Candilib: la DSR à l’heure de la start-up nation

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Parmi les 23 mesures avancées par le rapport Dumas pour « augmenter l’accessibilité du permis de conduire », deux d’entre elles font l’objet d’une forte opposition. La première concerne l’inscription de la portée nationale de l’agrément dans le code de la route (proposition n°10). La seconde suggère de « désintermédier l’attribution des places de l’examen pratique en mettant en place un calendrier en ligne pour l’intégralité du territoire national, à l’instar de l’expérimentation en cours pour les candidats libres » (proposition n°19).

Le rapport dévoile l’existence d’un plateforme baptisée Candilib (dont l’identité visuelle et le nom rappellent Doctolib, une start-up spécialisée dans la prise de rendez-vous auprès des professionnels de santé).

Capture d’écran du site beta.gouv.fr

Candilib, une start-up d’État

Le projet est lancé par la DSR à l’été 2018, et une version beta est testée en Seine-Saint-Denis depuis le mois de juillet dernier. Il est confié à Philippe Bron (responsable Lab Innovation), Dominique Lequepeys (consultant chez Octo Technology, filiale d’Accenture) et Frédéric Gillodes (responsable de l’ETG à la DSR). La plateforme Candilib est listée comme « start-up d’État. »

Selon la description qu’en fait la DSR dans le rapport parlementaire, le fonctionnement est simple : « chaque candidat reçoit un mail avec son identifiant lui indiquant qu’il peut s’inscrire sur l’agenda. Il dispose d’un accès à l’intégralité des plages disponibles des examinateurs du permis de conduire dédiées aux candidats libres. Le candidat s’inscrit dans l’agenda et réserve ainsi son créneau. Il est libre de se présenter ou non. »

Des résultat toujours inférieurs à la moyenne

Le rapport Dumas détaille les résultats de l’expérimentation menée à Paris et en Seine-Saint-Denis de juillet à octobre 2018 (voir tableau ci-dessous).

Il ressort de ces chiffres que (1) sur 234 créneaux réservés seuls 211 candidats ont été examinés, soit 10% des candidats ne se sont pas présentés ou n’ont pu être examinés (véhicule non conforme, défaut de documents, autre…) et (2) que sur ces 234 candidats, seuls 105 ont été reçus, soit un taux de réussite inférieur à 45% (pour mémoire, les taux de réussite sur les départements 75 et 93 étaient respectivement de 49% et 57% en 2017).

Par ailleurs, les chiffres avancés par le rapport sont faussés dans la mesure où certaines auto-écoles, en manque de place d’examen, ont incité leurs élèves à se présenter sur Candilib. Sans ces élèves, il est à parier que le nombre de candidats reçus lors de l’expérimentation aurait été bien inférieur…

Des économies comme justification principale

Si, selon le rapport Dumas, « le premier bilan de l’expérimentation Candilib est positif », le principal argument en sa faveur semble être d’ordre financier. En effet, « la mise en place, au niveau national, à terme, d’une solution de désintermédiation complète aura pour effet de libérer une partie des 300 postes de répartiteurs (ETP). La mission estime que 150 équivalents temps plein (ETP) pourraient être redéployés sur des missions plus prioritaires au service de la sécurité routière. »

Candilib permettra-t-il au Ministère de l’Intérieur de faire des économies? Rien n’est moins sûr. Le taux de réussite des candidats libres étant inférieur de 15 points à la moyenne des candidats présentés en auto-école (chiffres du Bilan du permis de conduire 2017), si le modèle du candidat libre venait à se généraliser, le nombre d’examens devrait fortement augmenter… ainsi que le nombre d’IPCSR nécessaires pour les faire passer! À moins, bien sûr, que l’examen soit privatisé (ce qui est pour l’instant exclut du rapport Dumas) ou de fixer le prix de la représentation à un tarif supérieur à 61€ (prix de revient d’un examen pour le Ministère).

Une décision déjà actée?

Le rapport précise que « si la voie d’une désintermédiation pour l’ensemble des candidats (candidats libres ou présentés par une école de conduite) n’était in fine pas retenue ; pour la mission, il convient à tout le moins de généraliser l’applicatif « candilib » pour l’ensemble des candidats libres qui se présentent à l’épreuve pratique sur le territoire. ». La référence est limpide. Le rapport semble oublier la définition d’un « candidat libre », ce qui exclut de fait les candidats formés sur les auto-écoles en ligne, disposant d’un agrément.

Dès lors, il semble évident que la décision a été prise (avant même la rédaction du rapport) et que l’application sera généralisée – sous une forme ou sous une autre – et seul son périmètre reste à définir. Plusieurs éléments tendent à aller dans ce sens:

  • Candilib est listée parmi les « start-up en accélération » sur beta.gouv.fr ;
  • Les noms de domaine candilib.fr et candilib.com ont été réservés (en vue d’une prochaine mise en ligne?) ;
  • Selon nos informations, une réunion a eue lieu le 4 février (avant même la remise du rapport parlementaire) à la DSR au sujet de Candilib. Cette réunion avait pour objet les améliorations à apporter à la plateforme en vue d’une extension de l’expérimentation à d’autres départements. Le directeur technique d’Ornikar, Alexandre Barreira, était présent à cette réunion.

Un fiasco programmé

La généralisation de Candilib, si elle semble inévitable, risque de poser des défis considérables. En effet, l’ensemble des candidats en cours de formation vont vouloir s’inscrire à l’examen dès la mise en place du système (certains avant même d’avoir effectué 20 heures de conduite), et le système risque de se retrouver très vite saturé.

Des phénomènes similaires à ceux constatés avec la privatisation de l’ETG vont voir le jour : certains candidats réserveront une place d’examen « pour voir ». Ils se présenteront sans leur dossier, sans accompagnateur, dans des véhicules non conformes, etc… Pour éviter que les délais de présentation (et de représentation) ne deviennent interminables, les IPCSR n’auront d’autre choix que de baisser leur niveau d’exigence et donner le permis à des élèves mal formés et potentiellement dangereux.

Sans souhaiter de mal à personne, nous pourrions nous retrouver dans quelques mois dans un pays où les malades réserveront sur Doctolib et les futurs accidentés de la route réserveront leur place d’examen… sur Candilib. Triste époque.

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2 COMMENTS

  1. Bonjour
    Trois textes de chanson
    Et ça continue encore et encore ce n’est que le début d accord….
    Ici tout est joué d avance…..
    Et la dernière Savez vous comptez les choux a la mode parsienne

    C est triste affligeant. …
    Ou sont les syndicats
    Aujourd hui 142 places libres en code et 23 inscrits et 8 sessions de 45mn
    Tout ça pour dire que du temps longtemps c était 4 sessions de 90 mn et 160 candidats assis devant le rétroprojecteur
    Non ils sont tombés sur la tête et ça coûte cher ces erreurs
    Jean Lamonerie, CCR

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