Les taux de réussite des candidats libres enfin disponibles

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Taux de réussite candidats libres 2019
Trois jours après la publication de notre article, la Délégation a la sécurité routière publiait sur son site le « Bilan des examens du permis de conduire » pour l’année 2019. Pour la première fois depuis 2009, ce bilan comporte des informations détaillées sur les taux de réussite des candidats libres à l’examen du permis de conduire.

Le bilan des examens du permis de conduire est téléchargeable ici. Les données qu’il contient apportent la confirmation d’un certain nombre d’informations déjà connues.

Les taux de réussite des candidats libres sont (très) inférieurs à ceux des écoles de conduite de proximité

En 2019, 1 422 232 examens de la catégorie B se sont déroulés avec un taux de réussite moyen – à l’échelle nationale – de 58,3%. Le nombre d’examen recule légèrement par rapport à 2018 (-50 000 examens) quant au taux de réussite, il reste stable.

Les taux de réussite des candidats libres sont mauvais, cela fait longtemps qu’on le dit. Les chiffres publiés ce week-end viennent le confirmer un peu plus. En 2019, 38 549 examens ont eu lieu en candidat libre, pour un taux de réussite de 44%, soit 14,3 points de moins que les candidats présentés par des auto-écoles de proximité.

Pour la première fois, nous avons accès à des données plus précises, département par département. Ci-dessous, un tableau avec les données des départements ayant compté le plus de présentations en candidat libre.

Département Nb. Total candidats Taux de réussite Nb. Candidats libres Taux de réussite Candidats libre % candidats libres / nb. de candidats Écart de taux de réussite (en pts de différence)
06 ALPES-MARITIMES 22 015 54,80% 383 36,60% 1,70% -0,182
13 BOUCHES-DU-RHONE 42 095 55,30% 1 738 36,40% 4,10% -0,189
31 HAUTE-GARONNE 28 415 59,60% 1577 52,30% 5,50% -0,073
33 GIRONDE 35 467 54,40% 1364 46,90% 3,80% -0,075
44 LOIRE-ATLANTIQUE 28 543 62,20% 1199 48,30% 4,20% -0,139
59 NORD 62 257 56,40% 1437 48,90% 2,30% -0,075
69 RHONE 43 855 49,80% 2263 35,10% 5,20% -0,147
75 PARIS 30 852 56,20% 2401 50,80% 7,80% -0,054
77 SEINE-ET-MARNE 33 004 62,10% 2029 51,00% 6,10% -0,111
78 YVELINES 33 982 50,10% 2444 33,10% 7,20% -0,17
91 ESSONNE 33 078 54,10% 1243 40,10% 3,80% -0,14
92 HAUTS-DE-SEINE 27 372 55,80% 1159 39,50% 4,20% -0,163
93 SEINE-SAINT-DENIS 44 263 60,00% 2465 52,70% 5,60% -0,073
94 VAL-DE-MARNE 28 926 51,40% 1419 39,90% 4,90% -0,115
95 VAL-D’OISE 35 162 57,70% 1359 43,40% 3,90% -0,143

Un candidat libre qui voudrait passer son permis à Paris, Lyon, Marseille, Lille ou Bordeaux aura un taux de réussite inférieur compris entre -5 et -19 points (et non %).

Les taux de réussite revendiqués par les « auto-écoles en ligne » ne correspondent pas à la réalité

Deuxième confirmation, les taux de réussite et les nombres de candidats annoncés par les plateformes (depuis effacées de leurs sites) sont faux… et pas qu’un peu ! Pour mémoire, Ornikar annonçait pendant des mois un taux de réussite de 70% à l’examen pratique. Il est désormais compliqué de continuer à tenir un tel discours face à la réalité des chiffres.

 

Le CNPA a publié hier un montage vidéo reprenant certaines interventions médiatiques de Benjamin Gaignault (Ornikar) datant de fin 2018. Les chiffres montrent que ses affirmations étaient fausses en 2018 (date de l’interview), qu’elles étaient fausses en 2019… et elles le seront probablement pour 2020!

Les présentations en candidat libre restent très minoritaires et localisées…

Troisième enseignement, le phénomène des candidats libres est un phénomène qui se concentre principalement dans les grandes métropoles et dans les centres urbains. Comme le montre le tableau (plus haut). Les 2/3 des candidats libres sont concentrés sur une quinzaine de départements.


Fin 2019, la moitié des départements (46) comptaient moins de 100 présentations en candidat libre sur l’année et semblaient épargnés par ce phénomène. Certains départements comme la Corse, le Gers, la Haute-Loire, la Lozère, la Meuse, la Haute-Saône, le Territoire de Belfort, la Guyane ou Saint-Pierre-et-Miquelon n’ont connu aucune présentation en candidat libre.

… mais elles progressent néanmoins fortement sur ces dernières années

Pour autant, ces chiffres – aussi rassurants qu’ils soient – ne doivent pas masquer la réalité d’un phénomène qui prend de l’ampleur année après année. Si plus de 97% des candidats passaient encore par des auto-écoles à la fin 2019, force est de constater que le nombre de candidats libres a été multiplié par 12 en 4 ans… et qu’il a dû continuer à augmenter en 2020.

2015 2016 2017 2018 2019
3081 4023 10 013 23 311 38 549
0,15% 0,20% 0,50% 1,40% 2,70%

Au rythme actuel, le nombre de candidats libres double quasiment tous les ans. Il représentaient, fin 2019, plus de 7% des candidats à Paris et dans les Yvelines (78), et plus de 5% dans le Rhône (69), en Seine-et-Marne (77) et en Seine-Saint-Denis (93). Si le rythme se maintient, ils pourraient représenter plus de 10-15% des candidats dans ces départements sur l’année 2020.

Que retenir de tout ça?

D’une part, le fait que les présentations en candidat libre progressent fortement mais restent limitées. Si elles devraient continuer à croitre encore un temps, le système des plateformes connaît les mêmes difficultés que les auto-écoles : la pénurie d’enseignants. Dans le contexte sanitaire actuel, il n’est pas sûr que le statut de « moniteur indépendant » fasse toujours rêver…

D’autre part, les formations dispensées par les auto-écoles de proximité restent de bien meilleure qualité. L’écart de taux de réussite serait encore plus important si certaines auto-écoles ne présentaient pas leurs élèves en candidat libre. Le véritable écart de taux de réussite entre une formation de qualité, en auto-école, et une formation low cost, sur une plateforme de mise en relation, se situe probablement aux alentours de 20-25 points. Si l’on ajout à cela le fait que les délais sont plus longs en candidats libre et que le prix final « permis en main » n’est « que » 15% moins élevé en passant par une plateforme, le rapport qualité-prix entre ces deux choix de formation penche sérieusement en faveur des auto-écoles de proximité.

Enfin, ces écarts doivent faire réfléchir de manière plus générale. Les candidats libres, attirés par les formules low cost, sont souvent ceux qui ont le moins de moyens financiers. Ils subissent donc une « double peine ». Il est peut-être venu le temps de déplacer le débat sur le « coût du permis de conduire » pour réfléchir au financement des formations. Les acteurs de la profession sont prêts. Nous aurons l’occasion d’en reparler…

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