Le gouvernement envisage d’abaisser à 17 ans l’âge minimum pour passer son permis de conduire. Elisabeth Borne envisage d’annoncer cette mesure dans huit jours, lors de la présentation du plan pour la jeunesse du gouvernement issu du Conseil national de la refondation dédié à la jeunesse.
Patrick Mirouse, président de l’ECF, s’est déclaré favorable à une telle mesure et souhaite aller plus loin. Il nous détaille les propositions de l’ECF « pour un permis plus sûr » dès l’âge de 17 ans.
Bonjour Patrick, les annonces faites hier ne vous ont pas surpris ?
Non, pas du tout ! En réalité, ces fuites ne sont pas anodines. Le passage du permis dès 17 ans est prévu de longue date par la directive européenne, en cours d’élaboration. Cette dernière, qui devrait être votée en 2025, va donner la possibilité à tous les États de l’Union européenne de donner le droit de conduire à 17 ans.
À l’ECF, nous sommes favorables à cette mesure et nous souhaitons la renforcer avec d’autres mesures pour un « Permis plus sûr » à 17 ans. C’est dans la mission de l’ECF de faire des propositions pour faire évoluer le mode d’apprentissage de la conduite. Et, si la profession évolue grâce à nos propositions, cela nous va bien !
En France, on a déjà le droit de passer le permis de conduire à 17 ans, dans le cadre de l’AAC.
Tout à fait ! D’ailleurs, c’est un peu une hérésie dans la mesure où – bien souvent – une fois que les jeunes ont passé le permis à 17 ans et demi, ils ne conduisent plus pendant 6 mois, jusqu’à leur anniversaire de 18 ans. Cela engendre une perte de niveau due à l’absence de pratique.
Vous nous disiez donc que l’ECF était favorable au fait d’abaisser à 17 ans l’âge pour passer son permis de conduire…
Oui, nous sommes favorables à cette mesure, sans aucune hésitation ! Et nous pensons que c’est l’occasion ou jamais de revoir le continuum éducatif. Nous avons plusieurs propositions que nous avons présentées à la DSR. Ces propositions sont au nombre de trois : une formation post-permis obligatoire 2 ou 3 mois après l’obtention du permis, un module de sensibilisation aux nouvelles mobilités et la conduite accompagnée autonome dès 14 ans, je reviendrai sur ce point.
On ne peut pas se contenter d’avancer l’âge du passage du permis. Si on introduit un changement, profitons en pour améliorer ce qui peut l’être.
Les propositions de l'ECF - schéma récapitulatif

Commençons par le post permis obligatoire. Qu’est ce qui changerait ?
La formation post permis dans sa forme actuelle ne marche pas, et pourtant nous sommes persuadés que cette formation peut-être bénéfique. Les jeunes pourront désormais passer le permis et conduire dès l’âge de 17 ans. On est dans une période à risque, notre idée est de rajouter une formation post permis obligatoire, 2 à 3 mois après l’obtention du permis.
Vous nous parliez ensuite d’un module de sensibilisation…
Oui, un module de sensibilisation aux nouvelles mobilités qui serait obligatoire pour la conduite des EDPM (trottinettes, gyropodes, vélos électriques). On pense que 14 ans est désormais une date pivot pour commencer à aller sur l’espace routier avec ces engins là qui vont à 30km (et plus quand ils sont débridés illégalement).
Aujourd’hui, on peut aller sur l’espace routier sans avoir le code de la route. Celui-ci n’est obligatoire qu’à partir du moment où l’on veut conduire une voiture (ou moto). Les autres engins ne requièrent pas de formation. Il y a bien l’ASSR 1 et 2 qui sont requises pour le permis AM (scooter ou quadricycle), mais la formation théorique est très limitée (1h). À l’ECF, on propose un module de 3 à 4 heures qui aurait pour objectif de faire découvrir les notions les plus importantes du code de la route et les bases en termes de sécurité. Quel élève sait, à 14 ans, ce qu’est un angle mort ?
Ce module doit être accessible dans toutes les écoles de conduite. Cela requiert peu de matériel, peu d’investissement. Il s’agit d’une formation découverte. On ne va pas former les élèves à faire de la trottinette ou du vélo. On va leur apprendre les équipements de sécurité et le partage de la route. Nous allons solliciter les assureurs pour qu’ils financent ces nouvelles formations dans le cadre de leur « obligation de prévention 0,5% de cotisation ».
Juste un mot complémentaire sur le financement du permis de conduire, l’ECF salue l’adoption de la proposition de loi du Député Sacha Houlié et soutient toutes les propositions de financements complémentaires qui viseraient à ramener la facture du permis de conduire le plus proche de zéro ; notamment la proposition de l’UNIDEC de Compte Personnel de Mobilité.
L’ECF rappelle les multiples propositions de financement qu’elle a faite – cagnotte, Livret Permis de conduire, Pass permis – qui pourrait être abondé par les sociétés pétrolières, les sociétés d’autoroute aux profits exceptionnels, par les assurances mais aussi par la famille dans le cadre d’une épargne utile.
Et votre dernière proposition concernait la conduite accompagnée ?
C’est exact ! Nous proposons la conduite accompagnée autonome à partir de 14 ans. Comme on va très certainement baisser d’un an l’âge du passage de l’examen pratique, il sera nécessaire de baisser l’âge de l’entrée en formation de 15 ans à 14 ans. L’ECF propose de revoir légèrement les règles de la conduite accompagnée et la mise en place d’une « conduite accompagnée autonome ». Le déroulement de la formation initiale ne change pas, l’élève fera son rendez-vous préalable avec un parent. Nous proposons que l’AFFI (Attestation de Fin de Formation Initiale) donne le droit de conduire un quadricycle à moteur, l’équivalent du permis AM quadricycle (uniquement, pas le permis AM scooter).
L’objectif est de ne plus faire passer le permis AM pour conduire une voiturette, mais au lieu de cela d’inciter les jeunes à passer par la conduite accompagnée pour pouvoir conduire une voiturette. Ce dispositif doit permettre de faire la promotion de la conduite accompagnée !
C’est vrai que cela viendra « cannibaliser » le permis AM quadricycle, mais c’est un mal pour un bien. Pour les jeunes ce sera bénéfique, ils feront des aller-retours avec un gros véhicule (familiale) et un plus petit (la voiturette). Ils gagneront en expérience en faisant plus de kilomètres et auront leur autonomie. C’est ce qu’ils recherchent avant tout. Beaucoup de parents trouvent que la formation AM quadricycle de 8 heures est insuffisante. Il s’agit d’une solution qui n’a que des avantages.
On a appelé ça « conduite accompagnée autonome ». Le jeune est en conduite accompagnée, mais à côté de cela, il peut conduire seul sa voiturette.
Vous avez présenté ces propositions à la DSR, quelle est la suite ?
Les ECF vont expérimenter ce qui peut l’être. On va proposer le module de sensibilisation aux nouvelles mobilités, sans attendre que la législation l’impose. On va trouver des financeurs pour nous suivre.
























