Accueil Blog Page 28

[Auto-écoles] Véhicules électriques et au bioéthanol : avantages et inconvénients

2
Green Street Grégory Meraud

Cette semaine, PermisMag est allé à la rencontre de Grégory Meraud, exploitant l’auto-école Green Street à Meudon (Hauts-de-Seine) depuis 2017. Auto-école verte, Green Street entend allier « enseignement de la conduite » et « respect de l’environnement ». Sa flotte est composée exclusivement de véhicules électriques ou roulant au bioéthanol. Dans le contexte d’augmentation rapide des prix des carburants, certains réfléchissent sérieusement à passer une partie de leur flotte auto-école en bioéthanol ou en électrique. Nous avons interrogé Grégory Meraud sur les avantages et inconvénients de ce types de véhicules.

Le bioéthanol en auto-école : avantages et inconvénients

Protection de l’environnement et économies

Grégory nous prévient d’entrée de jeu, « à la base, je n’ai pas fait cela pour des raisons financières mais par conviction écologique, après avoir vu l’impact de la pollution et des particules fines émises par les diésels ». Si, selon lui, il existe un réel intérêt à rouler au bioéthanol en auto-école, cela ne peut et ne doit pas se réduire à une question financière.

Rouler au bioéthanol revient effectivement moins cher en particulier pour des véhicules qui roulent beaucoup, comme c’est le cas en auto-école. Le litre de superéthanol E85 qui était aux alentours de 55-60 cents avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, est désormais à 95 cents / litre. Cela reste toujours deux fois moins cher que le litre de diésel ou de sans plomb.

D’après ses calculs, son budget carburant est d’environ 250€ par mois et par véhicule (contre 200€ avant la crise). « Je fais un plein tous les 4 jours, soit 6 pleins par mois. Le plein qui me revenait à 34€ est passé à 41€… mais cela reste très rentable ! »

Points de vigilance

Si le bilan est globalement positif, Grégory attire notre attention sur plusieurs points de vigilance.

Le fait d’équiper un véhicule avec un boîtier de conversion au bioéthanol fait tomber la garantie constructeur, cela peut s’avérer coûteux en cas de problème (et venir rogner les économies effectuées par ailleurs). Par ailleurs, le fait d’équiper son véhicule avec un boîtier a un coût (entre 800 et 1200€) qu’il faut prendre en compte dans les calculs.

L’idéal est d’acheter un véhicule équipé d’usine… Problème : seuls trois constructeurs le proposent : Ford, Jaguar et Land Rover ! Volkswagen qui commercialisait une Golf VII Multifuel E85 a arrêté la production.

Au sujet des boîtiers de conversion. Il existe deux marques de référence : BioMotors et FlexFuel. Il faut faire attention aux arnaques que l’on trouve sur internet avec des boîtiers low-cost. Il convient également de choisir avec attention le garage qui posera le boîtier et de s’assurer des garanties qu’il propose en cas de problème ultérieur. Tous les véhicules ne peuvent pas être équipés de boîtiers et il est important de se renseigner en amont. Le risque étant alors que le constructeur et le garage se renvoient la responsabilité.

Il faut également prévoir un budget « entretien » légèrement supérieur. Le bioéthanol est plus corrosif que le sans plomb et que le diésel et il a tendance à abîmer le moteur.

Il est également primordial de s’assurer que les stations-services des alentours proposent effectivement du superéthanol E85… ce n’est pas encore le cas partout. En sachant qu’en cas d’urgence, il est toujours possible de mettre du Sans Plomb 95 ou 98 en remplacement.

Enfin, il faut avoir conscience que le bioéthanol n’est pas idéal en bas régime… alors que beaucoup de leçons en auto-école ont lieu en ville à allure réduite (et non pas sur autoroute). La consommation d’un véhicule roulant au bioéthanol est supérieure à celle d’un véhicule roulant au diésel ou au sans plomb (9,5 litres au 100 au lieu de 7 litres, soit une consommation 15-20% supérieure).

L'Auto-école Green Street à Meudon (92)

Green Street

Rouler avec un véhicule électrique en auto-école

L’auto-école Green Street dispose de deux véhicules électriques : un Autolib (que les Parisiens connaissent bien) et une Fiat 500 électrique.

Là encore les avantages sont écologiques et économiques. On a souvent dit que les véhicules électriques étaient plus polluants à la fabrication (notamment du fait de leurs batteries au lithium) mais moins à l’usage. Dans le cas d’une auto-école qui fait plusieurs milliers de kilomètres par mois, le bénéfice est évident.

Côté coûts, là encore l’électrique est intéressant mais il faut faire attention aux imprévus qui peuvent faire grimper l’addition. Branché sur secteur une prise secteur toute la nuit, une recharge permet de faire 220 à 260 km et de tenir la journée. Grégory Meraud estime le coût de la recharge à 6€ par jour… soit l’équivalent de 24€ pour 4 jours (si l’on doit comparer avec le coût d’un plein).

Attention cependant, en cas de problème ou d’urgence : il est possible d’avoir recours à un superchargeur, mais les tarifs sont bien plus élevés (4h pour 15€ à 18€). Par ailleurs, le réseau de superchargeurs n’est pas encore déployé sur l’ensemble du territoire.

Fiat 500 électrique

Fiat 500 électrique

Une utilisation limitée à la boîte automatique

Le principal inconvénient des véhicules hybrides et électriques est qu’ils ne sont disponibles qu’en boîte automatique. La demande pour ce genre de véhicules progresse, mais la majorité des élèves souhaitent encore passer en boîte manuelle. Une auto-école qui voudrait passer en « tout électrique » ne pourrait pas satisfaire l’ensemble des élèves.

Des vertus pédagogiques ?

Nous avons demandé à Grégory Meraud si ses élèves achetaient davantage des véhicules électriques ou roulant au bioéthanol après avoir fait leur formation au sein de Green Street. La réponse n’est pas évidente et les jeunes conducteurs n’ont pas toujours les moyens d’opter dès le départ pour ces véhicules qui restent plus chers à l’achat. Ceci étant dit, le travail de sensibilisation n’est jamais vain et les mentalités mettent du temps à évoluer. C’est probablement aussi le rôle des auto-écoles que de former les jeunes sur des véhicules moins polluants et de les sensibiliser sur le sujet afin qu’ils achètent – plus tard – ce genre de véhicules.


La Fondation VINCI Autoroutes lance une campagne contre le téléphone au volant

0
Fondation VINCI Autoroutes - Campagne La notif'

La Fondation VINCI Autoroutes a lancé hier, mercredi 16 mars, une campagne contre le téléphone au volant. Cette campagne de sensibilisation, intitulée « Je te laisse en Vu, tu me laisses en vie ! »

En France, près d’une personne sur cinq tuée dans les accidents de la route a entre 18 et 24 ans. Cette tranche d’âge ne représente pourtant que 8 % de la population. Au niveau national comme mondial, les accidents de la route constituent la première cause de mortalité chez les jeunes adultes.

Pour contribuer à trouver des pistes d’actions face à ce constat dramatique, la Fondation VINCI Autoroutes a soutenu la réalisation d’une étude sociologique inédite, dans le cadre de son programme de recherche sur la prévention des risques chez les jeunes conducteurs. Pilotée par David Le Breton, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg, cette vaste enquête qualitative examine le rapport des jeunes à la conduite et à l’automobile. Quel regard portent-ils sur leur apprentissage de la conduite et l’influence de leurs pairs ? Quels usages ont-ils de leur voiture ? Comment conçoivent-ils leur rapport à la règle, et aux autres, sur la route ? Quelle conscience ont-ils des risques auxquels ils sont exposés et comment y font-ils face ?

En s’appuyant sur plus de 150 entretiens approfondis menés avec des jeunes de 18 à 25 ans, d’origines géographiques diverses, l’équipe de chercheurs dresse le portrait d’une génération hyperconnectée, soucieuse de son autonomie et de la maîtrise de son temps, ouverte à de nouvelles formes de mobilité tout en restant très dépendante de la voiture, et contrainte à chercher sans cesse des compromis entre les injonctions de sa vie sociale et une conduite sûre, quitte à prendre des risques.

Les conclusions de cette étude, exposées dans l’ouvrage collectif dirigé par David Le Breton, Les jeunes au volant (aux éditions érès), ont été présentées ce matin chez Leonard:Paris lors d’une conférence-débat organisée par la Fondation VINCI Autoroutes. En présence de Marie Gautier-Melleray, déléguée interministérielle à la sécurité routière, des experts de la sécurité routière, des conduites à risques et de l’adolescence (sociologues, pédopsychiatres, psychologues, spécialistes du sommeil…) ont croisé leurs réflexions pour identifier de nouveaux leviers susceptibles de réduire l’exposition des jeunes au risque routier.

A cette occasion, la Fondation VINCI Autoroutes a également présenté sa nouvelle campagne digitale de sensibilisation destinée aux jeunes conducteurs, intitulée La notif’. Mettant en scène avec humour, sous les traits du Youtubeur Théodort et du comédien Sohan Pague (vu dans la série Skam), l’irrésistible pression exercée par les « compagnons numériques » sur les jeunes au volant, cette vidéo de 52 secondes sera diffusée sur les réseaux sociaux à partir de ce mercredi, sous le mot d’ordre « Je te laisse en Vu, tu me laisses en vie ! ».

Voir la vidéo :


Guerre en Ukraine : les auto-écoles touchées par la hausse des prix de l’essence

0
hausse des prix des carburants
La guerre en Ukraine déclenchée il y a bientôt trois semaines par la Russie a un impact direct sur les cours du pétrole et cela se répercute immédiatement sur les prix des carburants, qui sont au plus haut. Les écoles de conduite sont fortement touchées par cette flambée des prix à la pompe et cherchent des solutions pour y faire face.

Une hausse spectaculaire par son ampleur et sa rapidité

Tous les automobilistes, particuliers comme professionnels, l’ont remarqué : depuis le début de l’année le prix de l’essence a explosé. Après s’être effondrés aux alentours de 1,15/1,20€ le litre au printemps 2020, pendant le premier confinement, on avait constaté un retour à la normal courant 2021 et un début d’envolée en fin d’année, sous fonds d’exercices militaires russes à la frontière ukrainienne.

Source Le Parisien

Le déclenchement de la guerre le 24 février 2022 (et les annonces de sanctions qui ont suivi) ont agi comme un détonateur sur les cours du pétrole et par répercussion sur le prix de l’essence. Comme le souligne Le Figaro dans un article du 14 mars « le prix du litre de gazole a bondi de 40 centimes en deux semaines ».

Sur un an, les prix à la pompe pour le Sans Plomb ont augmenté de 50-55 cents / litre et de plus de 70 cents / litre pour le Diesel, soit une hausse du poste « carburant » de 30 à 50 %.

Prix moyens constatés en France métropolitaine au 12 mars 2022

Hausse prix essence

Les auto-écoles impactées

Les professionnels de l’enseignement de la conduite – au même titre que les transporteurs – sont directement impactées par le prix des carburants. Un véhicule école qui roule 8 heures par jour va parcourir entre 150 et 300 kilomètres quotidiennement (sans compter les trajets domicile – travail lorsque le véhicule est laissé à l’enseignant) et avoir besoin de faire le plein en moyenne deux fois par semaine.

Un surcoût de 50 centimes par litre de carburant va avoir une répercussion immédiate sur les charges de l’auto-école. Prenons un exemple d’une auto-école qui a 4 véhicules et qui fait 2 pleins de 50l par semaine et par véhicule : son poste carburant a augmenté de 200€ / semaine, soit environ 860€ par mois !

Les organisations professionnelles et le gouvernement sont mobilisés

Face à ces augmentations et à l’inquiétude des professionnels du secteurs, les différentes organisations professionnelles ont interpelé le gouvernement. Le 10 mars, MOBILIANS (ex-CNPA) a publié un communiqué demandant notamment :

  • La mise en place d’un dispositif fiscal spécifique pendant la crise, avec une baisse de la TVA appliquée aux prix à la pompe […] ;
  • La mise en place d’un chèque formation, pour faciliter l’accès à la mobilité pour les jeunes et le passage du permis de conduire ;
  • La mise en place de dispositifs alternatifs et incitatifs au boîtier bioéthanol […].

Le même jour, l’UNIC (et la FNA) ont également lancé un appel au gouvernement et demandé un soutien pour les entreprises du secteur de l’automobile. Ils réclament que le gouvernement modifie le calcul des taxes sur les carburants, qu’il débloque des aides spécifiques (chèque énergie) pour les entreprises impactées, à hauteur de 100 millions d’euros sur 3 ans. L’UNIC demande également que les dispositions du contrat-type (figeant le prix de la leçon de conduite et de la présentation à l’examen pratique pendant la durée du contrat) soient temporairement suspendues.

De son côté, l’UNIDEC reprend également cette demande dans son communiqué et en formule 2 autres :

  • d’une part, de pouvoir bénéficier du plan de soutien qui a été annoncé pour les secteurs fortement impactés […] permettant un retour au prix du carburant à 1,40 €/l, et ;
  • d’autre part, d’aider les ménages en apportant une aide spécifique et ponctuelle au travers d’un « chèque permis » de 30€ pour toutes les formations en cours et à venir.

Les calculs varient légèrement selon les acteurs et selon les paramètres prix en compte mais il existe un consensus pour dire que la hausse du carburant représente un surcoût d’environ 2€ / heure de conduite, soit entre 60€ et 80€ pour une formation complète.

Le gouvernement semble avoir entendu les inquiétudes, puisque le Premier Ministre, Jean Castex, annonçait le 12 mars une « remise carburant » de 15 centimes par litre effective à compter du 1er avril 2022. Ce coup de pousse a le mérite d’exister mais il ne vient absolument pas compenser l’augmentation constatée au cours du mois écoulé (de 25 à 40 cents) et ne prend pas en compte la hausse qui devrait se poursuivre dans les semaines à venir et que certains spécialistes parlent déjà d’un prix à 3€ par litre.

Quelles solutions à court et moyen terme ?

Au-delà du constat immédiat, chaque chef d’entreprise se doit de réfléchir aux solutions lui permettant de conserver ses marges. Plusieurs leviers peuvent être activés à court et à moyen terme. Les plus optimistes diront même qu’elle permettra d’accélérer une transition déjà amorcée.

Augmenter ses tarifs

Face à l’augmentation des charges liées au carburant, le premier réflexe est d’augmenter ses tarifs. Il s’agit là d’une possibilité à envisager fortement, surtout que la crise est partie pour durer.

Il conviendra cependant de faire attention à plusieurs points :

  • La hausse des tarifs ne s’appliquera qu’aux élèves nouvellement inscrits. Les tarifs applicables aux élèves en cours de formation étant fixés par le contrat type;
  • Pour être comprise et acceptée, la hausse doit se limiter aux prestations qui sont impactées par la hausse des prix de l’essence. Il est logique dans le contexte d’augmenter le prix des leçons et de la présentation à l’examen… pas du forfait code en salle ou des frais administratifs ;
  • La hausse devra être cohérente et limitée. Elle doit répercuter l’augmentation du prix de l’essence. Chacun doit faire l’effort de calculer combien représente le poste « carburant » dans le prix de revient d’une leçon de conduite afin de répercuter la hausse. Ainsi, si la consommation moyenne est de 2 litres / leçon de conduite, il est logique d’augmenter le prix de la leçon de 1€ / leçon. Cela dépend évidemment de plusieurs paramètres : véhicule, motorisation, emplacement de l’auto-école (en ville ou à la campagne), etc…

Il convient également de garder en tête le contexte général inflationniste. Une trop forte augmentation des prix du permis pourrait inciter certains à retarder leur formation de quelques mois, alors que certaines auto-écoles constatent déjà un ralentissement des inscriptions.

Avoir recours au simulateur de conduite

Une autre solution pour limiter l’impact de la hausse du prix des carburant est d’avoir davantage recours au simulateur de conduite tout au long des formations. Celui-ci peut être utilisé pour l’évaluation de départ, ainsi que pour la formation selon les modalités prévues par l’arrêté du 16 juillet 2019. Pour une formation au permis B en boîte manuelle, un élève peut ainsi effectuer un total de 10 leçons de conduite sur simulateur :

  • 5 heures de conduite en autonomie ;
  • 5 heures supplémentaires avec la présence obligatoire d’un enseignant.

Cette solution est mise en avant par Enpc-Ediser, le premier fournisseur de simulateur de conduite aux auto-écoles en France.

Le bio-éthanol et l’électrique

Enfin, une autre solution pour les écoles de conduite consiste à se tourner vers des véhicules consommant moins (ou pas) d’énergies fossiles. Il peut s’agir de véhicules électriques, de véhicules à motorisation hybride ou de véhicules roulant au bio-éthanol.

Concernant les véhicules électriques, Lorenzo Lefebvre (Mobilians ESR) annonçait en début d’année la mise en place imminente d’un dispositif de prêt garantis par la BPI pour financer le « verdissement de la flotte ». Un seul bémol : ces véhicules ne sont disponibles qu’en boîte automatique ce qui ne permet pas de répondre à l’ensemble de la demande de formation.

D’autres auto-écoles ont fait le choix de rouler au bioéthanol / Superéthanol E85 (un biocarburant produit à partir de végétaux tels que la betterave sucrière, les céréales et de la canne à sucre). Nous leur consacreront une article très prochainement. Ce carburant est nettement moins cher : aux alentours des 65 cents / litre avant la guerre en Ukraine, 90 cents / litre ces derniers jours…

Prix du bioéthanol comparé aux autres carburants (source Le Figaro)

Prix de l'essence 2018-2022 Le Figaro

Ces deux solutions sont intéressantes, elles sont moins « rapides » à mettre en place mais permettent une réflexion sur le modèle que l’on souhaite mettre en place sur le moyen / long terme et la prise en compte de la question environnementale.


Mon Compte Formation : les plateformes avantagées ?

2
Mon Compte Formation _ les plateformes avantagées
En autorisant – délibérément ou par manque de contrôle – les auto-écoles plateformes à référencer des points de rendez-vous en tant que « centre de formation » sur Mon Compte Formation, la Caisse des Dépôts et Consignations permet à ces acteurs de multiplier les offres de formation CPF et de s’offrir une visibilité à moindre frais… dans des secteurs géographiques où ils ne sont pas physiquement présents.

Le CPF désormais incontournable pour de nombreuses auto-écoles

Le CPF prend une part de plus en plus importante dans le chiffre d’affaires des écoles de conduite depuis bientôt 5 ans et le permis de conduire est la première formation financée en France. C’est particulièrement vrai dans les grandes agglomérations où les gens passent leur permis plus tardivement, mais c’est également le cas dans les plus petites villes. Certaines structures font désormais 30 à 50 % de leur chiffre d’affaires grâce au CPF. Dès lors, le référencement de leurs offres de formation sur Mon Compte Formation est un enjeu central pour ces écoles de conduite. Leurs offres doivent être référencées… mais elle doivent également être visibles !

Pour être visibles, les offres de formations doivent être positionnées en tête de liste (la CDC explique le fonctionnement de son moteur de recherche et le calcul de l’ordre d’affichage) et/ou être présentes en grand nombre… afin que les offres concurrentes soient noyées dans la masse.

Les plateformes publient des milliers d’offres

C’est la seconde stratégie qu’ont adoptée certaines auto-écoles plateformes en publiant des milliers d’offres de formation, partout en France… y compris dans des secteurs où elles ne sont pas présentes. Ainsi, de nombreuses auto-écoles ont eu la surprise de voir ces offres de formation apparaître sur des communes où les plateformes ne disposent par de local, ni d’agrément. C’est le cas notamment de CAVAL (La Bonne Allure), LEPERMISLIBRE (Le Permis Libre) et MERCURE FORMATION (Stych) qui, à eux trois ont posté près de 18 000 offres de formation… là où une auto-école de proximité va généralement poster entre 5 et 15 offres de formation.

Les auto-écoles plateformes ont déposé 18 000 offres sur Mon Compte Formation

Offres Mon Compte Formation

Pour Xavier Quentin, président de Mobilians-ESR pour le département de l’Essonne (91) : « il s’agit d’une stratégie délibérée [des plateformes] pour invisibiliser les auto-écoles de proximité et l’État ne fait rien pour que cela cesse ». Et il ajoute « elles adoptent une stratégie similaire sur Google ».

En effet, en multipliant les offres de formation sur un secteur donné, les auto-écoles plateformes vont mathématiquement réduire la visibilité des offres déposées par les auto-écoles de proximité. Prenons un exemple fictif d’une ville moyenne dans laquelle 2 auto-écoles sont implantées. Chacune met en ligne 5 offres de formation. Deux plateformes disposent chacune d’un point de rendez-vous dans cette ville, ainsi que dans les 4 communes voisines. Chacun de ses points de rendez-vous est référencé comme « centre de formation » et 5 offres de formation sont attachées à chacun de ces centres (voir schéma ci-dessous).

En acceptant le référencement des points de RDV, la CDC autorise une sur-représentation des plateformes

Dans cet exemple, un futur candidat qui cherche des offres sur ce secteur verra 50 offres de formation déposées par des plateformes (83 % des offres) et seulement 10 offres déposées par des auto-écoles traditionnelles (17 % des offres). Alors même que l’offre de formation sur le secteur est constitué de 2 auto-écoles traditionnelles (50 % des organismes présents) et 2 plateformes (50 % des organismes présents).

La sur-représentation des plateforme incitera – statistiquement – une proportion plus importante d’élèves à s’orienter vers elles.

Les règles de Mon Compte Formation détournées ?

Le référencement des points de rendez-vous en tant que centres de formation pose plusieurs questions.

  1. celle de l’égalité de traitement entre les acteurs

Le référencement d’une offre de formation est gratuite sur Mon Compte Formation, dès lors que l’organisme dispose de la certification Qualiopi. En ajoutant des milliers d’offres partout en France, ces auto-écoles plateformes sont comparativement beaucoup plus visibles que les auto-écoles de proximité qu’elles viennent concurrencer, et sur des zones de chalandise beaucoup plus étendues. Sans pour autant avoir à supporter les charges d’un local (à l’exception de Stych, qui dispose de 30 locaux et d’autant d’agréments).

  1. la supervision de Mon Compte Formation par la Caisse des Dépôts

La Caisse des Dépôts et Consignations a édicté des règles d’éligibilité sur le référencement des offres sur Mon Compte Formation. Ces informations sont publiques. Elles prévoient deux types d’offres : les formations en centre et les formations en ligne.

Jusqu’à présent les offres de formation « en centre de formation » devaient indiquer une adresse postale et un numéro d’agrément. Ces règles sont précisées dans un document mis en ligne en avril 2021 (paragraphe 1.1). Il y a quelques semaines, l’interface de Mon Compte Formation a été modifiée et il n’était plus obligatoire d’indiquer d’adresse ni de faire figurer d’agrément. La CDC a, depuis lors, rétabli l’obligation d’indiquer une adresse postale. Cependant, des dizaines d’offres que nous avons pu consulter ne comportent toujours aucun numéro d’agrément (y compris des offres déposées par des auto-écoles traditionnelles).

Par ailleurs, dans le Guide d’utilisation et de saisie EDOF daté du 4 juin 2021, il est précisé au paragraphe 2.4.5. Duplication d’offres sur la plateforme :

 Dupliquer sur EDOF une offre ou une action de formation sans la modifier ou en ne modifiant que certains éléments non différenciants est proscrite. Plusieurs pratiques suspectes ont été identifiées et classées par ordre de gravité :
[…]
3. Vous dupliquez des offres et modifiez très légèrement certaines informations (intitulé, prix, lieux), alors que les actions sont quasiment identiques, la neutralité du moteur de recherche est impactée. Par exemple, vous proposez la même action de formation (même intitulé, même prix, même modalité pédagogique) dans deux lieux situés à quelques kilomètres de distance l’un de l’autre. 

Des offres liées à des points de rendez-vous distants de quelques kilomètres sont donc contraires aux règles d’éligibilité de Mon Compte Formation.

La Caisse des Dépôts et Consignations ne semble effectuer aucune vérification sur les lieux indiqués. Ainsi, sont référencés en tant que centres de formation des places de parkings, des adresses sans numéro de voie et… des restaurants vietnamiens.

Point de RDV Arpajon CAVAL
Point de RDV Stych Rueil Malmaison

La Caisse des Dépôts et Consignations ne met pas en place les vérifications élémentaires pour les formations dites « en centre » et ne retire pas des annonces qui ne respectent manifestement pas les critères d’éligibilité. Elle laisse en ligne des annonces de formation « en centre » alors qu’il n’y a aucun « centre de formation » à l’adresse indiquée.

Selon nos informations, les représentants de la Caisses des Dépôts auraient validé oralement le fait de référencer des points de rendez-vous en tant que « centre de formation ». Sollicités par email, ils n’ont pas donné suite à nos demandes d’entretien.

La question est donc de savoir si l’autorité responsable de Mon Compte Formation est incapable de faire respecter les règles de sa propre plateforme (par manque de moyens ou manque de volonté ?), où si elle a octroyé des dérogations à certains acteurs, en contradiction avec les règles qui s’appliquent aux autres.

Quelle que soit la réponse, la position de la Caisse des Dépôts et Consignations n’est pas défendable et doit être revue.

La question du référencement des plateformes

Le référencement des points de rendez-vous en tant que « centre de formation » pose la question, plus large, du référencement des nouveaux acteurs. Il s’agit d’un débat en cours depuis plusieurs mois qui n’est pas tranché. La question a déjà été posée à l’automne dernier lors d’une réunion de travail dans les locaux de la Délégation à la sécurité routière (DSR) au sujet de la mise en place de la future « plateforme du permis de conduire ».

Comme l’indique Sandra Carasco, représentante UNIC (départements 33 et 40) « les auto-écoles en ligne voulaient être localisées là où elles fixent des rendez-vous et où elles font passer l’examen. C’est-à-dire partout en France » ou à défaut figurer sur une carte dédiée (position défendue par Benjamin Gaignault pour le compte d’Ornikar).

Les représentants des organisations professionnelles ont proposé que les plateformes soient référencées au niveau des centres d’examen du permis de conduire. Une proposition rejetée par les plateformes car une telle mesure les rendrait beaucoup moins visibles (les centres d’examen sont souvent situés en périphérie des centres urbains).

Le Ministère de l’Intérieur qui a pris 3 ans de retard sur la mise en place de la plateforme n’a pour l’instant pas tranché.

La Caisse des Dépôts doit clarifier sa position

Face à la multiplication d’offres de formation contraires à ses règles d’éligibilité et au préjudice que cela cause aux écoles de conduite, la Caisse des Dépôts et Consignations doit prendre les mesures qui s’imposent :

  • soit en faisant respecter les règles existantes avec un contrôle beaucoup plus strict des offres de formation mise en ligne et un déréférencement des acteurs en cas d’infractions répétées ;
  • soit en faisant évoluer ses règles d’éligibilité et en écrivant noir sur blanc que les points de rendez-vous peuvent être considérés comme des centres de formation.

Si c’est le cas, les auto-écoles de proximité sauront s’adapter et pourront créer des points de rendez-vous et des formations dans les communes environnantes. Cette solution n’est pas idéale car il en résultera une multiplication très importante du nombre d’offres de formation et une lisibilité moins bonne pour les candidats mais tous les acteurs seront remis sur un pied d’égalité.

Relire sur le même sujet : Mon Compte Formation: le nouveau Far West du permis de conduire (5 déc. 2019)


Arrêté du 24 février 2022 modifiant l’arrêté du 24 juin 2020 relatif au gilet de haute visibilité, à l’équipement rétro-réfléchissant et au dispositif d’éclairage complémentaire porté par le conducteur d’un engin de déplacement personnel motorisé

0
Veille juridique Auto-école

Définition des caractéristiques techniques et des conditions d’utilisation des gilets de haute visibilité, des équipements rétro-réfléchissants et des dispositifs d’éclairage complémentaire portés par les conducteurs de cyclomobiles légers. Le présent arrêté est pris… Lire en ligne


Mounki rejoint Enpc-Ediser

0
Mounki rejoint Enpc-Ediser
En début de semaine dernière, Enpc-Ediser, le premier éditeur de solutions pédagogiques pour les écoles de conduites, et Mounki, la start-up lyonnaise, annonçaient leur alliance.
Ce rapprochement poursuit un double objectif : permettre à Mounki de continuer le développement d’une solution simple, moderne et efficace, tout en s’appuyant sur la force et le réseau d’un acteur historique et reconnu. Pour Enpc-Ediser, il s’agit de proposer une offre complémentaire à celle proposée aux 6 500 auto-écoles que l’entreprise accompagne au quotidien, tout en profitant de l’agilité des méthodes de la start-up.

Mounki et le livret numérique nouvelle génération

Fondée en 2016 par Cédric Quadjovie et rejoint par Romain Barrier en 2018, Mounki a construit une solution numérique simple et performante pour le suivi pédagogique des élèves. Leur promesse : « simplifier l’expérience du permis de conduire » en remplaçant les fiches de suivi papier par un livret numérique nouvelle génération, consultable à tout moment sur smartphone et tablette.

La solution Mounki a été adoptée – en quelques années – par plusieurs centaines d’auto-écoles, simplifiant ainsi le quotidien de plus de 1 000 enseignants et le suivi de plus 120 000 élèves.

Un rapprochement qui a du sens, dans un contexte de réformes

Le rapprochement entre Enpc-Ediser et Mounki intervient au début d’une année 2022 qui s’annonce riche en changements et qui verra apparaître de nouveaux défis pour les écoles de conduite, avec des évolutions majeures des services d’État notamment (généralisation de Rendez-vous permis à l’ensemble du territoire, mise en place du livret numérique, etc.).

Pour Antoine Beaudonnet, directeur commercial d’Enpc-Ediser : « cette acquisition s’inscrit dans la volonté que nous avons de pouvoir proposer la meilleure offre digitale aux auto-écoles, et cela dans les meilleurs délais ». Il ajoute « Mounki est une offre complémentaire, qui s’inscrit dans une orientation UX [centrée sur l’expérience utilisateur, NDLR], s’adaptant aux besoins des auto-écoles mais aussi aux habitudes d’utilisations des client finaux : les élèves. »

S’inscrivant dans la continuité des évolutions mises en œuvre par Enpc-Ediser et dans la  volonté affichée de proposer une offre universelle, capable de satisfaire tous les profils de clients, les solutions Mounki et Enpc-Ediser continuent leur développement avec leurs fonctionnalités spécifiques afin de répondre à chaque besoin.


[Analyse] Où sont passés les élèves ?

3
Salle de code vide
Depuis le début de l’année, de nombreuses auto-écoles constatent une relative faiblesse du nombre d’inscriptions. Si le mois de décembre et la première semaine de janvier sont habituellement des périodes creuses en auto-écoles, les inscriptions repartent généralement à la hausse avec la reprise des cours. Ce ralentissement, qui survient après des mois d’activité intense, interroge autant qu’il inquiète. Nous avons tenté de comprendre le phénomène.

Les prémices d’un ralentissement dès l’automne 2021

Depuis qu’elles existent, les auto-écoles ont toujours connu des phénomènes de saisonnalité des inscriptions, corrélées notamment avec le climat et les échéances scolaires (vacances, rentrées,…). Le Covid-19 et la crise sanitaire que la France traverse depuis 2 ans sont venus percuter cette saisonnalité.

La baisse du nombre d’inscription en début d’année est inhabituelle et elle est confirmée par des dizaines d’exploitants d’écoles de conduite, partout en France. Au-delà de ces « ressentis » forcément subjectifs et difficilement interprétables, PermisMag a cherché des données objectives pour confirmer ce phénomène.

Si aucun indicateur ne permet de mesurer en temps réel l’activité des auto-écoles, il existe des outils qui permettent d’en avoir une bonne approximation : les tendances attachées à la recherche de certains mots-clés sur Google. Ainsi, si l’on regarde les volumes de recherche sur le mot-clé « auto-école », on constate une baisse importante des requêtes à partir de la mi-septembre 2021.

Cette baisse se poursuit jusqu’à fin décembre. On constate un léger rebond en janvier, mais les chiffres restent 15 à 20 points inférieurs à ceux constatés en janvier 2020 (avant la pandémie) et en janvier 2021.

Si l’on regarde les requêtes effectuées sur le mot-clé « code de la route », le constat est le même. Le volume de requêtes n’a jamais été aussi bas ces 5 dernières années (hormis pendant le premier confinement).

Ce ralentissement est confirmé par les opérateurs de centres d’examen du code de la route qui notent une baisse du nombre d’examens « de l’ordre de 20% ». Après l’afflux massif d’élèves suite aux phases de déconfinements, on semble assister à un « reflux », à un creux dans la « vague » (pour reprendre un terme à la mode).

Des raisons multiples au ralentissement

Nous avons cherché des explications à ce rétrécissement temporaire du marché de l’enseignement de la conduite. Nous avons rassemblé plusieurs hypothèses pour expliquer ce ralentissement. Nous vous les exposons ici :

  1. le contexte sanitaire : c’est l’explication qui arrive en tête. Les variants Delta puis Omicron particulièrement infectieux ont affectés un grand nombre de Français (jusqu’à 400 000 cas / jours). Ils ont pu inciter certains à revoir leurs priorités personnelles et professionnelles… et donc le passage du permis de conduire.
  2. la démographie. Si l’on regarde le nombre de naissances au début des années 2000, on constate qu’après un pic à 807 000 naissances en 2000, les chiffres ont baissé les années suivantes (en particulier entre 2002 et 2004) avant de repartir à la hausse. Ce sont les élèves qui sont nés à ce moment-là qui ont aujourd’hui l’âge de passer le permis.
  3. un « bouche à oreille négatif » autour du permis de conduire et du manque de places d’examen, abondamment relayé dans la presse régionale (dans le Calvados, dans l’Hérault et dans le Loir-et-Cher). Dans le même temps, le 27 septembre, Ornikar annonçait dans les médias saisir le Conseil d’État au sujet des délais de présentation des candidats libres (8 à 14 mois). Cette petite « musique de fond », relayée au sein des cercles d’amis, a pu inciter les plus indécis à reporter leur formation à la conduite à plus tard.
  4. Le contre-coup d’une bonne année 2021. Les auto-écoles ont connu (pour la plupart) une bonne année 2021. Les niveaux de recours au CPF ont été particulièrement hauts sur la période janvier à juin 2021. Le ralentissement de l’automne pourrait n’être qu’un rééquilibrage, avant un retour à la normale.
  5. Les lenteurs de l’ANTS. Le portail ANTS a fait peau neuve à l’automne 2021, mais les délais de traitement ne se sont pas pour autant raccourcis. Confrontés à des délais plus longs pour obtenir leur numéro NEPH, les élèves qui se sont inscrits en candidat libre ne peuvent pas passer leur examen du code de la route et doivent patienter avant de pouvoir aller s’inscrire en auto-école.

Nombre de naissances en France (source : Insee)

Nombre de naissances

Ces explications ne sont que des hypothèses et aucune ne suffit, seule, à expliquer le phénomène.

Ce phénomène est perçu différemment selon les auto-écoles, leur emplacement géographique et les actions de communication qu’elles mettent en place. Il doit être relativisé. En effet, il est probable qu’il s’agisse d’une phase transitoire en attendant un retour à la normal d’ici quelques semaines.

Bonne fin de semaine !


Benoît Storelli (Stych) « le secteur va se concentrer en 2022 »

5
Stych Benoit Storelli Stanislas Llurens
PermisMag poursuit sa série d’entretiens en allant cette semaine à la rencontre du directeur général de Stych (anciennement Auto-ecole.net). L’entreprise, qui connaît une croissance importante, revendique sa différence. Nous l’avons interrogé sur sa vision du secteur de l’enseignement de la conduite pour l’année à venir.

[PermisMag] Bonjour, est-ce que vous pouvez nous présenter Stych en quelques mots ?

[Benoît Storelli] Stych a été fondée en 2014 par Stanislas Llurens et Olivier Boutboul. Le premier est un spécialiste de l’e-learning (apprentissage en ligne, NDLR) et des outils digitaux. Le second est BAFM, un spécialiste de l’enseignement de la conduite, un vrai « sachant métier » qui dirigeait par ailleurs un centre de formation de moniteurs.

Ce qu’ils ont souhaité, c’est construire une vraie auto-école digitale, qui s’appuie sur des outils numériques performants mais surtout sur des enseignants essentiellement salariés.

Leur idée dès le début n’est pas de faire une plateforme de mise en relation et d’uberiser le marché, mais de créer une école résolument moderne. Le « modèle Stych » est en ce sens proche de celui des auto-écoles traditionnelles ou l’enseignement est clé.

Vous savez que les plateformes sont très déconsidérées par les professionnels de l’enseignement de la conduite. Votre modèle vous rend a priori plus « fréquentable » ?

Nous poursuivons les mêmes objectifs et nous avons les mêmes ambitions que les auto-écoles traditionnelles. Nous sommes autant attachés à la pédagogie que les auto-écoles traditionnelles et, comme elles, nous avons des enseignants salariés. Ce qui nous différencie ce sont les outils digitaux que nous utilisons, notre méthode d’apprentissage et la faculté que nous donnons aux élèves de piloter toute leur formation en ligne.

On parle parfois d’« auto-école en ligne ». Comme vous l’avez souligné, ce terme regroupe aussi bien les plateformes de mise en relation et d’autres modèles comme le vôtre. Vous refusez d’être assimilés à ces plateformes ?

Soit on ne nous connaît pas, soit on nous a soigneusement rangé dans la même case que les plateformes de mise en relation car, quelque part, cela arrange tout le monde. Dès le départ, le modèle Stych est différent. Nous sommes une auto-école qui s’est dotée de ce qui se fait de mieux en termes d’outils numériques. Comme j’ai coutume de dire, nous avons « pensé hier, ce que va être l’auto-école de demain » !

Aujourd’hui Stych, c’est un réseau de 32 agences avec 32 agréments, je pense que c’est quelque chose que beaucoup ignorent.

Quand on prend un pas de recul et que l’on regarde les évolutions du secteur ces dernières années, on constate que – réforme après réforme – le digital rentre de force dans l’auto-école. Que ce soit le rapport Dumas, le label de qualité et Qualiopi (qui oblige les auto-écoles à se digitaliser et à publier tout un tas d’indicateurs), RDVPermis, le livret d’apprentissage numérique… les acteurs s’adaptent mais pour certains, cela peut être violent.

Chez Stych, ces réformes sont vécues sereinement, le numérique fait partie de l’ADN de l’entreprise. L’objectif premier – à la création d’Auto-ecole.net – était de digitaliser l’auto-école tout en gardant le socle de l’enseignant salarié. Nous sommes préparés à faire face à ces évolutions… Ce n’est pas le cas de la majorité des auto-écoles qui sont en train ou qui vont devoir faire cet effort dans les mois et les années à venir.

Le numérique et au cœur des préoccupations des acteurs de l’écosystème. Sur le terrain, la transformation à marche forcée n’est pas toujours accueillie favorablement…

Pour certains, cette transition vers le numérique est une vraie souffrance. Je le vois régulièrement en discutant avec différents acteurs. Les gérants qui ont rejoint Stych en nous vendant leur agence se sont déchargés de tout ça ! Ils sont redevenus des pédagogues à temps plein, ils gèrent leurs enseignants et leurs élèves. Ils sont détachés de tous ces problèmes, de cette gestion administrative et de cette transformation digitale qui est prise en charge chez Stych au niveau du siège.

Pour moi, ce modèle c’est le futur ! Il y a beaucoup trop de règles, beaucoup trop de contraintes aujourd’hui sur l’auto-école pour que chacun indépendamment, dans son coin, puisse faire les choses correctement. Il y a un vrai intérêt à se consolider, à se rapprocher.

Vous disiez à l’instant que vous aviez racheté plusieurs agences… Votre modèle s’appuie sur un ancrage local, là aussi vous vous démarquez des plateformes. Vous comptez continuer à vous développer en ayant recours à de la croissance externe ?

Nous sommes dans une logique de croissance extrêmement forte, entre 30 et 50% de croissance par an… peut-être plus ! Cette croissance, elle passe par deux leviers.

Premièrement, par le fait de s’étendre géographiquement pour être capable de servir à la conduite 100% des élèves qui nous font confiance pour le code de la route. Nous avons vocation à être présents sur toute la France. Nous avons pour objectif de nous installer dans 30 nouvelles villes en 2022, soit en embauchant des salariés pour ouvrir, soit en reprenant des agences existantes. Nous visons actuellement toutes les villes de plus de 20 000 habitants.

Deuxièmement, cela passe par le recrutement d’enseignants. Comme nous sommes en croissance partout là où l’on est implantés, et nous avons en permanence besoin de renforcer nos équipes.

Est-ce que vous êtes en train de lancer un appel aux gérants qui envisagent de céder leur auto-école ? Quelles sont les agences que vous êtes susceptible de racheter ?

Tout à fait, nous sommes prêts à accueillir de nouvelles agences au sein de notre réseau afin d’étendre notre maillage géographique. Comme je vous le disais, nous souhaitons être présents dans toutes les villes de plus de 20 000 habitants dans un premier temps.

Il y a aujourd’hui deux typologies de gérants qui nous rejoignent : ceux qui veulent se consacrer à leur métier-passion – l’enseignement de la conduite – et ceux qui sont proches de la retraite et qui veulent assurer la pérennité de leur agence.

Dernier car de figure, les auto-écoles qui sont en difficulté financière. Stych donne la possibilité au gérant de continuer à exercer son métier sereinement. Les élèves qui sont inscrits et qui ont payé leur formation sont repris, on agit en quelque sorte comme une « garantie financière ». On a fait ça deux fois l’année dernière, à Rouen et à Poitiers.

Et comment se passe l’intégration des auto-écoles au sein de Stych ? N’y a-t-il pas de « choc des cultures » ?

L’intégration se passe en général très bien ! Nous les accompagnons pendant le temps nécessaire à la transition, nous prenons le temps de former l’ancien gérant et son équipe à nos outils et à nos méthodes.

Ceux qui n’ont pas encore l’âge de la retraite sont quasiment tous restés chez nous. Ils ont rejoint l’entreprise, ils sont restés à la tête de leur agence et ils y sont pour certains depuis plusieurs années. Il y en a même parfois qui ont déménagé et ont recréé une agence avec nous sous les couleurs Stych, dans leur nouvelle ville. Ils sont super épanouis, ils ont perdu en stress et en contraintes et ont gagné en confort de vie en rejoignant un réseau « plus gros ».

Laissez moi vous donner deux exemples. On vient de proposer à une des plus anciennes auto-écoles d’Avignon de nous rejoindre. À la tête de cette agence, il y a un couple qui est arrivés à un stade où ils sont proches de la retraite. L’auto-école n’était pas du tout digitalisée… on était encore au « tout papier ». Ils ont 4 enseignants, dont ce n’est pas une petite auto-école, c’est une auto-école de taille moyenne. Ils ne se voyaient à aucun moment commencer à se digitaliser, passer sur les tablettes. Ce n’est pas dans leur logique, ni dans leur savoir-faire. Quand on a parlé avec eux, d’abord on a eu un contact humain fantastique. Ils nous ont fait confiance tout de suite. Ils ont vu que le projet était bien né, qu’il y avait un vrai respect fondamental du métier et ils se sont dit « la solution c’est eux… On va partir à la retraite, on ne veut pas fermer cette auto-école, on ne veut pas laisser tomber nos enseignants et nos élèves. » Pour eux, le choix de rejoindre Stych s’est imposé naturellement.

Deuxième exemple, à Clermont-Ferrand, avec une grosse auto-école qui appartenait à un réseau national. Le couple à la tête de cette auto-école est venu nous voir car ils étaient fatigués d’un métier qui est en train de se complexifier : le digital, le CPF, la pénurie d’enseignants, etc… Ils voulaient se  se débarrasser de cet aspect-là pour se consacrer au cœur de leur métier. Le cœur de leur métier d’une auto-école c’est de former et aujourd’hui il y a toute cette surcouche de contraintes qui fait perdre à certains le sens du métier.

Le nombre de fois où l’on entend les gens dire « je passe des heures sur RDVPermis à récupérer des places, à essayer de recruter un enseignant et je ne trouve personne, à monter des dossiers administratifs pour avoir Qualiopi ». Lorsqu’on est seul à affronter tous ces changements, il y a de quoi être démoralisé !

C’est un discours que l’on entend beaucoup en effet ! On a l’impression que Stych peut coexister avec des auto-écoles traditionnelles ou « de proximité ». On ne retrouve pas chez vous cette volonté hégémonique…

Bien sûr, que nous pouvons coexister. Dans la vision que l’on a, le secteur de l’enseignement de la conduite va se concentrer dans les années à venir. Il est contraint par la règlementation, par l’arrivée du digital, etc. Ces contraintes font qu’il est de plus en plus difficile d’exercer ce métier pour les petites structures. Il y a également la démographie, on a beaucoup d’acteurs qui arrivent à l’âge de la retraite, la concentration va s’opérer c’est inévitable.

Selon moi, plusieurs modèles vont cohabiter :

  • le modèle de l’auto-école traditionnelle, indépendante, avec des gens passionnés qui font ce métier à la perfection bien que je pense que la majorité d’entre eux rejoindront l’un des gros réseaux associatifs ;
  • le modèle de plateformes de mise en relation. Qu’on le veuille ou non, elles répondent à la demande de certains élèves et vont continuer à exercer si la règlementation ne devient pas trop contraignante pour elle ; et,
  • des modèles comme le nôtre, à la croisée des deux mondes, extrêmement pointu en matière de digital avec un ancrage territorial et complétement tourné vers la pédagogie.

Stych a vocation à se développer, mais on n’a pas vocation à détruire le maillage existant et les différents acteurs en place. On sait bien qu’on va devoir coexister. D’ailleurs, il y a toujours eu de la concurrence localement entre les auto-écoles.

Ce que l’on propose aujourd’hui à ceux qui le souhaitent c’est de travailler avec nous pour faire face, ensemble, aux transformations en cours.

Dernière question, les principaux reproches qui sont fait aux nouveaux acteurs sont d’une part de ne pas respecter la règlementation qui s’impose aux auto-école traditionnelles (agrément, enseignants salariés) et, d’autre part, de communiquer des tarifs et des taux de réussite mensongers auprès du grand public. Qu’est ce que vous en pensez ?

Stych est ultra respectueux du cadre réglementaire, celui qui est imposé par la loi, et contrôlé par la DGCCRF et les autorités de tutelles. On est également très respectueux du cadre pédagogique. Notre co-fondateur, Olivier Boutboul, qui maîtrise à la perfection le  REMC a fait en sorte que le digital puisse être au service de la pédagogie. On est structurés et transparents dans notre façon de faire. On affiche nos vrais taux de réussite, on est transparents sur nos tarifs, sur la durée de la formation..

Stych est un acteur qui est, de ce point de vue-là, assez vertueux et on veut revaloriser le métier d’enseignant de la conduite. C’est pour ça qu’on travaille énormément en interne sur l’expérience de nos élèves et la réciproque qui est l’expérience de nos salariés.

En ce qui concerne les enseignants, leur rémunération est intéressante et nous leur donnons de la liberté pour qu’ils puissent s’exprimer professionnellement et d’un point de vue perso (avec une grande mobilité géographique). On essaye de transformer les pratiques du secteur en étant parfaitement à contre-pied des critiques qui sont adressées à ce secteur. Par ce qu’on sait qu’une petite minorité des acteurs jette le discrédit sur toute une profession.


LOI n° 2022-52 du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure

0
Veille juridique Auto-école

LOI n° 2022-52 du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure. Modifications au code de la route. Lire en ligne


« L’auto-école responsable » : le CNPA réfléchit au futur des écoles de conduite

4
Auto-école responsable Lorenzo Lefebvre
Réunis la semaine dernière à Suresnes, les membres du comité directeur du CNPA ESR – qui doit annoncer un changement de nom dans les jours à venir – ont réfléchi aux évolutions à venir du secteur de l’enseignement de la conduite. Son vice-président Lorenzo LEFEBVRE nous a accordé un entretien  dans lequel il détaille les pistes de travail et les grandes orientations sur lesquelles l’organisation professionnelle majoritaire va travailler en 2022. Notamment, sur le concept d’« auto-école responsable » et sa traduction concrète pour les écoles de conduite et leurs élèves.

[PermisMag] Bonjour Lorenzo, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce concept d’« auto-école responsable » sur lequel vous avez travaillé ?

[Lorenzo Lefebvre] L’« auto-école responsable » est avant tout une auto-école qui se doit d’être inclusive et de s’adresser à tous. Nous avons la volonté de mieux accompagner deux catégories d’apprenants : les seniors et les personnes ayant des besoins spécifiques, qu’ils aient des handicaps visibles ou invisibles (dyslexie, dyspraxie, personnes atteintes de surdité…). Ces personnes n’ont pas encore assez accès aux formations… ni aux examens.

Il y a quelques mois, au Congrès de Lille, le CNPA appelait les écoles de conduite à « faire leur révolution ». Selon vous, la révolution est-elle achevée ? Le plus dur a-t-il été fait ?

Les auto-écoles de proximité sont la référence pour le grand public. Contrairement à ce que certains ont essayé de faire croire, elles sont et restent incontournables !

Ce statut leur donne des responsabilités. Les écoles de conduite doivent réfléchir aux moyens d’améliorer encore les formations qu’elles dispensent et à comment accueillir le plus grand nombre de personnes, quelles que soient leurs difficultés (âge, handicap ou manque de moyens financiers).

Le maintien de la mobilité pour les séniors est une grande cause nationale. L’école de conduite de proximité est là pour ça ! On ne parle pas de simples leçons de perfectionnement ou de remise à niveau… Les professionnels de l’enseignement de la conduite doivent pouvoir aider les séniors pour qu’ils puissent continuer à conduire en sécurité. L’auto-école sait faire du sur-mesure, ses enseignants connaissent les environs, ils peuvent faire un diagnostic et prodiguer des conseils personnalisés.

Ce sujet est central et, en 2022, le CNPA va faire une campagne de communication nationale sur la formation des séniors en relation avec des assureurs. De nombreuses écoles de conduite de proximité accompagnent déjà ce public âgé, mais le grand public ne le sait pas assez…

Loin d’être anecdotique, ce marché est plus grand que celui des jeunes conducteurs. Les écoles de conduites ne doivent pas se limiter à la formation initiale… elles doivent aller plus loin et former le conducteur tout au long de sa vie.

Lorsqu’on parle de « responsable » dans les médias, on pense souvent à la responsabilité sociale et environnementale. L’auto-école responsable est-elle une « auto-école verte » ?

Oui, bien sûr ! Les pistes pour réduire notre impact environnemental sont nombreuses.

Le CNPA réfléchit depuis plusieurs mois au verdissement des flottes auto-écoles. Nous avons travaillé avec Bpifrance sur la mise en place de prêts pour l’achat de véhicule électriques. Nous sommes dans l’attente des annonces officielle mais le dispositif est acté et leur mise en place est imminente. Ces prêts pourront aller jusqu’à 75 000€ par structure. Ils devraient permettre l’achat de deux voitures électrique. Les premiers remboursements commenceront 2 ans après. Ce dispositif a été négocié et obtenu par le CNPA pour l’ensemble des écoles de conduite.

Il s’agit d’un prêt qu’il faudra rembourser mais il existe d’autres pistes pour améliorer les financements (des aides régionales et départementales notamment). Le risque financier est limité.

Un dispositif similaire sera mis en place par Bpifrance pour le financement des simulateurs de conduite. Dans le cas des simulateurs, le prêt sera limité à 50 000€, avec des remboursements qui ne commenceront qu’au bout d’un an.

Voitures électriques, simulateurs… les écoles de conduite sont également passées au numérique.

Tout à fait, si l’on fait un retour en arrière sur 5-6 ans, on se rend compte que le chemin qui a été parcouru est énorme. Le mot « révolution » n’est pas exagéré. De nouveaux logiciels de gestions arrivent, de plus en plus d’auto-écoles ont un site internet, les simulateurs sont de plus en plus performants, les fiches de suivi sont numériques, des cours en visio ont été mis en place en quelques semaines pendant le confinement… La profession a décidé de se transformer. Quelle profession en a fait autant ? Il n’y en a pas beaucoup…

Est-ce que ce sont les plateformes qui ont déclenché cette envie ? Peut-être, mais force est de constater que les écoles de conduite ont su s’adapter et ont modifié leur façon de travailler. Elles ont adapté leur pédagogie au numérique et ce n’est pas fini. Il va encore y avoir des bouleversements, on le sait, mais je suis confiant. Les auto-écoles sauront s’adapter !

On ne peut pas ne pas évoquer la question du « coût du permis de conduire ». Au CNPA, vous avez beaucoup réfléchi à la question du financement.

Le financement est un sujet clé pour l’accès à la mobilité. Aujourd’hui on se rend compte que le permis de conduire coûte aujourd’hui plus cher à ceux qui ont le moins moyens et ce, notamment parce qu’ils sont obligés de faire des formations fractionnées. Ce n’est pas normal ! La mobilité est un droit universel – un besoin primaire – et chacun doit avoir le droit de conduire quelle que soit sa situation.

Un jeune sans argent doit avoir des solutions. Il faut flécher les personnes qui en ont besoin vers les aides. Les budgets sont là mais ils sont mal utilisés. Nous devons avoir une discussion avec les pouvoirs publics.

Pour le CNPA, il existe deux solutions qui permettraient de régler le problème de l’accès au permis de conduire :

  • La mise en place de commissions départementales chargées de l’octroi des aides. Dans chaque mairie, mission locale, etc., nous voulons que soit mis à disposition un document unique pour faire une demande de financement. Les demandes passeraient ensuite devant cette commission qui statuera et accordera des aides aux personnes les plus en difficulté.
  • Pour ceux qui ont des revenus moyens, nous souhaitons la portabilité du CPF. Il s’agit d’une idée que l’on porte depuis longtemps. Il y a un blocage au niveau du Ministère du Travail que l’on essaye de lever. Si la portabilité au sens propre n’est pas possible, on pourrait imaginer d’autres dispositifs, comme une « avance sur CPF »… ainsi, les sommes financées seraient déduites des sommes que le jeune accumulera à son entrée sur le marché du travail. Là encore l’argent est là, il pourrait être utilisé… On parle ici de solidarité intergénérationnelle. La question que l’on doit se poser est : « est-ce qu’on a envie d’être solidaires avec les jeunes ? »

C’est une vraie réflexion à avoir. Par ailleurs, il faut que ces formations financées débouchent sur l’obtention du permis de conduire. Il doit y avoir une contrepartie, l’« auto-école responsable » doivent accompagner leurs élèves jusqu’au bout, jusqu’à l’obtention du permis.

2022 est une année d’élection présidentielle, est-ce que vous avez un message à faire passer aux candidats ?

Oui, nous demandons aux candidats de parler du permis de conduire. Comme je le disais toute à l’heure, la mobilité est un besoin primaire pour 80% de la population française. On parle souvent d’envoyer des jeunes médecins dans des déserts médicaux, pour qu’ils puissent exercer en milieu rural, encore faut-il qu’ils aient le permis. Il s’agit évidemment d’un exemple parmi d’autre.

Nous souhaitons et ferons en sorte que la profession conserve ce maillage territorial, que l’on continue à avoir une auto-école toutes les 2,8 communes. Ce chiffre on en est très fier et il y a peu de commerce qui peuvent en dire autant !