En 2024, 2 615 candidats ont obtenu le titre professionnel d’enseignant de la conduite et de la sécurité routière. Dans le même temps, les auto-écoles ont recruté 3 420 enseignants, mais près de 1 950 postes sont restés vacants. Former davantage apparaît indispensable pour renouveler une profession vieillissante. Cela ne suffira pourtant pas si les nouveaux titulaires n’entrent pas durablement dans le métier ou si les conditions d’exercice ne leur permettent pas d’y rester.
Le TP ECSR, principale porte d’entrée dans le métier
Depuis le 1er juillet 2016, le titre professionnel d’enseignant de la conduite et de la sécurité routière, plus couramment appelé TP ECSR, constitue la principale voie d’accès au métier. Cette certification de niveau 5 a remplacé le BEPECASER, l’ancien brevet exigé pour exercer la profession.
Le TP ECSR peut être préparé dans le cadre d’un parcours continu ou discontinu. Il est également accessible par la validation des acquis de l’expérience. Contrairement à l’ancien BEPECASER, il ne repose pas uniquement sur un examen final : la certification est organisée autour de compétences professionnelles directement liées aux missions exercées par l’enseignant.
Le titre est composé de deux certificats de compétences professionnelles, ou CCP.
Le premier, consacré à la formation des apprenants conducteurs, porte sur la préparation et l’animation des séquences pédagogiques individuelles ou collectives. Il intègre notamment les approches psychologiques et comportementales, l’animation de groupes et l’ingénierie de formation.
Le second concerne la sensibilisation de l’ensemble des usagers de la route à l’adoption de comportements sûrs et respectueux de l’environnement. Il permet à l’enseignant d’intervenir au-delà de la seule préparation à l’examen du permis de conduire, auprès de publics et dans des contextes variés.
Après l’obtention du titre, l’enseignant peut compléter sa qualification avec un certificat complémentaire de spécialisation pour enseigner la conduite des véhicules à deux roues ou des véhicules du groupe lourd.
Cette architecture traduit l’évolution du métier. L’enseignant de la conduite n’est plus uniquement chargé d’apprendre à un candidat à maîtriser un véhicule. Il doit aussi savoir construire une progression pédagogique, analyser les comportements, sensibiliser aux risques et adapter sa méthode aux difficultés rencontrées par chaque élève.
2 615 nouveaux titulaires du TP ECSR en 2024
Selon les données du ministère du Travail reprises par l’ANFA, 2 615 candidats ont obtenu le TP ECSR en 2024. Ce volume peut sembler élevé au regard des quelque 17 000 enseignants de la conduite exerçant comme salariés.
Rapporté aux besoins exprimés par les établissements, il apparaît pourtant insuffisant pour faire disparaître les tensions. En 2024, les écoles de conduite ont recruté 3 420 enseignants, hors alternance. Malgré ces embauches, près de 1 950 postes n’ont pas été pourvus.
La comparaison doit être maniée avec prudence. Les 2 615 titulaires correspondent à un flux de personnes ayant obtenu une certification au cours de l’année. Les 3 420 recrutements recensent des embauches réalisées par les établissements. Un même enseignant peut changer d’employeur et être comptabilisé dans les recrutements sans constituer un nouvel entrant dans la profession.
De la même manière, les 1 950 postes non pourvus représentent des intentions d’embauche n’ayant pas abouti. Ils ne peuvent pas être directement soustraits du nombre de personnes certifiées. Les besoins ne sont pas nécessairement localisés dans les mêmes territoires et ne correspondent pas toujours aux attentes des nouveaux enseignants.
Ces chiffres mettent néanmoins en évidence l’ampleur du défi. Même avec plus de 2 600 nouveaux titulaires en une année, le secteur ne parvient pas à satisfaire l’ensemble de ses besoins de recrutement.
Une certification ne garantit pas une entrée durable dans le métier
L’obtention du TP ECSR constitue une condition essentielle pour exercer, mais elle ne garantit pas qu’un candidat devienne immédiatement enseignant de la conduite ni qu’il le reste durablement.
Entre la certification et l’exercice effectif se trouvent plusieurs étapes : recherche d’un employeur, obtention de l’autorisation administrative d’enseigner, choix du territoire, négociation des conditions de travail et adaptation à la réalité quotidienne du métier.
Certains titulaires peuvent différer leur entrée dans la profession. D’autres peuvent rencontrer des difficultés à trouver un poste compatible avec leurs contraintes géographiques ou personnelles. Une offre située à plusieurs dizaines de kilomètres, comportant une forte amplitude horaire ou concentrant les heures en soirée et le samedi ne correspondra pas nécessairement aux attentes de tous les candidats.
La certification peut également être obtenue dans le cadre d’un projet professionnel qui évolue ensuite. Une personne formée peut finalement rejoindre un autre secteur, reprendre son ancien métier ou décider que les conditions d’exercice ne correspondent pas à ce qu’elle imaginait.
Le rapport de l’ANFA ne fournit pas de données détaillées permettant de mesurer précisément la proportion des titulaires qui exercent six mois ou un an après leur certification. Il ne permet pas non plus d’évaluer le nombre de nouveaux enseignants quittant le métier au cours de leurs premières années.
Ces informations seraient pourtant indispensables pour déterminer si la pénurie provient principalement d’un manque de personnes formées ou d’une difficulté à transformer les titulaires du TP ECSR en professionnels durablement installés.
Des recrutements qui déplacent parfois la pénurie
Les données de l’ANFA montrent que les embauches sont majoritairement réalisées auprès de personnes connaissant déjà le secteur. En 2024, 76 % des recrues avaient auparavant travaillé dans l’enseignement de la conduite.
Une partie importante des 3 420 recrutements d’enseignants correspond donc probablement à des mobilités entre auto-écoles. Un professionnel peut changer d’établissement pour obtenir un meilleur planning, réduire ses déplacements, augmenter sa rémunération ou se rapprocher de son domicile.
Pour l’école qui l’accueille, le recrutement est réussi. Mais son départ crée potentiellement un nouveau besoin chez son précédent employeur. Le poste vacant n’a pas disparu : il s’est déplacé d’un établissement à un autre.
Cette circulation des enseignants entretient une concurrence permanente entre les auto-écoles. Elle est particulièrement sensible dans les territoires où le nombre de professionnels disponibles est faible ou lorsque plusieurs établissements cherchent simultanément à développer leur activité.
Former de nouveaux enseignants reste le seul moyen d’augmenter réellement le vivier. Encore faut-il que ces nouveaux entrants viennent compléter les effectifs existants et ne compensent pas uniquement les départs vers d’autres métiers, l’indépendance ou la retraite.
Le vieillissement des salariés impose d’anticiper les départs
La formation de nouveaux professionnels devient d’autant plus urgente que les salariés du secteur sont relativement âgés. Leur moyenne d’âge atteint 42,1 ans, contre 36,7 ans dans l’ensemble de la branche des services de l’automobile.
Les salariés de 55 ans et plus représentent 17,9 % des effectifs, contre 13,1 % dans le reste de la branche. Une proportion importante d’enseignants, de responsables et de personnels administratifs devrait donc partir en fin de carrière au cours des prochaines années.
Le nombre de personnes formées doit permettre de répondre à deux besoins simultanés : remplacer les professionnels qui quittent le secteur et pourvoir les emplois créés par le développement de l’activité.
Or, les écoles de conduite sont confrontées à une demande importante. Le nombre de nouveaux candidats inscrits aux différentes catégories du permis a augmenté de 28 % entre 2020 et 2024. Cette hausse accroît les besoins en heures de formation et donc en enseignants disponibles.
Si les flux de nouveaux titulaires restent stables tandis que les départs en retraite accélèrent, les difficultés de recrutement pourraient se prolonger, voire s’aggraver dans certains départements.
L’enjeu ne consiste donc pas seulement à réagir aux postes vacants actuels. Il faut anticiper le renouvellement de la profession sur plusieurs années, en tenant compte de la pyramide des âges et des besoins spécifiques de chaque territoire.
Les centres de formation sont-ils répartis au bon endroit ?
La pénurie d’enseignants ne se manifeste pas de manière uniforme sur l’ensemble du territoire. Une région peut compter suffisamment de personnes formées, tandis que des établissements situés dans un département voisin peinent à recevoir la moindre candidature.
La localisation des centres préparant au TP ECSR joue donc un rôle déterminant. Les personnes en reconversion ne sont pas toujours disponibles pour suivre une formation loin de leur domicile, notamment lorsqu’elles ont des contraintes familiales ou financières.
Après la certification, ces candidats ne sont pas nécessairement disposés à déménager pour accepter un premier poste. Un décalage peut ainsi apparaître entre les territoires dans lesquels les enseignants sont formés et ceux où les besoins des auto-écoles sont les plus importants.
Le financement de la formation constitue un autre enjeu. Le TP ECSR est fréquemment préparé dans le cadre d’une reconversion professionnelle ou d’un dispositif destiné aux demandeurs d’emploi. L’accès à un financement, la rémunération pendant le parcours et les conditions de stage peuvent directement influer sur le nombre de candidats.
Une politique visant uniquement à augmenter le nombre total de places en formation risquerait donc de manquer sa cible. Il faut également s’assurer que ces places soient accessibles aux bons publics et proposées dans les territoires où les besoins de recrutement sont réels.
La formation prépare-t-elle suffisamment à la réalité du métier ?
Le contenu du TP ECSR accorde une place importante à la pédagogie, à l’analyse des comportements et à la sensibilisation à la sécurité routière. Ces compétences correspondent au cœur du métier, mais les conditions d’exercice évoluent rapidement.
Les enseignants accompagnent des publics de plus en plus variés. Certains élèves rencontrent des difficultés de concentration, une forte anxiété ou des problèmes relationnels. D’autres ont déjà connu plusieurs échecs à l’examen et arrivent en formation avec une confiance très dégradée.
L’enseignant doit savoir adapter son discours, maintenir un cadre pédagogique et assurer en permanence la sécurité du véhicule. La maîtrise technique de la conduite ne représente donc qu’une partie de son expertise.
Les évolutions technologiques imposent également une actualisation régulière des connaissances. Les aides électroniques à la conduite, les véhicules électriques, les boîtes automatiques, les simulateurs et les outils numériques modifient les pratiques pédagogiques.
À ces compétences s’ajoute la nécessité de comprendre le fonctionnement concret d’une école de conduite : organisation des plannings, relations avec les élèves, conséquences des annulations, contraintes liées aux places d’examen et coordination avec les autres membres de l’équipe.
La période de formation en entreprise joue ici un rôle central. Elle doit permettre au futur enseignant de découvrir la réalité du métier sans être uniquement considéré comme une ressource supplémentaire pour produire des heures de conduite.
La qualité de l’accueil, du tutorat et du suivi pendant la formation peut influencer la perception du métier et la décision de poursuivre dans la profession après l’obtention du titre.
Former plus ne résoudra pas les problèmes d’attractivité
Même une hausse importante du nombre de titulaires ne permettra pas de pourvoir durablement les postes si les conditions proposées ne répondent pas aux attentes des professionnels.
Le secteur compte 17,3 % de salariés à temps partiel, soit deux fois plus que l’ensemble des services de l’automobile. Les besoins de formation se concentrent souvent en fin de journée, le mercredi et le samedi, lorsque les élèves sont disponibles.
Cette organisation peut entraîner des journées longues, des coupures entre deux leçons et des plannings difficiles à concilier avec la vie personnelle. La question ne porte donc pas seulement sur le nombre d’heures prévu au contrat, mais sur leur répartition effective.
La rémunération constitue évidemment un élément de l’attractivité, mais elle n’est pas le seul. La prévisibilité des horaires, la qualité des véhicules, la distance entre les lieux de rendez-vous, la charge administrative et la relation avec le gérant peuvent peser fortement dans la décision de rester au sein d’un établissement.
La progression de la microentreprise montre également qu’une partie des enseignants recherche une autre organisation du travail. Certains professionnels choisissent l’indépendance pour gagner en autonomie, sélectionner leurs collaborations ou organiser plus librement leur emploi du temps.
Si le salariat ne répond pas suffisamment à ces aspirations, l’augmentation du nombre de personnes formées pourra aussi alimenter le travail indépendant sans réduire dans les mêmes proportions les postes vacants proposés par les auto-écoles.
Mieux accompagner les premières années d’exercice
L’entrée dans le métier constitue une période décisive. Le nouveau titulaire doit passer d’un cadre de formation encadré à la gestion quotidienne d’élèves aux profils très différents, parfois pendant plusieurs heures consécutives.
Il peut se retrouver rapidement confronté aux annulations, aux retards, au stress des candidats, aux attentes des familles et aux difficultés provoquées par le manque de places d’examen. Sans accompagnement, l’écart entre la formation et la réalité peut être difficile à absorber.
Les établissements ont donc un rôle à jouer au-delà du recrutement. Un tutorat interne, des temps d’échange pédagogique, une montée en charge progressive et des retours réguliers peuvent sécuriser les premiers mois d’exercice.
Il est également important de rendre visibles les possibilités d’évolution. L’enseignement du permis B ne constitue pas l’unique perspective. Un professionnel peut se spécialiser dans le deux-roues ou le groupe lourd, intervenir dans la prévention du risque routier, devenir coordinateur pédagogique, former de futurs enseignants ou évoluer vers la gestion d’une école de conduite.
Ces perspectives peuvent renforcer l’attractivité du métier et éviter que certains professionnels ne le perçoivent comme une activité sans progression possible.
Mesurer l’insertion et la fidélisation des nouveaux titulaires
Pour piloter efficacement la politique de formation, le secteur aurait besoin de suivre plus précisément le parcours des titulaires du TP ECSR.
Combien exercent comme enseignants six mois après leur certification ? Combien sont encore dans le métier deux ou cinq ans plus tard ? Quelle proportion choisit le salariat, la microentreprise ou une autre activité ? Dans quels territoires les nouveaux professionnels trouvent-ils un emploi ? Pour quelles raisons certains quittent-ils rapidement la profession ?
Ces indicateurs permettraient de distinguer plusieurs situations. Si la majorité des certifiés entre durablement dans le métier, il faudra probablement augmenter les capacités de formation. Si une part importante n’exerce jamais ou abandonne rapidement, la priorité devra porter sur l’orientation, la qualité des parcours et les conditions d’emploi.
Sans ces données, le nombre de personnes certifiées reste un indicateur incomplet. Il mesure la capacité du système à délivrer un titre, mais pas sa capacité à répondre durablement aux besoins des auto-écoles.
Former davantage, mais surtout mieux retenir
Face aux 1 950 postes non pourvus, augmenter le nombre d’enseignants formés est indispensable. Le vieillissement des effectifs et la progression de la demande rendent même cet effort urgent.
Mais la pénurie ne pourra pas être résolue par la seule ouverture de nouvelles sessions de TP ECSR. Il faut aussi mieux répartir l’offre de formation, sécuriser son financement, renforcer la qualité des stages et accompagner les nouveaux titulaires pendant leurs premières années.
Surtout, les établissements doivent être capables de transformer les personnes certifiées en professionnels qui choisissent de rester. Cela implique des conditions de travail attractives, des plannings soutenables, une reconnaissance de l’expertise pédagogique et de véritables perspectives d’évolution.
Le secteur ne manque pas uniquement de diplômés. Il manque de nouveaux entrants durablement installés et d’enseignants suffisamment satisfaits de leurs conditions d’exercice pour ne pas changer d’établissement, quitter le salariat ou abandonner la profession.
Former davantage constitue donc une partie de la solution. La véritable réussite se mesurera au nombre d’enseignants toujours en activité plusieurs années après leur certification.
Source : ANFA, Autofocus n°124, « Enseignement de la conduite », juillet 2026. Les données relatives au TP ECSR proviennent du ministère du Travail. Les données sur les recrutements et les postes non pourvus sont issues de l’enquête ANFA sur les recrutements réalisés en 2024.




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