Accueil Blog Page 22

« Permis belge » : ce que l’on sait du projet de réforme

4
projet de réforme du permis de conduire sur le modèle belge

Plusieurs articles sont parus récemment dans la presse pour annoncer un nouveau projet de réforme du permis de conduire. Souvent présentée avec des titres racoleurs : « Pourra-t-on vraiment bientôt conduire sans permis ? » (Le Dauphiné), « Conduire sans permis en toute légalité : le projet se confirme ! » (L’Argus), la réforme envisagée n’est pas nouvelle puisqu’elle avait été proposée en juillet 2022 par Gérald Darmanin.

Huit mois plus tard, le Ministère de l’Intérieur semble vouloir avancer sur ce projet et entame des consultations. PermisMag vous livre son analyse et le point de vue des différents acteurs.

De quoi s’agit-il ?

Le 12 juillet 2022, le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin donnait un interview au Progrès dans lequel il déclarait : « Je propose aussi de lancer une réflexion sur la mise en place d’un permis probatoire sur le modèle du permis belge permettant de conduire en semaine, en journée et pas le week-end par exemple, si on a prouvé avoir un niveau de maîtrise de la conduite suffisant. »

Voici les grandes lignes connues à ce jour :

  • La mesure se limitera au permis B et sera réservée aux seuls candidats justifiant d’un contrat de travail ;
  • Le candidat devrait avoir suivi 30 heures de formation en auto-école et effectuer un « test des connaissances des risques » au préalable ;
  • L’élève se verra alors remettre une attestation délivrée par l’État, d’une durée limitée qui reste à définir (de 6 mois par exemple).
  • Contrairement à la conduite accompagnée AAC, les horaires de conduite autorisée se limiteront à la journée en semaine ;
  • Il pourra toutefois y avoir exception si l’élève travaille le soir et/ou le week-end.
  • Il est question de doter l’attestation d’un capital de 3 points. Aussi, en cas d’infraction grave telle un feu ou un stop grillé, l’attestation serait révoquée.
  • Pour éviter la fraude serait créé un fichier consultable en direct par les policiers et gendarmes de terrain.

Les inspecteurs fortement opposés

Fin janvier, la Déléguée interministérielle à la sécurité routière (DISR), Florence GUILLAUME, a organisé une réunion avec les principaux syndicats d’inspecteurs du permis de conduire (UNSA-SANEER et SNICA-FO) pour leur présenter les pistes de réflexion. Les comptes-rendus de ces réunions sont disponibles sur leurs sites internet respectifs :

SNICA-FO écrit : « une telle initiative serait en effet en contradiction avec les objectifs de sécurité routière que s’est fixé notre pays, nos jeunes étant aujourd’hui les premières victimes des accidents de la route. La mise en place de cette mesure serait en outre la cause de nombreuses fraudes supplémentaires. C’est du reste la raison pour laquelle la Wallonie a renoncé à ce dispositif depuis 2018. Pour le SNICA-FO il est impensable que la France prenne la direction inverse. »

Les organisations professionnelles partagées

Mobilians ESR est favorable à la mise en place de cette réforme, qu’elle appelle de ses vœux depuis plusieurs mois. Pour Patrice Bessone, une telle mesure « présente les mêmes avantages que la conduite accompagnée, qui a fait ses preuves ». Le fait que le candidats ait une plus grande expérience de conduite au moment de se présenter à l’examen sera bénéfique et fera augmenter mécaniquement le taux de réussite à l’examen.

Pour Bruno Garancher (UNIDEC), l’accueil de cette proposition de réforme est partagé. « Je ne suis pas fanatique de la proposition mais pas non plus hostile a priori. Comme d’habitude on a besoin d’en savoir plus sur la mise en œuvre. Le diable se cache souvent dans les détails ».

L’UNIC et sa présidente, Sandra Carasco, sont fortement opposés à cette éventuelle réforme. Pour elle, « il s’agit d’une N-ième réforme dont on a pas besoin et qui aura des effets négatifs sur les écoles de conduite ».

Une réforme qui soulève beaucoup de questions

L’objectif premier de la mise en place d’une autorisation temporaire de conduite est de réduire (encore) les délais de présentation à l’examen du permis de conduire. Sept ans après l’arrêté du 21 juillet 2016 et quatre ans après le rapport Dumas, il s’agit d’un constat d’échec de la part du Ministère qui n’arrive pas à réduire ces délais autant qu’il le faudrait.

Réduire les délais de présentation est louable en soi, mais ces mesures envisagées posent question.

Une pression supplémentaire sur les écoles de conduite

Sandra Carasco (UNIC) n’est « pas du tout favorable à l’idée de donner aux auto-écoles la responsabilité de signer ces attestations pour plusieurs raisons : premièrement, l’auto-école va subir des pressions de la part des élèves pour obtenir l’attestation ; deuxièmement, il peut y avoir des relations d’affect entre les formateurs et les élèves qui peuvent influencer la décision et troisièmement, on sait déjà que certaines auto-écoles peu scrupuleuses pourront être tentées de profiter d’un tel système. »

Bruno Garancher (UNIDEC) partage une partie de ces craintes. Si pour lui « la pression exercée ne sera pas pire que celle que subissent les auto-écoles pour obtenir une date d’examen », il partage les inquiétudes au sujet de la proximité élève-formateur et sur le manque de contrôles. « Est-ce qu’on fera comme pour les examens CACES® où l’évaluateur n’est pas le même que celui qui a formé ? Cela pose la question des petites auto-écoles qui n’ont qu’un seul formateur. Est-ce que l’on réservera cela à certaines auto-écoles, les auto-écoles labellisées par exemple ? »

Des dérives à prévoir

Comme le dit l’adage, « on ne peut pas être juge et parti ». Donner cette responsabilité supplémentaire aux écoles de conduite c’est prendre le risque de voir flamber les cas de fraudes. La fraude massive sur l’examen du code en est l’illustration parfaite.

Comme le dit Bruno Garancher, « je fais confiance aux auto-écoles et je sais que plus de 90% d’elles respectent les règles. Qu’en sera-t-il de celles qui ne les respectent pas ? Quels sont les garde-fous que l’on met en place et quels sont les contrôles ? ». Il s’agit là d’une question centrale qui pour l’instant n’est pas évoquée.

Qui pour contrôler ?

Pour Sandra Carasco, « il faut qu’il y ait des contrôles drastiques aussi bien sur l’attribution des attestations que sur le respect des règles par les élèves qui conduiront avec. On sait déjà qu’il n’y en aura pas. On comprend bien que c’est pour permettre à l’État de faire des économies… On fait des effets d’annonce sans mesurer les conséquences, sans préparation et sans étude d’impact. »

Le contrôle des élèves une fois la mise en place des attestations s’avère en effet très compliqué. Les forces de l’ordre disposeront d’un fichier, mais comment s’assurer du respect des horaires autorisées de conduite ? Comment va t’on organiser le passage de l’examen à l’issue de la période de conduite autonome ? L’auto-école pourra-t-elle conseiller et/ou imposer un volume d’heure supplémentaire ? Que ce passera-t-il si l’élève refuse ces leçons ?

Une mesure ouverte aux plateformes ?

Cette mesure sera-t-elle étendue aux auto-écoles en ligne ? Si oui, qui signera l’attestation ? Le moniteur indépendant (qui n’a pas d’agrément) ou la plateforme ? Là encore, on entrevoit déjà les dérives possibles avant même que la mesure soit mise en place.

Les assurances suivront-elles ?

Dernière inconnue : les assurances vont-elles accepter d’assurer des élèves qui conduise uniquement avec une attestation temporaire ? Qui sera responsable en cas d’accident ?

Des questions partagées par l’avocat spécialisé en droit de l’automobile Jean-Baptiste Le Dall « comment les assurances vont-elles appréhender ça ? Vont-elles accepter de couvrir ce risque ? À quel prix ? L’examen du permis de conduire sanctionne un niveau de connaissance et une aptitude à circuler ».

Une nouvelle réforme est-elle bien nécessaire ?

L’enseignement de la conduite est une des professions dont la réglementation a le plus évolué depuis 2015. Les réformes succèdent aux réformes. Les mesures prévues par le rapport Dumas sont à peine mises en place que de nouvelles réformes sont annoncées.

Ces évolutions permanentes sont sources de travail supplémentaire pour les écoles de conduite et de stress. Nous vous tiendrons informés de l’avancée de ces consultations dans les mois à venir.


OF : Transmettez votre Bilan pédagogique et financier avant le 31 mai

0
Bilan pédagogique et financier auto-école 2023
Bilan pédagogique et financier auto-école 2023

Les organismes de formation (OF) disposant de la certification Qualiopi ont l’obligation d’établir et de transmettre chaque année un Bilan pédagogique et financier (BPF) avant le 31 mai. Les auto-écoles sont également concernées par cette obligation.

La non-transmission du Bilan pédagogique et financier entraîne la perte du Numéro de Déclaration d’Activité (NDA) et la suspension du compte EDOF. Il est donc important d’effectuer cette transmission avant la date limite, pour pouvoir continuer à proposer des formations financées par le compte personnel de formation (CPF).

Vous n’avez pas le temps ? Plusieurs centres de formation peuvent vous aider à réaliser ces démarches.

Le Bilan pédagogique et financier : qu’est ce que c’est ?

Le bilan pédagogique et financier retrace l’activité de l’organisme de formation en matière de formation professionnelle au titre du dernier exercice comptable clos. Il est prévu à l’Article L6352-11 du Code du Travail.

Le Ministère du Travail fournit un guide utilisateur de la télé-déclaration du BPF pour vous accompagner dans cette démarche. Une aide interactive est également à votre disposition dans l’application.

Quels sont les documents nécessaires ?

Pour déclarer votre Bilan pédagogique et financier vous avez besoin :

  1. Un ordinateur ;
  2. Accès (identifiants et mot de passe) à : https://mesdemarches.emploi.gouv.fr/
  3. Accès à (identifiants et mot de passe) : https://www.of.moncompteformation.gouv.fr/espace-prive/html/#/accueil
  4. Votre chiffre d’affaires réalisé au cours de l’exercice passé ;
  5. Le nombre d’enseignants ayant participer aux formations dispensées ;
  6. Le nombre d’élèves ayant utilisé le CPF ou Pole emploi ;
  7. Le nombre d’heures effectuées par vos élèves concernés.

Quelle est la date limite ?

La date limite de télétransmission du Bilan pédagogique et financier est le 31 mai de chaque année. Passé ce délai, vous risquez de perdre votre numéro de déclaration d’activité (NDA) et de voir votre compte EDOF être bloqué.

Important

Auparavant, les organismes de formation devaient envoyer une copie signée de leur BPF par courrier à la DREETS, et joindre leur bilan et compte de résultat du dernier exercice clos. Cela n’est plus obligatoire. La télétransmission du BPF sur le site Mon Activité Formation est désormais suffisante.

Je souhaite être accompagné


RdvPermis étendu aux département de l’Est et à la Corse

0
RDVPermis - février 2023

Par arrêté en date du 27 février 2023, la Déléguée à la Sécurité routière, Florence Guillaume, a annoncé l’extension du système de réservation nominative des places d’examen du permis de conduire aux candidats (plateforme RdvPermis) aux départements de l’Est de la France à compter du 1er mai 2023.

Sont concernés les départements suivants : les Ardennes, l’Aube, la Marne, la Haute- Marne, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, les Vosges, la Côte-d’Or, le Doubs, le Jura, la Nièvre, la Haute-Saône, la Saône-et-Loire, l’Yonne, le Territoire de Belfort, la Corse-du-Sud et la Haute-Corse.

Il s’agit là des derniers départements à basculer sur RdvPermis.


Quels sont les avantages d’une voiture citadine pour les gérants d’auto-école ?

0
avantage voiture citadine auto-ecole

En tant que gérant d’une auto-école, le choix du véhicule utilisé pour les leçons de conduite est un aspect crucial pour la sécurité des élèves, mais également pour la rentabilité de l’entreprise. Les voitures citadines sont à ce titre de plus en plus populaires pour diverses raisons que PermisMag se fait un plaisir d’exposer…

D’indiscutables avantages financiers

Les gérants d’auto-école doivent souvent faire face à des pressions financières pour maintenir la rentabilité de leur entreprise tout en offrant un service de qualité à leurs plus ou moins jeunes clients. Les voitures citadines sont un choix courant pour eux, car elles offrent de nombreux avantages financiers. Voici un panel des plus importants :

  • Le coût d’achat : elles ont tendance à être moins chères que les voitures plus grandes, ce qui permet aux gérants d’auto-école d’économiser de l’argent lors de l’achat initial de la voiture. Les économies réalisées peuvent être réinvesties dans d’autres aspects de l’entreprise.
  • Le coût de fonctionnement : elles sont généralement équipées de moteurs plus petits et plus économes en carburant, ce qui réduit les coûts de carburant pour l’entreprise. De plus, les pièces de rechange pour la voiture citadine sont souvent moins chères que pour les voitures plus grandes, ce qui réduit les coûts de maintenance.
  • Le montant de l’assurance : elles sont souvent moins chères à assurer que les voitures plus grandes, car elles sont considérées comme moins risquées sur la route. Cela peut entraîner des économies importantes pour les gérants d’auto-école, en particulier pour les entreprises ayant plusieurs véhicules assurés.
  • La durabilité : elles ont tendance à être plus légères que les voitures plus grandes, ce qui réduit l’usure et la déchirure des pneus et des freins, prolongeant ainsi leur durée de vie. Cela permet aux gérants d’auto-école d’économiser de l’argent sur les coûts de remplacement des pneus et des freins.
  • Le stationnement : elles sont généralement plus faciles à garer dans les espaces restreints de la ville, ce qui permet aux gérants d’auto-école de trouver plus facilement des places de stationnement gratuites ou peu coûteuses. Cela peut réduire considérablement les coûts de stationnement pour l’entreprise.
  • L’image de marque : elles sont souvent associées à une image jeune et dynamique, ce qui peut aider les gérants d’auto-école à attirer des clients plus jeunes. Cela peut améliorer la réputation de l’entreprise et stimuler les ventes.

D’indéniables avantages pratiques

Les voitures citadines offrent de nombreux avantages pratiques pour les gérants d’auto-école, notamment une maniabilité accrue, une meilleure visibilité, un confort amélioré, une empreinte écologique réduite et une plus grande flexibilité. Ceux cherchant à améliorer l’efficacité opérationnelle de leur entreprise devraient considérer les voitures citadines comme une option viable.

Une meilleure maniabilité

Les citadines sont généralement plus petites et plus maniables que les voitures plus grandes, ce qui les rend plus faciles à conduire dans les rues étroites et les espaces de stationnement restreints de la ville. Cela permet aux gérants d’auto-école de se déplacer plus facilement et plus rapidement dans la ville pour récupérer ou déposer des élèves.

Une visibilité accrue

Les citadines ont souvent une vue dégagée sur la route grâce à leur position de conduite surélevée et à leur pare-brise plus grand. Cela permet aux gérants d’auto-école de mieux voir la circulation et les autres véhicules sur la route, ce qui peut améliorer la sécurité de l’entreprise.

Un confort n’ayant rien à envoyer aux grands modèles

Bien que les voitures citadines soient plus petites, elles offrent souvent un confort similaire à celui des voitures de plus grande taille. De plus, les versions modernes sont souvent équipées de fonctionnalités avancées telles que la climatisation et la connectivité Bluetooth, ce qui peut améliorer l’expérience de conduite pour les gérants d’auto-école et leurs élèves.

Une voiture au service de l’écologie

Les citadines ont tendance à être plus économes en carburant que les voitures plus grandes, ce qui peut aider à réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’entreprise. De plus, les voitures citadines modernes sont souvent équipées de technologies écologiques telles que des moteurs électriques ou hybrides, ce qui peut aider à améliorer encore davantage la durabilité de l’entreprise.

Une flexibilité vertueuse pour l’auto-école

Les voitures citadines sont souvent équipées de sièges rabattables, ce qui permet aux gérants d’auto-école de transporter des objets volumineux tels que des cartons ou des équipements de conduite supplémentaires. Cela peut améliorer la flexibilité de l’entreprise et réduire les coûts de transport pour l’entreprise.

De probants avantages sécuritaires

Les voitures citadines offrent également des avantages certains de sécurité pour les gérants d’auto-école. Elles sont équipées de nombreuses fonctionnalités de sécurité avancées, telles que des systèmes d’assistance au conducteur, des freins d’urgence et des airbags. Ces fonctionnalités peuvent aider à prévenir les accidents et à protéger les conducteurs et les passagers en cas de collision. Les modèles les plus récents sont également équipés de caméras de recul et de détecteurs d’angle mort pour aider les conducteurs à éviter les collisions lors des manœuvres de stationnement ou de changement de voie.

De plus, les citadines sont souvent dotées de technologies de pointe pour améliorer la sécurité des conducteurs, telles que les systèmes de surveillance de la pression des pneus et les capteurs de pluie qui ajustent automatiquement les essuie-glaces. Cela permet aux conducteurs de rester concentrés sur la route sans avoir à se soucier de petits détails tels que la pression des pneus ou la visibilité en cas de mauvais temps.


Darmanin propose le retrait du permis en cas de consommation de drogue ou d’alcool

0
Darmanin drogue alcool permis de conduire

Dans une interview donnée au JDD, une semaine après le grave accident provoqué par l’humoriste Pierre Palmade après avoir consommé de la cocaïne, le ministre de l’Intérieur a formulé plusieurs propositions. Celles-ci visent à punir plus sévèrement les consommateurs de drogue et d’alcool au volant avec un retrait des 12 points sur leur permis de conduire. À l’inverse, il souhaite être plus clément avec les auteurs de « petites infractions ».

Renforcement des contrôles et création d’un nouveau délit

S’appuyant sur la proposition d’associations de victimes de la route, le ministre dit travailler, depuis décembre 2022, avec Éric Dupond-Moretti pour « renommer en homicide routier les accidents mortels dus à la drogue et à l’alcool ». Selon ces associations, la drogue au volant serait à l’origine de 20% des accidents mortels de la route en France. Elles pointent du doigt « une justice trop laxiste » face à ces délits.

Gérald Darmanin a annoncé qu’un total de 800 000 contrôles routiers « contre la drogue » avaient eu lieu en 2022 et qu’il avait donné instruction d’en réaliser un million cette année. Il a assuré de l’efficacité de ces contrôles dans l’Hexagone, où « 16 % des contrôles de l’usage de stupéfiants au volant se sont avérés positifs contre 3 % de ceux concernant l’alcool ».

Retrait des 12 points sur le permis

« Je propose le retrait des douze points du permis de conduire pour toute personne qui conduit alors qu’elle a consommé de la drogue », a également déclaré le ministre au cours de cette interview au JDD, précisant que « la perte du permis n’est automatique qu’en récidive aujourd’hui ». Une mesure qu’il précise vouloir aussi pour les conducteurs sous l’emprise de l’alcool.

Actuellement, la conduite sous l’usage de stupéfiants est sanctionnée de la perte de six points. Des peines complémentaires peuvent aussi entraîner une suspension du permis pour une durée maximale de 3 ans et une annulation du permis avec 3 ans maximum d’interdiction de demander un nouveau permis.

Gérald Darmanin souhaite également « rendre obligatoire la visite médicale de tout consommateur avéré de drogue pour qu’il soit autorisé à conduire s’il se soigne ».

Les organisations professionnelles divisées

Pour Patrice Bessone (Président de Mobilians Éducation et Sécurité routière) ces mesures vont dans le bon sens. Une plus grande sévérité avec ceux qui prennent la voiture drogués et alcoolisés, couplée à plus de tolérance pour les « petits excès de vitesse ».

Pour Mobilians, ces petites infractions doivent s’inscrire dans le cadre du « droit à l’erreur » et doivent être accompagnées par davantage de formation. P. Bessone insiste sur un point « droit à l’erreur ne signifie pas droit aux erreurs. Il faut que ce soit une fois par an au maximum. Si un conducteur se fait arrêter 3, 4, 5 fois dans l’année en infraction, il est normal qu’il soit sanctionné. » Outre le paiement de l’amende, Mobilians ESR entend faire au Ministre la proposition suivante : en cas de « petite » infraction, la personne ne perdrait pas de point si elle suit une formation pédagogique de 2 heures une auto-écoles labellisée, sur le modèle de ce qui se fait déjà pour la conduite accompagnée.

Il ajoute : « ces personnes là n’ont pas besoin d’être envoyées en stages de récupération de points, c’est souvent inutile et contre-productif. Dans les prisons, on évite de mélanger la petite délinquance avec le grand banditisme… On ne devrait pas mélanger celui qui a fait plusieurs excès de vitesses de 10km/h avec celui qui conduit avec de la cocaïne dans le sang ». Selon lui, l’intervention d’un psychologue et d’un BAFM ne sont pas forcément nécessaires pour celui qui a commis un petit excès de vitesse. « Il faut durcir les peines pour les fautes les plus lourdes et les adoucir pour les plus faibles. Il faut de l’équité et de la proportion. »

Les positions de l’UNIDEC et de l’UNIC ne sont pas forcément opposées, mais elles sont plus mesurées vis-à-vis des propositions du Ministre. Aussi bien Sandra Carasco (présidente de l’UNIC) que Bruno Garancher (président de l’UNIDEC) dénonce le timing des propositions qui reviennent immédiatement après l’accident causé par Pierre Palmade. Pour Sandra Carasco, « on a l’impression que les politiques découvrent le problème. Le fait qu’une personne connue ait été impliquée fait qu’ils s’en emparent. Que doivent penser les victimes de chauffards « anonymes » ? ». Elle ajoute « durcir les sanctions pour les personnes qui conduisent alcoolisés ou drogués ? Je ne vois pas comment on pourrait être contre. Ces personnes sont malades et ne doivent plus pouvoir conduire tant qu’elles ne sont pas guéries ». Elle est également plutôt favorable à l’adoucissement des sanctions pour les petites infractions mais veut rester vigilante. « Je me méfie des effets d’annonces dont certains sont habitués. On ne dispose pas de données précises, on n’a pas fait d’étude d’impact. On aurait besoin d’éléments chiffrés avant de prendre une décision. Le Ministère pourrait mettre en place une expérimentation, comme il l’a fait avec la circulation inter-files, et introduire une clause de revoyure d’ici un an ou deux. »

Bruno Garancher (UNIDEC) partage ces réserves. « Ces mesures risquent de ne pas servir à grand chose. On est sur « 1 fait divers = 1 loi » sans regarder le fond du problème. Quand je prends la route et que je suis témoin d’une infraction, c’est souvent soit un problème de compréhension et soit un problème d’éducation (y compris d’éducation basique, de comportement). Or, les mesures proposées par le Ministre ne prévoient pas comment on renforce l’éducation des personnes. »

Il est plus nuancé sur le fait d’atténuer les sanctions pour les petites infractions. Selon lui, « étant donné que les gens ne se font attraper que rarement, celui qui perd quatre fois 1 point et qui doit faire un stage, c’est qu’il a été en réalité des dizaines de fois en infraction et qu’il a probablement lui aussi un problème de comportement ». Et Bruno Garancher de s’interroger sur les intentions du Ministre « avoir cette posture là, d’indulgence sur les petites infractions, ça me semble un peu populiste. »

Quelle suite sera donnée à ces annonces une fois l’émotion de l’affaire Palmade retombée ? Et, au-delà, quel serait l’impact concret de telles mesures sur la sécurité routière ? Le nombre de tués sur les route stagne depuis 2013 (et augmente légèrement en 2021) et près de 800 000 personnes roulent sans permis en France… Augmenter le nombre de retraits de permis ne risque-t-il pas de mettre sur les routes un plus grand nombre de personnes sans permis ?


Une proposition de loi pour étendre le CPF au permis moto et au permis BE

2
CPF Permis moto

Mercredi dernier, les députés de la majorité présidentielle Renaissance, Sacha Houlié et Aurore Bergé, déposaient une brève proposition de loi composée de 4 articles. Intitulée « Proposition de loi visant à faciliter le passage et l’obtention de l’examen du permis de conduire » et consultable sur le site de l’Assemblée nationale ce texte propose notamment d’étendre le CPF au permis moto et au permis BE.

Le coût du permis à nouveau mis en avant

Dans leur Exposé des motifs, les députés évoquent le « coût du permis de conduire pour les familles. Déjà très onéreux il y a quelques années puisque le coût de la formation et du passage du permis tutoyait approximativement le niveau du SMIC, celui‑ci s’est dernièrement fortement renchéri de sorte qu’il faut désormais compter en moyenne 2 000 euros décrocher le permis B. »

Ils avancent quatre propositions pour le faire baisser.

La création d’une plateforme d’information sur les aides pour financer le permis

Les aides existantes sont nombreuses : permis à 1€ par jour, financement Pôle Emploi, recours au compte personnel de formation (CPF), aide financière pour les personnes handicapées attribuée par l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH), aide financière pour les réservistes de la garde nationale, ou encore aides financières des collectivités territoriales…

La délégation à la sécurité routière (DSR) recense ainsi sur son site pas moins de 12 dispositifs d’aide régionaux, 35 dispositifs départementaux et plus d’une centaine de dispositifs communaux ou intercommunaux. Cependant les députés constatent qu’il est compliqué d’y voir clair dans ce maquis.

Ils proposent à l’article 1 de la proposition de loi la création d’une plateforme numérique spécifique au niveau national qui permette de recenser l’ensemble des aides financières existantes à la préparation aux examens du code de la route et du permis de conduire, avec l’obligation pour les collectivités territoriales de publier leurs dispositifs d’aide sur une telle plateforme. Ils espèrent que la mise en place de cette plateforme permettra la bonne information des candidats et augmentera leurs chances d’être financièrement accompagnés dans leurs démarches.

Élargissement du CPF à toutes les catégories de permis

Les personnes disposant d’un compte personnel de formation (CPF) peuvent aujourd’hui le mobiliser pour financer « la préparation de l’épreuve théorique du code de la route et de l’épreuve pratique du permis de conduire des véhicules du groupe léger et du groupe lourd » (article L. 6323‑6 du code du travail).

Les députés constatent que plusieurs catégories de permis sont exclues de ce mode de financement. Ils mentionnent le permis A1 (motos légères) alors même que ce permis peut être présenté dès l’âge de 16 ans et offrir une solution de mobilité à des jeunes qui en sont dépourvus et par conséquent isolés. Ils notent que le permis B1 (voiturettes) disposent des mêmes atouts. Enfin, ils citent les permis et formations autorisant les titulaires de permis B à tracter des remorques plus lourdes (B96, BE). Ces formations sont pourtant essentielles pour bon nombre d’artisans ou d’indépendants et constituent un vivier d’emplois importants pour lesquels il convient de faciliter la formation.

Dans ces circonstances, l’article 2 de la proposition de loi prévoit d’étendre les possibilités d’utilisation du compte personnel de formation à toutes les catégories de permis de conduire.

Faciliter le recrutement d’IPCSR contractuels

L’article 3 est un peu plus technique, il vise à étendre de manière générale l’utilisation des agents publics ou contractuels en lieu et place des IPCSR, permettant ici le recrutement d’agents en nombre suffisant pour pallier l’actuelle carence de places disponibles. Pour cela, il propose de simplifier l’article L. 221‑5 du code de la route en donnant plus de souplesse à l’administration. En jaune le passage supprimé.

Ancienne formulation Dans l’ensemble des départements où le délai médian entre deux présentations d’un même candidat à l’épreuve pratique du permis de conduire des véhicules du groupe léger est supérieur à quarante-cinq jours, l’autorité administrative recourt à des agents publics ou contractuels comme examinateurs autorisés à faire passer des épreuves de conduite en nombre suffisant pour garantir que le délai n’excède pas cette durée.
Nouvelle formulation L’autorité administrative peut recourir à des agents publics ou contractuels comme examinateurs autorisés à faire passer l’épreuve pratique du permis de conduire des véhicules du groupe léger.

 

Une taxe sur le tabac pour financer ces mesures

L’article 4 de la proposition de loi est plus anecdotique (sauf pour les fumeurs peut-être). Il prévoit que le coût de ces trois mesures, qui n’est pas chiffré, sera compensé par « la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services. »

Que retenir de cette proposition de loi ?

Ce texte est porté par le parti Renaissance, majoritaire à l’Assemblée nationale, et soutenu par un grand nombre de députés. S’il venait à être débattu, il aurait de forte chances d’être voté… Pour cela, encore faut-il qu’il soit soutenu par le gouvernement et inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Alors que les débats autour de la réforme des retraites fait rage, une N-ième réforme du permis de conduire n’est peut-être pas prioritaire pour Elisabeth Borne.

Les propositions mises en avant vont plutôt dans le bon sens pour rendre le permis de conduire plus accessible. Faciliter la connaissance et l’accès aux dispositifs d’aides financières est louable.

L’extension du CPF aux permis moto et remorque est également positif. Cette ouverture permettrait d’augmenter la demande pour ces formations et d’apaiser les tensions pouvant apparaître entre l’élève et l’école de conduite lorsque celle-ci devait annoncer que le permis moto n’était pas finançable. Par ailleurs, certaines auto-moto-écoles peu scrupuleuses proposaient déjà discrètement d’utiliser le CPF pour financer le permis moto (de manière tout à fait illégale). Cette mesure permettrait de remettre tous les acteurs sur un pied d’égalité.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés si cette proposition de loi venait à être examinée.


[Opinion] Lepermislibre : une introduction en Bourse qui masque des difficultés ?

0
Lepermislibre Introduction en Bourse

Dans un communiqué de presse diffusé lundi 16 janvier, Lepermislibre (qui s’écrit désormais en un seul mot) annonçait son projet d’introduction en bourse sur Euronext Growth® Paris, un marché de cotation de référence des PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire), suite à l’approbation de Document d’enregistrement par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF).

En agissant ainsi, Lepermislibre cherche à réunir des fonds auprès du grand public pour permettre de continuer à financer sa croissance. C’est du moins l’histoire qui est vendue aux investisseurs. La réalité pourrait être légèrement différente…

Des ambitions de conquête

Lucas Tournel et Romain Durand, co-fondateurs de Lepermislibre, déclarent vouloir « devenir leader français de l’enseignement de la conduite en ligne »… et dépasser Ornikar (qui réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires trois fois supérieur, NDLR) !

L’entreprise, qui se décrit comme « pionnier de l’auto-école en ligne en France » entend axer son développement autours de trois axes

  1. Accélération de la notoriété nationale avec une intensification des actions de communication en 2023 ;
  2. Densification du maillage géographique aux villes de moins de 50 000 habitants où Lepermislibre n’est pas ou peu présent ;
  3. Enrichissement et diversification de l’offre autour de l’innovation produits, de la valorisation de la data, de la promotion de la conduite écoresponsable et de l’assurance.

Dans son communiqué, Lepermislibre annonce vouloir « lancer fin 2023 une offre d’assurance en propre intégrant le potentiel de la data dans le ciblage des conducteurs, en partenariat avec un acteur majeur du secteur. » Lepermislibre prendrait ainsi, avec deux ans de retard, la même orientation qu’Ornikar en pivotant vers l’assurance… Pour l’innovation, il faudra repasser !

Des chiffres gonflés ?

Les « nouveaux acteurs » de l’enseignement de la conduite ont toujours eu du mal avec les chiffres. PermisMag a eu l’occasion de le montrer à plusieurs reprises. Lepermislibre ne semble pas échapper à la règle. Sur l’espace dédié aux investisseurs (https://investir.lepermislibre.fr/), l’entreprise avance des chiffres surprenants :

  • « 360 000 candidats inscrits » : une note de bas de page précise « Candidats inscrits au code de la route et au permis B, dont 165 000 candidats engagés financièrement ». Lepermislibre mélange la création de comptes gratuits et l’inscription effective. Près de 40% des inscrits n’ont rien payé, quant aux autres ils n’ont pour la plupart acheté qu’un accès code en ligne. Lepermislibre oublie également de préciser que ces chiffres correspondent à la somme des créations de comptes réalisés depuis que l’entreprise a l’agrément (il y a un peu moins de 10 ans).
  • « 900 enseignants fidélisés » à fin novembre 2022. Là encore, les chiffres semblent loin de la réalité. Pour aboutir à ce chiffre, Lepermislibre comptabilise les « enseignants dont le contrat de prestation de services est en vigueur »… alors que ces enseignants sont indépendants et qu’ils travaillent simultanément pour plusieurs plateformes. L’entreprise ne communique pas sur son nombre d’ETP… ce qui est devenu la norme avec RDVPermis.
  • Un « prix 30 % moins cher qu’en auto-école traditionnelle ». Des chiffres déjà utilisés par Ornikar et maintes fois démentis. Lepermislibre ressort une étude UFC-Que Choisir de 2016. Le rapport Dumas parlait d’un écart de prix, permis en main, de moins de 15%…
  • Une activité d’assurance « depuis 2021 » mise en avant sur le site internet de l’entreprise. Cette activité d’assurance ne représenterait en 2022 qu’un chiffre d’affaires d’environ 1000€, selon les informations communiquées aux futurs investisseurs (soit 0,006% du chiffre d’affaires actuel de l’entreprise).

Ces chiffres, mis en avant auprès des investisseurs potentiels, sont problématiques et présentent une version pour le moins contestable de la réalité.

Des indicateurs financiers en trompe l’œil

Un chiffre d’affaires en hausse

L’entreprise communique également sur ses données financières. Celles-ci sont auditées et leur communication est plus « encadrée ». Depuis 2019, le chiffre d’affaires de Lepermislibre a été multiplié par 9. La période post-covid est particulièrement propice puisqu’en 2021, le chiffre d’affaires bondit à 12,2m€ (contre 4,3m€ en 2020), soit une hausse de 187%.

En 2022, la croissance ralentie fortement puisque le chiffre d’affaires ne progresse « que » de 21%, passant de 12,2m€ à 14,8m€ (chiffre non audité).

Des dépenses qui explosent

En 2021, le coût d’acquisition s’élevait à 919k€. Il s’agit des sommes investies par l’entreprise en marketing et communication. En 2022, ces coûts explosent et passent à 3,2m€ (estimation).

Concrètement, en 2022, Lepermislibre a déboursé 2,25m€ en publicité pour pouvoir générer 2,6m€ de chiffre d’affaires supplémentaire. Chaque euro de chiffre d’affaires supplémentaires coûtant à l’entreprise 82 cents. Des coûts qui semblent donc bien loin d’être « encadrés »…

Une très forte dépendance au CPF

Autre information intéressante : Lepermislibre annonce que 66% de son chiffre d’affaires de 2022 a été réalisé grâce au CPF. Un ratio bien plus important que celui constaté dans la majorité des auto-écoles dites « traditionnelles » et qui traduit une très forte dépendance à ce type de financement.

Depuis quelques semaines, le gouvernement semble vouloir limiter l’utilisation du CPF, que ce soit en interdisant le démarchage, en mettant en place un reste à charge et en complexifiant l’inscription avec France Connect+.

Même si l’entreprise tente de minimiser le risque, ces évolutions devraient peser lourdement sur la croissance future de l’entreprise.

Une entreprise moins solide qu’il n’y paraît ?

La communication autour du projet d’introduction en Bourse a été travaillée par une agence de communication financière spécialisée, Actifin. Lepermislibre propose une belle histoire et des perspectives de croissance importantes. L’entreprise envisage de réaliser un chiffre d’affaires de 45m€ à l’horizon 2025.

La réalité pourrait être différente et certains éléments objectifs laissent penser que l’introduction en Bourse de Lepermislibre répond à un autre objectif :

  • Neuf ans après son lancement Lepermislibre n’est toujours pas rentable. En 2021, l’entreprise affichait un EBITDA (excédent brut d’exploitation, en français) de -575 K€. Au premier trimestre 2022, son EBITDA était de -1,650m€… (soit -3,3m€ sur une année pleine). En 2022 et 2023, l’entreprise devrait continuer à être déficitaire… pour éventuellement atteindre la rentabilité en 2024.
  • Contrairement à ses concurrents directs, l’entreprise a levé relativement peu d’argent auprès des investisseurs. Lepermislibre n’a levé « que » 6,7m€, contre environ 100m€ pour Ornikar. Les données pour Stych et En Voiture Simone ne sont pas connues.
  • Pour continuer à afficher des chiffres en croissance, Lepermislibre est obligé d’investir massivement dans la publicité et ses coûts d’acquisition explosent.
  • Un fort ralentissement des financements CPF, principale source de revenue de l’entreprise, au quatrième trimestre 2022, avec une baisse de 35-40% des montants financés par la Caisse des dépôts et consignations en novembre et en décembre.
  • Un marché du private equity (investissement dans des entreprises non-cotées) en chute libre, en particulier pour les entreprises technologiques. Les fonds d’investissement étant particulièrement attentifs aux conditions macroéconomiques (inflation, remontée des taux monétaires, guerre en Ukraine) et plus sélectifs sur leurs investissements.

L’introduction en Bourse comme solution de secours ?

Un autre scénario possible se dégage. Et si l’introduction en Bourse ne servait pas à poursuivre des objectifs de croissance ambitieux mais plutôt à sauver une entreprise qui n’a plus qu’un an de trésorerie ? Une estimation fournie par Lepermislibre dans son document aux investisseurs.

Après avoir réalisé un déficit de 0,5m€ en 2021 et 2-3m€ (est.) en 2022, Lepermislibre doit trouver de nouvelles sources de financement.

Début 2022, les capitaux propres de l’entreprise sont brièvement négatifs. Les 5,5m€ levés en février de la même année auprès de Nexstage AM et Eiffel Investment Group permettent de remplir les caisses mais ont déjà été en partis dépensés. L’entreprise est endettée à hauteur de 3,2m€ auprès d’un pool de 3 banques pour financer son fonds de roulement (décalage entre le paiement des enseignants et l’encaissement des fonds auprès de la CDC).

Sans entrée d’argent frais (nouvelle levée de fond ou introduction en Bourse), l’entreprise s’expose à des difficultés à l’horizon d’un an.

Les fonds d’investissements à la manœuvre 

Dans un deuxième communiqué de presse, en date du 25 janvier, Lepermislibre apporte des précisions sur les contours de l’opération. L’entreprise cherche, avec cette introduction en Bourse, à lever 8 millions d’euros (soit 2 088 712 actions au cours indicatif de 3,83€). Une somme relativement modeste pour une introduction en Bourse.

Lepermislibre indique également que deux fonds déjà actionnaires ont acceptés de s’engager à souscrire à hauteur de 66% du montant de l’offre (soit 5,3m€) :

  • 3,8m€ pour Eiffel Investment Group ; et,
  • 1,5m€ pour NextStage AM.

Les clauses liées à ces engagements de souscriptions sont inconnues. S’agit-il d’engagements fermes et irrévocables ou sont-ils conditionnés à d’autres évènements ?

S’ils sont fermes, ces engagements peuvent être perçus de deux manières diamétralement opposées. Certains pourraient y voir une marque de confiance de la part d’investisseurs existants souhaitant monter au capital d’une entreprise dans laquelle ils croient. D’autres pourraient y voir la volonté pour ces fonds d’investissement de réaliser une plus-value rapide une fois l’introduction réalisée, avec la revente de leurs titres à des particuliers…

Cette deuxième option n’est pas à exclure d’autant que Lepermislibre organise actuellement un roadshow (tournée) auprès d’investisseurs particuliers et de business angels en région lyonnaise.

Il pourrait également s’agir d’une marque de soutien destinée à rassurer les petits investisseurs qui seraient tentés d’acheter des actions.

Les analystes mitigés

Un grand nombre de médias « paresseux » se sont contentés de reprendre le communiqué de presse avec peu ou pas d’analyse financière de l’opération. Un article fait exception, paru dans la rubrique « Investir » des Échos (article réservé aux abonnés). Il commence ainsi : « L’idée est séduisante. Elle le serait encore plus si elle était rentable. » Derrière cette litote, la journaliste conseille aux lecteurs du journal financier de « ne pas souscrire » à l’introduction en bourse de la start-up.

L’article se termine ainsi : « le modèle est intéressant, mais, compte tenu de l’environnement de marché et de l’absence de profit avant 2025, nous restons prudents »

La suite…

Lepermislibre a annoncé son projet d’introduction en Bourse. Elle devrait avoir lieu le 13 février. Il s’agit de la première étape. L’accueil qui sera réservé par les investisseurs à ces titres sera la grande inconnue…

Si l’introduction en Bourse se révèle être un échec, soit que les actions ne sont pas souscrite par le public, soit que le cours de Bourse s’effondre dans les semaines qui suivent. Lepermislibre ne disposera que de quelques mois pour trouver une solution de repli : soit lever des fonds auprès de nouveaux investisseurs privés, soit réduire drastiquement ses coûts de fonctionnement.

Précisions :

L’ensemble des chiffres présents dans cet article sont fournis par Lepermislibre, soit dans son communiqué de presse, soit dans l’espace investisseur : https://investir.lepermislibre.fr/.


RdvPermis, livret numérique,… : la DSR répond à vos questions

9
Feuille de route 2023

En ce début d’année, PermisMag a interrogé la DSR sur les sujets qui préoccupent les écoles de conduite : RdvPermis, livret numérique, concurrence déloyale des plateformes, fraude au code de la route… mais aussi sur les échéances à venir et sur sa feuille de route pour 2023. Entretien.

RDV Permis

[PermisMag] La généralisation de RDV Permis à l’ensemble du territoire sera effective avant l’été 2023. Après quelques problèmes à la mise en place, le système semble mieux fonctionner. Le déploiement en Île-de-France s’est plutôt bien passé. Êtes-vous satisfaite de la manière dont cela s’est passé ? 

[Délégation à la Sécurité routière] De manière générale, le déploiement de RdvPermis s’est déroulé dans des conditions satisfaisantes.

Depuis le début de l’expérimentation, les différentes règles et fonctionnalités de l’application ont été co-construites et améliorées tout au long du déploiement progressif sur le territoire, grâce aux représentants et acteurs métiers nationaux, mais également à ceux des départements concernés. À ce jour, ce travail collaboratif a entrainé l’adhésion du plus grand nombre, car si l’application ne permet pas de régler les problèmes locaux d’offre de places, elle participe à une meilleure régulation et une équité dans l’accès à ces dernières.

Les récents déploiements en Ile-de-France, dans les régions de Normandie et Hauts-de-France, ainsi que dans les départements de la Réunion et de Mayotte confirment la réussite de ce travail collaboratif avec les écoles de conduite et leurs représentants, qu’il convient de remercier pour leur implication et la très grande qualité de leur travail.

Quelles sont les remontées que vous avez à ce sujet ?

Les remontées sont bonnes pour l’essentiel des départements concernés, même si la mobilisation reste constante pour régler les difficultés locales liées à une offre de places qui ne correspondrait pas à la demande. C’est pour répondre à cette attente, indépendante du bon fonctionnement de l’application RdvPermis, que le Ministre de l’Intérieur a annoncé le recrutement exceptionnel de 100 nouveaux inspecteurs au-dessus du plafond d’emploi, dont les premiers recrutés viendront dès cette année renforcer les départements qui en ont le plus besoin.

Des expérimentations ont lieu pour déployer de nouvelles fonctionnalités. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus à ce sujet ?

Parmi les prochaines évolutions, la plus notable est celle qui permettra de sélectionner un centre d’examens préférentiel avec une facilité augmentée pour réserver des places regroupées. Celle-ci fait l’objet des derniers développements après toute une série de tests utilisateurs auprès d’auto-écoles. Notre objectif est de mettre cette nouvelle fonctionnalité à disposition avant le mois de juin 2023.

Le système RdvPermis est-il amené à connaître des évolutions dans les mois à venir ?  

D’ici mars 2023, l’application RdvPermis aura été déployée dans tous les départements. Comme pour toutes les applications, cette dernière va continuer de vivre et d’évoluer au gré des besoins exprimés par ses utilisateurs. Nous aurons notamment une évolution d’ici fin 2023, qui permettra, en lien avec la mise en œuvre du livret numérique, d’automatiser les déclarations de formateurs, toujours dans l’objectif de simplifier le quotidien des responsables des écoles de conduite.

Livret numérique 

Le livret d’apprentissage de la conduite est obligatoire pour tous les élèves depuis l’arrêté du 29 juillet 2013. Le rapport Dumas préconisait le recours au livret numérique. Des API (passerelles informatiques) ont été développées pour permettre aux systèmes informatiques des éditeurs de communiquer avec ceux de la DSR , mais à ce jour le livret numérique n’est pas obligatoire. Allez-vous prendre un arrêté en ce sens ? Si oui, à quelle échéance ?

L’article L211-2 du code de la route prévoit la création d’une base de données qui centralise, sous la responsabilité du Ministre de l’Intérieur, les informations contenues dans les livrets d’apprentissage numériques. 

C’est pour remplir les différentes obligations de la loi que la DSR a mis à disposition des éditeurs une interface d’échanges dénommée « Webservices Livret Numérique ».

Le livret numérique est actuellement en service et utilisé à ce stade sur la base du volontariat. Son déploiement national se déroule en lien avec la généralisation de Rdv Permis.

En effet, il a été décidé de mutualiser les comptes auto-école « livret numérique » et « RdvPermis » dans un souci de simplification des démarches.

Une fois l’application RdvPermis entièrement déployée (mars 2023), et donc le livret numérique accessible sur l’ensemble du territoire, nous prendrons un arrêté imposant son utilisation d’ici à la fin de l’année en cours. En concertation avec les représentants des organisations professionnelles, cette échéance a été choisie afin de permettre à tous les acteurs de disposer d’un délai suffisant pour s’équiper des outils nécessaires.

Les auto-écoles se posent beaucoup de questions au sujet du livret numérique et certaines craignent une surveillance renforcée, à tord ou à raison.

Il ne s’agit pas de surveillance renforcée. Le livret de formation numérique répond à 2 objectifs :

  • permettre de suivre la progression des élèves en fournissant des données globales et utiles sur les différents parcours de formation ;
  • participer à la modernisation de cet outil pour une plus grande efficacité auprès des élèves, pour lesquels l’utilisation des supports numériques est devenue incontournable.

Par ailleurs, le livret numérique va permettre de simplifier grandement les démarches des établissements d’enseignement de la conduite automobile et de la sécurité routière, avec une alimentation automatique des déclarations de formateurs dans l’application RdvPermis.

Est-ce que le livret numérique sera obligatoire pour toutes les auto-écoles y compris celles qui ne sont pas numérisées (le logiciel de gestion n’est pas obligatoire, NDLR) ?

C’est un dispositif prévu par la loi, il sera donc obligatoire pour tous.

Concurrence illégale et fraude au code 

Les auto-écoles craignaient la concurrence des auto-écoles en ligne, il semblerait que celles-ci n’attirent au final qu’un nombre limité d’élèves (entre 5 et 10% maximum). Les auto-écoles doivent également faire face à la concurrence de moniteurs indépendants postant des annonces sur les réseaux sociaux ou sur des plateformes d’annonce (type LeBonCoin, SuperProf, etc.) en dehors de tout cadre légal. Des actions sont-elles prévues par la DSR pour mettre un terme à cette concurrence illégale ?

Le sujet spécifique de la concurrence relève davantage du ministère en charge de l’Economie. La question du respect des règles par tous les acteurs constitue un enjeu central en matière de sécurité routière. S’agissant plus particulièrement de l’enseignement hors du cadre d’un établissement d’enseignement agréé, les instructions transmises aux services départementaux sont claires, à savoir la transmission systématique au Procureur de la République de tout fait de nature délictuelle constaté, conformément à l’article L. 213-6 du code de la route.

La DSR encourage régulièrement les initiatives locales en vue de réaliser des contrôles des véhicules servant à l’enseignement de la conduite. Par exemple la DSR a participé à l’élaboration d’un vademecum à destination des forces de l’ordre qui exercent des missions de contrôle sur la voie publique des professionnels de la conduite à Paris et région parisienne.

Autre sujet de préoccupation, la fraude à l’examen théorique du permis de conduire (ETG et ETM). Selon nos informations, ces fraudes sont massives dans certains secteurs et les mesures prises ne permettent pas de la réduire. Avez-vous des données à nous communiquer à ce sujet ? Sur l’utilisation effective du logiciel Polex ?

L’application Polex est en cours de finalisation ; il n’est, à ce stade, pas prévu de communiquer sur cet outil interne à l’administration de détection de la fraude.

Y a-t-il des mesures que la DSR compte prendre contre la fraude dans les mois à venir ? La mise en place de contrôle biométriques que les opérateurs poussent ?

La DSR a pris plusieurs mesures, comme le renforcement des contrôles sur site, l’annulation systématique des épreuves obtenues frauduleusement, ou encore la modification de l’arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d’établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire.

En cas de doute, les auto-écoles pourront elles vérifier la validité du code sur RDV Permis ? 

Cette vérification est effective dans toutes les auto-écoles de la zone RdvPermis depuis le 27 décembre dernier.

Feuille de route 2023

Le secteur de l’enseignement de la conduite a été l’un des secteurs qui a connu le plus de réformes depuis 2015. Loi Macron, rapport Dumas, mise en place du label de qualité en 2018 puis sa mise à jour en 2021 (équivalence avec Qualiopi). On parle d’une refonte de la directive européenne de 2006 sur le permis de conduire. Y’a t’il d’autres réformes à prévoir dans les mois et les années à venir ?

La DSR va poursuivre tout au long de l’année 2023 les actions engagées en matière de recrutement d’inspecteurs du permis de conduire et pour maintenir et favoriser l’offre de places d’examen avec notamment le recours au dispositif d’examens supplémentaires.

Avez-vous un message particulier à adresser aux gérants et salariés des écoles de conduite ?

Les écoles de conduite sont des partenaires privilégiés de la DSR dans le cadre de la mise en œuvre des politiques d’éducation et de sécurité routières. Dans cette perspective, deux axes de travail sont à privilégier :

  • nous souhaitons la poursuite du travail de co-construction de la réglementation, afin d’améliorer la formation et l’accès au permis de conduire.
  • nous encourageons les écoles de conduite à s’engager dans une démarche qualité, via le label qualité délivré par le ministère de l’Intérieur, qui permet notamment de promouvoir le dispositif du permis à 1€.

Ralentissement de l’activité en auto-école : comment l’expliquer ?

0
L’année 2021 et le premier trimestre 2022 ont été fastes pour les auto-écoles, avec un nombre d’inscriptions record suite aux périodes de confinement. Ce surplus d’activité ayant entrainé une pénurie d’enseignants de la conduite. Depuis la mi-octobre, c’est le phénomène inverse que l’on observe avec – à de rares exceptions près – un fort ralentissement de l’activité. Une baisse des inscriptions et du chiffres d’affaires qui inquiète parmi les gérants d’auto-école. Nous analysons les causes de ce ralentissement.

Inflation et baisse du pouvoir d’achat

La première cause (et la plus évidente) est liée à la baisse du pouvoir d’achat. Depuis le début de la guerre en Ukraine, de nombreux produits du quotidien ont flambé : énergie, carburants, matières premières, etc… Ces hausses de coûts ont été répercutées sur les prix payés par les particuliers.

En décembre 2022, les prix à la consommation ont augmenté de 5,9% sur un an, selon les chiffres provisoires publiés par l’Insee mercredi dernier. Ce chiffre ayant même atteint 6,2% sur un an en novembre et en octobre.

Inflation France 2022

Les salaires ont progressé également, mais moins vite que l’inflation. Le SMIC n’a été revalorisé « que » de 1,81 % au 1er janvier 2023. Pour les salaires plus élevés, d’après l’étude de rémunération réalisée par le cabinet Robert Walters, les salaires des cadres devraient augmenter de 4 % en 2023.

Les salaires augmentant moins vite que l’inflation et avec un décalage dans le temps (le prix des produits augmente immédiatement alors que les salaires sont révisés qu’une fois par an), le pouvoir d’achat des Français a globalement baissé en 2022.

Cette baisse du pouvoir d’achat impacte également la capacité d’épargne. Les élèves et leurs parents ont plus de difficultés à économiser en vue de financer leur formation au permis.

Certains élèves n’ayant pas besoin du permis de conduire dans l’immédiat (pour leur travail ou leurs études) ont ainsi décidé de différer leur formation.

L’effondrement du CPF

La deuxième raison tient au CPF. De plus en plus d’élèves ont recours au compte personnel de formation pour financer leur permis de conduire. Les auto-écoles ont été fortement incitées à accepter ce mode de financement en se labellisant (le label de Qualité du Ministère conférant la certification Qualiopi par équivalence).

Depuis quelques mois, les signaux envoyés aux professionnels vont plutôt dans le sens inverse.

France Connect+ et l’Identité numérique de La Poste

Au mois d’octobre dernier, l’inscription sur Mon Compte Formation a connu un profond changement. Pour se connecter à Mon Compte Formation, il est désormais obligatoire de se créer un compte sur l’Identité numérique de La Poste afin de pouvoir utiliser le système France Connect +.

France Connect Plus

Les conditions à remplir pour pouvoir accéder à l’Identité numérique de La Poste, sont les suivantes : avoir plus de 18 ans, être en possession d’une pièce d’identité française ou d’un titre de séjour valide supérieur à cinq ans, avoir un smartphone pour télécharger l’application. Le processus – s’il n’est pas compliqué en soi – prend plusieurs minutes et nécessite une maîtrise de l’outil informatique.

Certains élèves se faisaient aider dans la création de leur compte sur Mon Compte Formation. La démarche est toujours possible mais plus longue et plus contraignante.

Une chute très forte des financements

La mise en place de France Connect+ s’est traduite par une forte baisse du nombre d’inscriptions via le CPF… et ce, pour toutes les formations. Le chiffres fournis par la Caisses des Dépôts et Consignations (CDC) sont éloquents.

Le ralentissement a été tellement brutal sur novembre et décembre que, pour la première fois depuis 6 ans, le montant des formations au permis de conduire financé par la Caisse des Dépôts et Consignations est en recul (301m€ en 2022 contre 327m€ en 2021). Ces chiffres masquent un recul plus important sur le 4ème trimestre.

En novembre et décembre 2022, le nombre de dossiers validés a été de 33 981 contre 49 499 l’an dernier à la même période, soit une chute de 32% du nombre de dossiers.

Si l’on regarde les montants financés, la chute est encore plus importante. Sur les deux derniers mois de 2022, la CDC a financé pour 30,4 m€ de formations au Permis B contre 47,3m€ sur la même période en 2021, soit une baisse de 36% des montants financés.

Si la tendance se poursuit sur 2023, sur une année pleine, le montant des formations au permis B, financées par la CDC, diminuerait d’environ 100m€, pour atteindre 200m€ par an.

Une volonté politique de faire des économies ?

Dans un entretien à Décideurs Magazine, daté d’hier, Antoine Foucher, le directeur de cabinet de l’ex-ministre du Travail Muriel Pénicaud entre 2017 et 2020, affirme clairement que France Connect+ a été mis en place pour dissuader certains salariés de recourir à leur CPF. Selon lui :

« FranceConnect+ a un objectif officiel et un officieux. L’objectif officiel, c’est de sélectionner les gens vraiment motivés : si c’est un peu plus compliqué de se former, alors, fait-on mine de croire, il n’y aura plus que les personnes vraiment déterminées qui se formeront, car leur motivation leur permettra de surmonter cette barrière. Cela fait au moins une dizaine d’années, grâce aux expérimentations aléatoires menées notamment par Esther Duflo, que l’on sait que ça ne marche pas ainsi dans la vraie vie : quand il y a une barrière administrative, les gens utilisent moins leurs droits ou accèdent moins aux services. La barrière ne sélectionne pas, elle dissuade. D’où l’objectif officieux, jamais affiché mais discuté comme tel dans les réunions gouvernementales : faire baisser la demande. Et malheureusement, ça marche : depuis l’obligation de demander préalablement une identité numérique à France Connect+ le 25 octobre dernier, la demande de formation a baissé de 50%… »

Les annonces faites fin décembre sur le reste à charge, semblent également aller dans ce sens.

Quels enseignements tirer ?

Le ralentissement actuel doit faire réfléchir… pas paniquer !

  1. Certaines formations ont été décalées dans le temps, faute de moyens, mais les élèves ne se sont pas « évaporés ». La nécessité de passer le permis est toujours là ;
  2. Ce n’est pas parce que le CPF recule que les gens ne passeront plus leur permis. Le fait que les formations aux permis soient éligible au financement par le biais du CPF a représenté une chance pour les salariés. Si l’État décide de restreindre ce mode de financement, les élèves reviendront à ce qui se faisait auparavant : ils financeront leur formation ;
  3. La diversification est plus que jamais de rigueur. Il est important de ne pas tout miser sur le CPF. Les auto-écoles qui connaissent le ralentissement le plus fort sont souvent celles pour qui le CPF représente une part importante de leur chiffre d’affaires. Pour combler le manque à gagner, ces auto-écoles devront travailler afin de proposer d’autres types de financements et éventuellement d’autres types de formations (formations professionnelles, formations à destination des séniors, etc.).
  4. Chaque crise apporte également son lot d’opportunités. Le ralentissement actuel doit permettre à chacun de remettre en question son fonctionnement : analyser ses frais de fonctionnement (en coupant les dépenses inutiles et en faisant jouer la concurrence) et investir à bon escient dans des outils de communication (site internet, VroomVroom, etc…).

Les défis seront nombreux en 2023, tout comme les opportunités d’évolution. L’équipe PermisMag vous souhaite une bonne et heureuse année !


Une proposition de loi pour la portabilité du CPF

0
Portabilité du CPF

Nous vous parlions la semaine dernière de modifications à venir concernant le recours au compte personnel de formation (CPF) pour financer son permis de conduire avec l’interdiction du démarchage et la mise en place d’un reste à charge. Vendredi dernier, 16 décembre, le député LR de la deuxième circonscription de l’Indre, Nicolas Forissier, annonçait au cours d’une conférence de presse à Châteauroux, le dépôt d’une proposition de loi destinée à permettre la portabilité du CPF.

La proposition de loi

Déposée le 29 novembre 2022, la proposition de loi (dont le texte est consultable sur le site de l’Assemblée nationale) est présentée par une vingtaine de députés Les Républicains. Elle propose de permettre « la cession de tout ou partie du Compte personnel de formation (CPF) au sein de la famille nucléaire, permettrait aux parents d’utiliser tout ou partie des sommes créditées sur leurs comptes personnels de formation, pour financer la formation de leurs enfants au permis de conduire. » afin de « permettre une solidarité intergénérationnelle, concentrer l’allocation des ressources des travailleurs sur un enjeu d’emploi, d’égalité et de justice sociale, tel est le sens de cette proposition pragmatique et réaliste, qui permettra de garantir l’accès aux permis de conduire partout, pour tous. »

Elle propose de limiter la transmission du CPF au sein de la famille nucléaire. Seuls pourraient transmettre leur CPF les personnes suivantes :

  • Le parent, au profit de l’enfant dont la filiation est légalement établie ;
  • Le membre de la famille ou le tiers digne de confiance au sens de l’article 375‑3 du code civil, à l’enfant mentionné au premier alinéa du même article ;
  • Le tuteur, au profit de la personne en tutelle ;
  • Le curateur, au profit de la personne en curatelle.

Une loi qui a peu de chances d’être adoptée

Autant dire les choses clairement : présentée par des députées de l’opposition cette proposition de loi a peu de chances d’être reprise par le gouvernement et d’être adoptée.

Néanmoins, elle témoigne du fait que le principe de portabilité du CPF fait du chemin chez les législateurs et, plus généralement, le fait d’élargir les dispositifs permettant aux jeunes de financer leur permis de conduire.