’expliquer ?

L’année 2021 et le premier trimestre 2022 ont été fastes pour les auto-écoles, avec un nombre d’inscriptions record suite aux périodes de confinement. Ce surplus d’activité ayant entrainé une pénurie d’enseignants de la conduite. Depuis la mi-octobre, c’est le phénomène inverse que l’on observe avec – à de rares exceptions près – un fort ralentissement de l’activité. Une baisse des inscriptions et du chiffres d’affaires qui inquiète parmi les gérants d’auto-école. Nous analysons les causes de ce ralentissement.

Inflation et baisse du pouvoir d’achat

La première cause (et la plus évidente) est liée à la baisse du pouvoir d’achat. Depuis le début de la guerre en Ukraine, de nombreux produits du quotidien ont flambé : énergie, carburants, matières premières, etc… Ces hausses de coûts ont été répercutées sur les prix payés par les particuliers.

En décembre 2022, les prix à la consommation ont augmenté de 5,9% sur un an, selon les chiffres provisoires publiés par l’Insee mercredi dernier. Ce chiffre ayant même atteint 6,2% sur un an en novembre et en octobre.

Inflation France 2022

Les salaires ont progressé également, mais moins vite que l’inflation. Le SMIC n’a été revalorisé « que » de 1,81 % au 1er janvier 2023. Pour les salaires plus élevés, d’après l’étude de rémunération réalisée par le cabinet Robert Walters, les salaires des cadres devraient augmenter de 4 % en 2023.

Les salaires augmentant moins vite que l’inflation et avec un décalage dans le temps (le prix des produits augmente immédiatement alors que les salaires sont révisés qu’une fois par an), le pouvoir d’achat des Français a globalement baissé en 2022.

Cette baisse du pouvoir d’achat impacte également la capacité d’épargne. Les élèves et leurs parents ont plus de difficultés à économiser en vue de financer leur formation au permis.



Certains élèves n’ayant pas besoin du permis de conduire dans l’immédiat (pour leur travail ou leurs études) ont ainsi décidé de différer leur formation.

L’effondrement du CPF

La deuxième raison tient au CPF. De plus en plus d’élèves ont recours au compte personnel de formation pour financer leur permis de conduire. Les auto-écoles ont été fortement incitées à accepter ce mode de financement en se labellisant (le label de Qualité du Ministère conférant la certification Qualiopi par équivalence).

Depuis quelques mois, les signaux envoyés aux professionnels vont plutôt dans le sens inverse.

France Connect+ et l’Identité numérique de La Poste

Au mois d’octobre dernier, l’inscription sur Mon Compte Formation a connu un profond changement. Pour se connecter à Mon Compte Formation, il est désormais obligatoire de se créer un compte sur l’Identité numérique de La Poste afin de pouvoir utiliser le système France Connect +.

France Connect Plus

Les conditions à remplir pour pouvoir accéder à l’Identité numérique de La Poste, sont les suivantes : avoir plus de 18 ans, être en possession d’une pièce d’identité française ou d’un titre de séjour valide supérieur à cinq ans, avoir un smartphone pour télécharger l’application. Le processus – s’il n’est pas compliqué en soi – prend plusieurs minutes et nécessite une maîtrise de l’outil informatique.

Certains élèves se faisaient aider dans la création de leur compte sur Mon Compte Formation. La démarche est toujours possible mais plus longue et plus contraignante.

Une chute très forte des financements

La mise en place de France Connect+ s’est traduite par une forte baisse du nombre d’inscriptions via le CPF… et ce, pour toutes les formations. Le chiffres fournis par la Caisses des Dépôts et Consignations (CDC) sont éloquents.

Le ralentissement a été tellement brutal sur novembre et décembre que, pour la première fois depuis 6 ans, le montant des formations au permis de conduire financé par la Caisse des Dépôts et Consignations est en recul (301m€ en 2022 contre 327m€ en 2021). Ces chiffres masquent un recul plus important sur le 4ème trimestre.

En novembre et décembre 2022, le nombre de dossiers validés a été de 33 981 contre 49 499 l’an dernier à la même période, soit une chute de 32% du nombre de dossiers.

Si l’on regarde les montants financés, la chute est encore plus importante. Sur les deux derniers mois de 2022, la CDC a financé pour 30,4 m€ de formations au Permis B contre 47,3m€ sur la même période en 2021, soit une baisse de 36% des montants financés.

Si la tendance se poursuit sur 2023, sur une année pleine, le montant des formations au permis B, financées par la CDC, diminuerait d’environ 100m€, pour atteindre 200m€ par an.

Une volonté politique de faire des économies ?

Dans un entretien à Décideurs Magazine, daté d’hier, Antoine Foucher, le directeur de cabinet de l’ex-ministre du Travail Muriel Pénicaud entre 2017 et 2020, affirme clairement que France Connect+ a été mis en place pour dissuader certains salariés de recourir à leur CPF. Selon lui :

« FranceConnect+ a un objectif officiel et un officieux. L’objectif officiel, c’est de sélectionner les gens vraiment motivés : si c’est un peu plus compliqué de se former, alors, fait-on mine de croire, il n’y aura plus que les personnes vraiment déterminées qui se formeront, car leur motivation leur permettra de surmonter cette barrière. Cela fait au moins une dizaine d’années, grâce aux expérimentations aléatoires menées notamment par Esther Duflo, que l’on sait que ça ne marche pas ainsi dans la vraie vie : quand il y a une barrière administrative, les gens utilisent moins leurs droits ou accèdent moins aux services. La barrière ne sélectionne pas, elle dissuade. D’où l’objectif officieux, jamais affiché mais discuté comme tel dans les réunions gouvernementales : faire baisser la demande. Et malheureusement, ça marche : depuis l’obligation de demander préalablement une identité numérique à France Connect+ le 25 octobre dernier, la demande de formation a baissé de 50%… »

Les annonces faites fin décembre sur le reste à charge, semblent également aller dans ce sens.

Quels enseignements tirer ?

Le ralentissement actuel doit faire réfléchir… pas paniquer !

  1. Certaines formations ont été décalées dans le temps, faute de moyens, mais les élèves ne se sont pas « évaporés ». La nécessité de passer le permis est toujours là ;
  2. Ce n’est pas parce que le CPF recule que les gens ne passeront plus leur permis. Le fait que les formations aux permis soient éligible au financement par le biais du CPF a représenté une chance pour les salariés. Si l’État décide de restreindre ce mode de financement, les élèves reviendront à ce qui se faisait auparavant : ils financeront leur formation ;
  3. La diversification est plus que jamais de rigueur. Il est important de ne pas tout miser sur le CPF. Les auto-écoles qui connaissent le ralentissement le plus fort sont souvent celles pour qui le CPF représente une part importante de leur chiffre d’affaires. Pour combler le manque à gagner, ces auto-écoles devront travailler afin de proposer d’autres types de financements et éventuellement d’autres types de formations (formations professionnelles, formations à destination des séniors, etc.).
  4. Chaque crise apporte également son lot d’opportunités. Le ralentissement actuel doit permettre à chacun de remettre en question son fonctionnement : analyser ses frais de fonctionnement (en coupant les dépenses inutiles et en faisant jouer la concurrence) et investir à bon escient dans des outils de communication (site internet, VroomVroom, etc…).

Les défis seront nombreux en 2023, tout comme les opportunités d’évolution. L’équipe PermisMag vous souhaite une bonne et heureuse année !

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