François Lopez, gérant de l’auto-école Le Local à Nice, a porté plainte en fin d’année contre Ornikar, ainsi que plusieurs moniteurs indépendants. Nous sommes allés à sa rencontre cette semaine.
Bonjour Monsieur Lopez. Vous avez porté plainte contre la start-up Ornikar ainsi que contre plusieurs moniteurs indépendants exerçant à Nice, pouvez-vous nous en dire plus ?
Mon auto-école s’est portée partie civile dans une procédure pénale déposée le 21 décembre 2018 au commissariat de l’Arianne, à Nice. L’objet de ma plainte contre la société Marianne Formation (Ndlr: nom de la structure juridique d’Ornikar) et deux moniteurs indépendants est: (1) publicité, par personne morale, tendant à favoriser volontairement le travail dissimulé, et (2) exécution d’un travail dissimulé par personne morale
Pourquoi cette plainte?
Nous les auto-écoles traditionnelles, de proximité, nous subissons en permanence des attaques de toute part… Cette start-up investit énormément d’argent dans de la publicité, vous avez sans doute entendu leur slogan «10 fois moins chers qu’en auto-école ».
Ce qui me révulse c’est qu’ils mettent dans la tête des jeunes l’idée, déjà latente (et largement relayée dans tous les médias), que nous sommes des escrocs… à coup de milliers d’euros de pubs télé, Snapchat, Facebook…
Ils vendent un accès 40 séries pour 29,90€ dans mon auto-école l’accès code en ligne c’est 151 séries pour 25€ donc ils comparent deux formules non comparables… ils n’ont aucun échange humain.
Vous dites avoir porté plainte contre Ornikar et contre leurs moniteurs indépendants… pourriez-vous nous expliquer les raisons de votre mécontentement ?
Mon mécontentement vient du fait que cette auto-école en ligne se développe au mépris des lois. Je m’explique :
En discutant avec mon avocat de la situation dans laquelle nous petite auto-école nous trouvons, il m’explique qu’ils sont eux même dans la même situation d’uberisation à outrance et me donne une définition pragmatique de l’uberisation. D’après mon avocat, il y a trois phases :
- Phase 1 : une start-up se positionne sur un marché existant ;
- Phase 2 : elle décrédibilise les acteurs existants (le code pour seulement 29,90€, « dix fois moins chers qu’en auto-école »), paye correctement ses indépendants et s’aligne sur le prix le plus bas du marché, c’est dans la phase 2 que la start-up cumule des pertes ;
- Phase 3 : elle a l’obligation de baisser ses tarifs à la vente et par la même occasion baisse les tarifs des indépendants à qui elle fournit du travail pour pouvoir survivre face à une concurrence féroce. Exemple le cofondateur d’Ornikar ouvrant une coopérative d’indépendants et demain concurrencera à coup sûr le modèle Ornikar.
Pour en revenir à l’objet de ma plainte, la mise en relation de moniteurs indépendants (payés pour ce service) et de candidats libres est illégal aujourd’hui…
Les textes qui encadrent l’apprentissage de la conduite sont là pour protéger l’élève / candidat. Si l’on se passe de cette protection comme le fait aujourd’hui Ornikar, c’est la porte ouverte a toutes les dérives.
Il doit y avoir cette relation protégeant l’élève.
Un
enseignant supervisé par son employeur c’est indispensable
Le gérant, directeur pédagogique ce dernier pouvant lui-même être sanctionné car il détient un agrément de sa préfecture, cet agrément donne à l’auto-école des droits et des devoirs…
La
société Ornikar outrepasse ce cadre protecteur.
Vous défendez donc le système actuel, l’auto-école à l’ancienne? Vous n’êtes pas sans ignorer les reproches qui lui sont fait?
Vous êtes un peu dur! Comme dans toute profession il y a des bons et des moi moins bons… mais pensez-vous que les gens de notre génération gardent un mauvais souvenir de leur auto-école ?
Aujourd’hui, les gens pensent que tout devrait être gratuit! Si l’on regarde combien coûte une voiture, l’assurance, le carburant, l’entretien, les réparations, la place de parking… les auto-écoles gagnent très peu d’argent.
Je pense qu’il faut regarder où cette politique du prix cassé nous conduit! La formation de nos gamins doit être uberisée ? Et leur sécurité sacrifiée?
Les objectifs en termes de diminution du nombre de morts sur nos routes on en fait quoi ? Combien coûte une vie humaine, 749€ ?
D’autres pays ont essayé ce système libéral et les chiffres de l’insécurité routière ont explosés… Ils sont revenus en arrière sur notre modèle actuel « d’auto-école à papa ».
Parmi les arguments avancés par le gouvernement pour réformer le secteur, on trouve l’harmonisation des législations au sein de l’Union européenne. Quel lien voyez-vous entre votre plainte et le projet Européen?
Je ne suis que le gérant d’une petite auto-école, comme il en existe plus de 10 000 en France. Mes collègues et moi, nous sommes des petits producteurs de richesses locales. Nous ne faisons pas de d’optimisation fiscale au Luxembourg.
J’ai 5 salariés plus moi-même. Nous faisons vivre le territoire sur lequel nous éduquons nos enfants pour qu’ils deviennent des adultes responsables.
Où voulez-vous en venir avec cette plainte?
Je ne fais pas de politique, en portant plainte à l’encontre d’une société hors-la-loi contre des acteurs échappant à tous les contrôles.
Je demande aux auto écoles de se regrouper autour d’un collectif car ma plainte prendra tout son sens une fois l’agrément national acté et nous demanderons des dommages et intérêts selon les barèmes en vigueur.
Ceux qui souhaitent soutenir notre initiative ont la possibilité de faire un don sur la cagnotte Leetchi créée à cet effet.
Je précise que nous ne sommes pas réfractaires aux évolutions mais nous restons vigilants quant aux intentions de cette classe politique ultralibérale.
Nous continuerons à protéger nos enfants.
Je dis non au rapport Dumas/Guerrini.
Merci.